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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 10 juillet 1897.

 

10 Juillet 97

Ma chère petite Mère,

J'ai peur de t'avoir fait de la peine en ne t'écrivant pas plus tôt, mais tu sais pourquoi je le faisais, tu as vu mon intention en lisant les lettres que j'écrivais à papa.

Notre petite malade est toujours dans le même état; l'inquiétude existe toujours et je crois que sans accident elle peut encore aller quelques semaines. Cette nuit elle a été reprise d'un vomisse­ment de sang que l'on a arrêté en lui donnant beaucoup de glace. Mr de Cornière dit qu'il n'en est pas surpris et qu'elle en aura encore plus d'un. Mais la faiblesse augmente de jour en jour et elle maigrit très sensiblement. Pour l'alimentation, c'est toujours la même chose, elle vomit toujours 2 ou 3 tasses de lait dans sa journée. Aujourd'hui Mr de Cornière a essayé de lui donner un lait de poule ; elle ne l'a pas rendu ; mais a souffert beaucoup dans l'estomac, la tête; elle a eu de grandes coliques; enfin la digestion a été très difficile.

Elle est tellement faible qu'elle ne peut même plus se laver les mains toute seule; c'est un vrai travail pour elle qui la fait souffrir dans tous les membres. Cette nuit avant son vomissement elle a eu une telle sueur qu'elle en a traversé ses oreillers et qu'on a été obligé de la changer. Mais pour le moral, c'est toujours la même chose, la gaieté même, faisant rire tous ceux qui l'appro­chent et parlant avec bonheur du voleur (le bon Dieu) qui va bientôt venir. Oh ! elle n'est pas à plaindre notre petite sœur, elle sera si heureuse, elle est si bien préparée, ce sera une si grande protection pour nous au Ciel, comme elle nous dit: «.Je serai encore plus avec vous qu'avant, je ne vous quitterai pas, c'est moi qui veillerai sur mon oncle, sur ma tante, sur ma petite Léonie, sur tous enfin, quand ils seront prêts à entrer au Ciel, j'irai bien vite à leur rencontre. Et puis pour ma petite Jeanne, la première chose que je ferai en entrant au Ciel, ce sera d'aller dans le grand magasin des petits Anges et puis je choisirai le plus gentil et je lui dirai: Toi, il faut que tu t'en ailles bien vite chez Mm" La Néele pour faire sa joie et son bonheur. »

Notre Père lui disait hier: «Vous... aller bientôt au Ciel!... mais votre couronne n'est pas faite, vous ne faites que de la com­mencer!... » Alors elle lui a répondu si angéliquement: «Oh! mon Père c'est bien vrai je n'ai pas fait ma couronne, mais c'est le bon Dieu qui l'a faite. » Ah ! oui, sa couronne est faite ; c'est à nous maintenant de la faire aussi belle que la sienne et lorsqu'on a connu une aussi belle âme, on serait bien responsable de ne pas marcher sur ses traces.

Notre Mère a été bien touchée de vos lettres, elle vous trouve si bons tous les deux ; ah ! vous faites bien d'être bons pour elle ; si vous saviez ce qu'elle est maternelle pour nous, vous en seriez bien touchés ; elle est bonne au delà de tout ce que l'on peut dire. Mère Agnès de Jésus n'écrit pas à Léonie, étant en grande retraite, puisqu'elle va avoir des nouvelles par cette lettre. Vous voyez que je ne vous cache rien et que je vous dis toute la vérité. Nous pensons bien à notre petite Léonie et à vous tous; qu'elle soit bien courageuse, nous prions bien pour elle. Ici, tout le monde est calme et courageux et nous nous résignons tous à la volonté du bon Dieu.

Ta petite fille qui te chérit et te mange de baisers.

Marie de l'Eucharistie.

Bons baisers à papa, les petites sœurs et le grand Frère. Je vous aime tous beaucoup, beaucoup, vous connaissez bien mon affection. Toutes tes petites filles mangent leur papa et leur maman de tendres baisers.

Notre Mère t'envoie toutes ses amitiés.

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