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De Mme Guérin à Mère Agnès. 18 juillet 1895.

 

De Mme Guérin à Mère Agnès. 18 juillet 1895.

 

La Musse, 18 Juillet 1895

Ma chère petite Pauline,

       Ne crains pas de m'avoir fait de la peine en me parlant du prochain départ de Marie ; au contraire, tout ce que tu me dis de ma petite fille me fait du bien. Je suis si heureuse quand on me dit du bien de mon enfant. Je sens que la perfection religieuse est si élevée que je tremble toujours.

Je demandais au bon Dieu lorsque mes filles étaient petites de les élever pour Lui, mais je n'ai peut-être pas correspondu à toutes les grâces qu'il m'a faites, car elles et moi pourraient être des saintes aujourd'hui.

       C'est donc une grande grâce que Dieu nous fait de choisir notre petite Marie pour son Épouse, grâce que nous ne méritions en aucune façon et qu'il nous accorde par sa pure bonté. A nous maintenant de le bien comprendre et de nous en rendre moins indignes. J'ai bien compris ce que tu me dis de ne pas augmenter son sacrifice par des plaintes. C'est vrai qu'un soir je me suis reproché d'avoir parlé devant elle, mais ce m'était si pénible de voir mon pauvre mari si souffrant, l'air si triste, si accablé quoique résigné! Il me semblait ce jour-là qu'il avait vieilli de dix ans.

       Ma Pauline, je ferai tout ce que je pourrai pour supporter tout cela et ne rien dire devant notre chère enfant. Je lui parlais ce matin de son entrée au Carmel, je lui demandais quand elle pensait y être reçue. Je lui ai proposé d'y entrer pour la fête de l'Assomption. Elle n'osait pas choisir ce moment à cause de sa fête. Mais nous aimerions bien, au contraire, cette belle fête qui est la plus grande de la Ste Vierge. Cependant, ma chère Pau[436]line, ce n'est pas à nous de te dire l'époque, c'est à toi, et je ne t'en parle qu'en tremblant; mais enfin il faut bien y penser et en parler, car elle approche sensible­ment.

       Au revoir, ma chère Pauline, je sais combien tu es unie de cœur avec nous, cette pensée-là me fait du bien. — Je te remercie encore de ta lettre. — Écris-moi de nouveau si tu as un petit moment, je sais bien que tous tes instants sont occupés, mais pour moi, je crois que tu en trouveras un tout petit.

         La petite Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus ne m'a encore rien dit au dernier parloir, cela ne fait rien parce que je vois sa petite figure si douce, mais ici je ne la vois pas et je voudrais bien qu'elle me dise quelque chose.

         Je m'aperçois que je deviens bien exigeante, mais c'est ma grande affection qui en est cause.

Adieu, ma chère petite Pauline, je t'embrasse de tout mon cœur.

Ta Tante toute dévouée
C. Guérin

 

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