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De Marie Guérin à sœur Geneviève. 28 juillet 1895.

 

De Marie Guérin à sœur Geneviève. 28 juillet 1895.

 

28 Juillet 1895

Ma chère petite Céline,

       Je veux que tu reçoives aujourd'hui un mot de ta petite chérie qui te prouve qu'elle pense beaucoup à toi ces jours-ci. Je n'oublie pas, je t'assure, tout ce qui s'est passé il y a un an et mes pèlerinages à la chambre de mon oncle vont devenir plus fréquents que jamais. Comme je te le disais [lv°] au mois de mai, je ne puis passer devant cet appartement sans être malgré moi saisie d'un sentiment sérieux, calme, qui parle de l'autre monde, qui me remplit l'âme en un mot. Cela m'arrive bien souvent et cela sans aucune préparation de ma part, je suis saisie... c'est le vrai mot...

           Je ne sais pourquoi mais cet anniversaire qui est triste par lui-même ne me fait pas du tout cet effet-là. C'est comme celui de Mère Geneviève... [2r°] II est tellement certain que mon oncle est entré au ciel ce jour-là que c'est plutôt un sentiment de bonheur que j'éprouve en pensant à sa délivrance. Qu'il est heureux maintenant!... mais qu'il l'a bien mérité... Oh! demain je me promets de lui demander bien des grâces et je suis certaine depuis bien longtemps de les obtenir en ce jour. Quand on se rappelle et que l'on a gravée dans l'esprit sa belle figure calme et exprimant un bonheur si paisible, il est impossible que cela [2v°] ne remplisse pas l'âme et ne la porte à aimer le bon Dieu.

       Demain il y aura à St Sébastien une messe anniversaire, elle a été annoncée aujourd'hui à la grand'messe.

         Nous ne pouvons revenir Mercredi, il est remis de huit jours notre départ, maman se trouve souffrante et ne pouvant voyager pendant quelque temps. Je n'aurai pas grand temps à passer à Lisieux avant mon entrée.

             Dis à Pauline que papa a cherché tous les moyens possibles pour lui donner l'argent qu'elle demande, mais il lui est impossible. En réunissant tout l'argent qui est dans la maison, cela [2r°tv] n'atteindrait pas la somme. Il n'a plus le sou et regrette de ne pouvoir donner cela à Pauline. Dans quinze jours il le pourra. Je viens de l'apprendre à l'instant, sans cela je l'aurais écrit plus tôt. J'ai bien du chagrin et papa aussi...

           [2v°tv] Je t'aime et t'embrasse bien fort.

Ta petite Marie

Je n'ai pas le temps d'écrire auj. à ma mère chérie, ce sera pour bientôt. Si je t'ai écrit c'est à cause du 29 que je ne voulais pas laisser passer sans t'envoyer un petit mot. Embrasse bien fort ma mère chérie pour moi.   Le tonnerre est tombé à la Vieille Musse, je te raconterai cela une autre fois, tout le monde ici a éprouvé une commotion à ce moment (Mme Guérin relate le même jour pour Thérèse, non sans pittoresque, « une scène d'orage à La Musse »).

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