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Préface de la 1ère édition de Histoire d'une âme

par Mère Marie de Gonzague, prieure

 

marie-de-gonzague-pensiveSi l'on nous demande pourquoi nous avons levé le voile mystérieux qui doit recouvrir ici-bas l'existence ignorée d'une humble carmélite, nous le dirons simplement.

Connaissant dès son enfance cette âme privilégiée, et l'ayant vue grandir chaque jour en sagesse et en grâce, nous lui demandâmes de mettre par écrit les miséricordes du Seigneur à son égard. Nous n'avions point d'arrière-pensée ; nous ne songions qu'à notre édification personnelle.

Mais en parcourant ce précieux manuscrit où se révèle à chaque page, à chaque ligne, la plus ardente piété, l'amour de la croix, le zèle des âmes, le doute ne fut pas possible ; ce trésor, providentiellement recueilli par nous, ne pouvait être caché sans profanation dans la terre de l'oubli ; une lampe aussi brillante ne pouvait être mise sous le boisseau.

Cette humble enfant, ce petit grain de sable, — suivant son expression en parlant d'elle-même — c'était notre devoir de le montrer tel qu'il est, c'est-à-dire : un diamant rare et précieux, une lumineuse étoile, une vive flamme d'amour.

Hélas ! nous ne pensions pas alors lancer si vite au milieu du monde cette flamme ardente, qui n'a fait que courir un instant parmi les roseaux de cette vie... Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus venait d'atteindre sa vingt-troisième année, et la huitième de sa vie religieuse, lorsque sa santé nous donna tout à coup de sérieuses inquiétudes ; lesquelles, cependant, ne nous enlevaient pas l'espérance de la conserver longtemps encore à notre communauté, dont nous la nommions en secret : la perle, le trésor et l'espoir.

Déjà, malgré sa grande jeunesse, le soin des novices lui avait été confié ; mais le blanc lis de cette âme virginale s'était épanoui dès les premiers jours d'un printemps radieux ; la grappe était mûre avant le temps ordinaire des vendanges. Et le Seigneur se pencha... il cueillit doucement la fleur embaumée ; il détacha, sans effort, sa grappe chérie du cep amer de l'exil, la voyant totalement dorée des feux de l'Amour divin.

O gracieuse vision du ciel ! puissiez-vous maintenant consoler, réjouir et charmer bien des cœurs! Vous avez connu, l'on pourra s'en convaincre, la voie austère de la croix ; vous avez trempé vos lèvres au calice de l'épreuve, et cependant vous n'avez su faire autre chose que chanter, que sourire toujours ! Montrez donc aux âmes vos secrets enfantins et sublimes, pour leur apprendre à souffrir comme vous avec joie. Semez sur la voie de tous les calvaires, ces fleurs de l'abandon qui naissaient dans votre cœur et se répandaient sous chacun de vos pas, pendant votre trop court exil.

Ce que l'on disait autrefois de votre ami du ciel, votre privilégié, l'angélique Théophane Vénard, nous l'écrivons de vous aujourd'hui : « Cette enfant était née avec un bouton de rose sur les lèvres, et un oiseau pour chanter à son oreille ; sa vie et sa mort même ne furent qu'un gracieux sourire. »

Ah ! maintenant, souriez-nous d'en haut ! Rappelez-vous ce que vous nous avez annoncé, peu de temps avant votre départ : « Quand, je serai rendue dans ma patrie, alors commenceront mes travaux : je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.»

Colombe chérie ! messagère de la paix ! nous attendons l'effet de vos promesses. Volez autour de nous. Que tous vos rêves se réalisent, que votre douce mission se continue et s'achève ! Et si vous voulez chanter dans vos célestes voyages, et nous inviter à chanter avec vous pour louer le Seigneur des grâces qu'il vous a faites, prenez, comme refrain de votre mélodie, cette parole qui vous convient mieux que toute autre : « Réjouissez-vous avec moi, vous qui aimé le Seigneur, parce que, comme j'étais petite, j'ai plu au Très-Haut... »

Sr M. de Gonzague,
r. c. i. Prieure.

De notre Monastère du Sacré-Cœur de Jésus
et de l'Immaculée Conception, des Carmélites de Lisieux
25 décembre 1897

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