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Le procès de non-culte

Le procès de non-culte, comme celui des écrits, est un petit procès : tous deux encadrent le Procès de l'Ordinaire. Il est court : dix sessions sur une grande semaine. Les 16 témoins sont, en majorité, des nouveaux venus, parce que le procès est différent des autres. Ce procès de non-culte témoigne de la manière dont s’est organisée à Lisieux la dévotion à Thérèse, autour de trois pôles : le carmel, le cimetière et les Buissonnets. La parole y est largement donnée aux « sans grade », le sacristain du carmel et une sœur tourière, le gardien du cimetière et la locataire des Buissonnets, ou encore les vicaires faisant les enterrements. Ces dépositions offrent une vision précise de la dévotion à Thérèse, malgré la nécessité de certifier l’absence de culte public. Elles évoquent les ex-voto, les cierges, les inscriptions sur les croix, les suppliques sur papier. On découvre aussi la manière dont le carmel s’est converti à Thérèse, en accrochant ses portraits aux murs et en créant une chambre baptisée de « dépôt des souvenirs », en réalité de reliques, données à vénérer à des visiteurs de choix.  Claude Langlois, historien 

Les sections en français

du procès de non-culte

 

5. Auguste Ferdinand Acard sacristain du Carmel 7. Le R.P. Lamy, vicaire à St Jacques 8. Le R.P. Georges Marie, vicaire à St Jacques


 

I. Mère Agnès de Jésus

 

La Servante de Dieu Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus est décédée dans ce Carmel à l’infirmerie le 30 Septembre 1897. Conformément aux coutumes de nos monastères, le corps de la Servante de Dieu fut exposé près de la grille du chœur du vendredi soir 1er octobre au dimanche soir 3 octobre. Pen­dant cet intervalle il se fit un défilé non inter­rompu des fidèles qui venaient prier et faire tou­cher divers objets aux restes de la défunte. Cette pratique n'est pas exclusivement propre au cas de la Servante de Dieu. On le fait communément à la mort de nos Sœurs; seulement le concours était plus nombreux. Le concours à ses funérailles qui eurent lieu le lundi 4 Octobre ne fut pas ex­ceptionnel et les signes de vénération que l’on donna n'eurent rien de particulier. 

Et juxta 11 interr. proc. fol. 30 terg. respondit :

Depuis la mort de la Servante de Dieu j'ai des preuves chaque jour plus nombreuses de la con­fiance universelle en son intercession. Dès l’année 1898 où la première édition de sa vie parut, on commence à nous témoigner la confiance qu’on a en elle. Les lettres que nous recevions à cette époque en font foi. Plusieurs missionnaires des Missions Etrangères vinrent à son tombeau avant de s'embarquer pour leurs Missions lointaines. Aujourd'hui, je ne puis plus compter les deman­des de prières ou les actions de grâces que la Po­ste apporte chaque jour au Carmel. Le courrier quotidien comporte maintenant cent lettres en moyenne venant de toutes les parties du monde. Pour ne pas être détournées de notre recueillement par cette correspondance qui devient écrasante, j'ai dû faire imprimer divers modèles de réponses que nous envoyons selon le cas. Quelquefois par ignorance, dans ces manifestations de piété, les fidèles peuvent, sans mauvaise intention, employer des formules moins conformes à la rigueur des règles de l'Eglise. Mais nous nous y opposons soigneusement toutes les fois que c'est possible. Pour cela nous écrivîmes en 1900 une lettre au Très Révérend Père Général des Carmes le priant de nous instruire de ce qui était permis ou défendu en cette matière. Sa réponse du 29 Juillet 1900 est un directoire très complet et j'ai soin qu'on s'y conforme exactement au Carmel et même au dehors autant que je puis.

Ainsi j'ai empêché nos religieuses de faire au chœur les neuvaines que l’on demande pour obtenir des grâces. Un jour qu’en mon absence on avait dit au chœur, quoique en dehors de tout office liturgique « Petite Sœur Thérèse, priez pour nous », l'ayant, appris, j'ai bien recommandé que l'on ne recommençât plus jamais.

Quand les fidèles par ignorance envoient au Car­mel des cierges « pour être brûlés » afin d'obte­nir des grâces par l'intercession de Sœur Thérèse, nous faisons brûler ces cierges devant l’autel de la Très Sainte Vierge, où ne se trouve point l'image de la Servante de Dieu.

On nous envoie parfois des ex-voto en reconnais­sance des grâces que l'on dit obtenues par l'in­tercession de la Servante de Dieu. Ces ex-voto sont enfermés dans une pièce retirée de la maison et entassés par terre contre un mur.

Je ne connais pas de litanies ou de neuvaines spéciales composées en l’honneur de la Servante de Dieu; il y a une prière qu'on adresse à Dieu pour obtenir sa béatification. Cette prière impri­mée au revers de certaines images a été approu­vée par Monseigneur l’Evêque de Bayeux et Lisieux.

Nous sommes si soucieuses d'empêcher toute forme de culte défendu par l’Eglise, que nous avons parfois donné des avis à ce sujet à des per­sonnes du dehors. Ainsi j'ai fait demander au Révérend Père Etienne, Abbé de la Trappe de Mortagne d'enlever le portrait de Sœur Thérèse qu'il avait fait mettre « quoique sans nimbe et sans rayons » dans l'Eglise, près du tableau de la sainte Face. Je me permis même de faire écrire à Monseigneur Allgeyr, évêque de Zanzibar, pour le détourner du projet qu’il nous exposait dans une lettre de mettre des cheveux de Sœur Thérèse dans sa croix pectorale. 

Et iuxta interr. 12 proc. fol. 32 respondit :

N'ayant pas quitté la clôture, je ne sais que par la notoriété publique ce que se passe au tombeau de la Servante de Dieu. Ainsi il est notoire qu'elle fut inhumée au cimetière public de la ville de Lisieux, dans un espace de terrain acheté pour ser­vir à la sépulture des religieuses carmélites. On sait aussi que le 6 septembre 1910 le corps de Sœur Thérèse fut exhumé par ordre et en présence de Monseigneur l’Evêque de Bayeux en vue d'une meilleure conservation. Elle fut inhumée de nou­veau dans une fosse creusée dans le même enclos et proche du premier emplacement. Nous avons de cette exhumation un procès-verbal dressé le jour même et signé de Monseigneur l'Evêque de Bayeux et des témoins. 

Et ulterius fol. 32 terg. sequitur :

Je sais aussi par les rapports qui m'en sont faits constamment que l'usage d'aller prier sur le tombeau de la Servante de Dieu s’est déve­loppé progressivement. Aujourd'hui il ne se passe point de jour sans que plusieurs pèlerins aillent prier au tombeau. Autant que je puis le sa­voir, il ne se passe rien au cimetière qui soit contraire aux règles de l’Eglise. Cependant il ar­rivait que des fidèles ignorants plaçaient des cier­ges allumés sur la tombe, l'ayant appris, nous avons fait placer près du tombeau un avis ainsi conçu et peint sur une tablette de bois, « Par prudence et pour obéir aux prescriptions de l’Eglise il est expressément défendu d'allumer des cierges sur la tombe de Sœur Thérèse de J'Enfant Jésus ». Un de ces cierges ayant incendié la croix de bois placée sur la tombe, nous l’avons fait remplacer le 23 mai 1911 par une croix de fer. Sauf cette particularité, la tombe de Sœur Thérèse ressemble à celle des autres Carmélites. Vers 1902, un prêtre aurait voulu orner cette tombe en y pla­çant une statue de la Sainte Vierge, nous nous y sommes opposées. 

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 33 respondit :

Nous avons au Carmel en très grande quantité des reliques et souvenirs de la Servante de Dieu. Mes Sœurs et moi, ayant vécu avec elle depuis sa plus petite enfance, et ayant toujours professé pour elle une très particulière affection, nous gardions soigneusement les objets qui nous rappelaient son souvenir. Les plus précieux de ces objets sont conservés avec soin dans le Carmel ; les autres nous servent à répondre aux demandes innombra­bles qui nous sont faites.

En ce qui concerne les reliques conservées ici, les plus intéressantes ont été disposées dans des écrins, les autres sont enfermées dans des caisses et des armoires. Mais soit les écrins, soit les caisses vulgaires sont déposés dans un appartement qui, non seulement est inaccessible au public, mais qui n’est même pas ouvert à la dévotion de nos religieuses. De plus ces écrins sont soigneusement recouverts de rideaux. D’ailleurs le Tribunal peut se rendre compte de visu de tous ces détails. Quelque fois on montre à des pèlerins particulièrement dignes de considération , par ex. à des Evêques etc., l’un ou l’autre de ces souvenirs. pour cela on les montre au tour, sans aucune forme de cérémonie religieuse. Jamais on n’allume de lampes ni des cierges devant ces reliques : jamais on ne les expose au milieu des reliques des Saints, ni dans l’église on n’en fait jamais l’objet d’un culte liturgique.

Quant aux reliques envoyées aux fidèles, elles consistent en petits fragments de vêtements, de rideaux de lit, d'étoffes ayant touché les ossements de la Servante de Dieu. On nous en demande de tous côtés ; nous ne pouvons plus contenter ces pieux désirs; les grâces obtenues bien souvent par l’attouchement de ces simples fragments augmen­tent encore la confiance et le désir d'en posséder quelqu’un. Les Carmels de Puy, de Bergerac etc. nous aident à disposer ces souvenirs sur des ima­ges ou dans de petits sachets, Malgré cela on ne peut pas y suffire parce que les demandes sont trop nombreuses. Lorsque nous envoyons quel­que souvenir un peu plus notable, nous y joignons un avis conforme à la petite feuille ci-dessus.

« II est expressément défendu par les décrets du Pape Urbain VIII. de 1625 et 1634, d'exposer publiquement ces reliques à la vénération des fidèles et de les placer au milieu des autres reliques de Saints ou de Bienheureux » .

Nous ne possédons à proprement parler aucune relique du corps de la Servante de Dieu, à l'excep­tion de ses cheveux et de deux dents qui avaient été mis à part pendant sa vie. Une de ces dents a été donnée à Son Eminence le Cardinal Gotti en 1899 ou 1900. Lors de l'exhumation du 6 Septembre 1910 Monseigneur l’Evêque de Bayeux défendit que l'on prélevât aucune parcelle du corps. Un tout petit fragment d'os adhérant à un débris du vêtement fut pris par un ouvrier et rendu au Carmel quelques jours après l'exhumation. Nous le conservons avec une note signée de Monseigneur l’Evêque de Bayeux authentiquant cette relique. 

proc, fol. 34 terg. respondit et iuxta 14 interr. 

Les représentations de la Servante de Dieu sont assez nombreuses, soit dessinées soit peintes soit en photographies. L'explication de ce fait est dans la présence au Carmel d'une de mes sœurs (Sœur Geneviève, aliter Céline Martin) qui dessine et peint très bien et qui étant la propre sœur de la Ser­vante de Dieu se plaît à la reproduire de toutes les manières. Nous avons au Carmel les originaux de ces dessins. Ils ont été reproduits par les pro­cédés photographiques et ont servi à l'illustration de la « Vie de la Servante de Dieu ».

Sœur Geneviève, dans la crainte de manquer aux Règles de l’Eglise, prenait conseil dans la compo­sition de ses dessins de Monseigneur Legoux, an­cien Vicaire Général de Coutances et Protonotaire Apostolique, que nous savions particulièrement compétent en ces matières. D'ailleurs ces images ne comportent aucun des attributs que l’Eglise réserve aux Saints et aux Bienheureux : on n’y voit ni auréole, ni rayons de lumière, ni diadème. Ces images .ne sont ni placées sur les autels, ni exposées au culte public parmi les images des Saints ou des Bienheureux: jamais on n'allume des cierges pour les honorer.

Nous avons aussi au Carmel une statue dont il n’existe que ce seul exemplaire. Cette œuvre est à proprement parler un groupe. Elle représente l'Enfant Jésus porté sur un nuage et nimbé; plus bas, Sœur Thérèse, sans nimbe d'aucune sorte, agenouillée devant l'Enfant Jésus reçoit de lui des roses qu’elle jette sur la terre. Cette statue de bronze, don de deux familles, est placée sans aucune marque de culte dans un angle de notre salle du chapitre. Les dimensions de cette œuvre sont environ an quart de nature.

Les reproductions imprimées des images de la Servante de Dieu sont multipliées en très grand nombre par les divers éditeurs qui n’arrivent pas à satisfaire aux demandes qui en sont faites.

 

II. Sr Thérèse de St Augustin

 

J’étais au Carmel quand mourut la Servante de Dieu le 30 Septembre 1897. Nos Soeurs ne ren­dirent pas à son corps d'autres honneurs que ceux qu'on a coutume de rendre à la dépouille mortelle des religieuses qui meurent au Carmel. C'est ainsi que son corps fut exposé à la grille du chœur. L’affluence des fidèles fut beaucoup plus considérable que d'ordinaire en pareil cas; mais cela peut s’expliquer par le fait que la fa­mille de la Servante de Dieu était très connue et très estimée dans la ville de Lisieux. Les fi­dèles qui vinrent firent toucher au corps de la dé­funte des chapelets, des croix, des médailles, des bijoux etc., mais cela se fait aussi à la mort des autres Sœurs.

Et juxta 11 interr. proc. fol. 44 terg. respondit: 

On ne peut pas douter que la dévotion des fidè­les ne s'établisse et ne s’accroisse considérable­ment à l’égard de la Servante de Dieu.

1°. Je suis quelquefois employée par Notre Ré­vérende Mère à dépouiller la correspondance que la poste apporte chaque jour au Carmel. Soit par le nombre de ces lettres (plus de cent par jour à la date présente), soit, par leur contenu, il est évi­dent que la dévotion à l’égard de Sœur Thérèse de L’Enfant Jésus devient quasi universelle.

2°. Mais pour m’en tenir aux remarques que ma charge de sacristine me donne occasion de faire je dirai: 1. que le nombre des personnes qui vien­nent prier dans la chapelle au cours de la journée ou assister aux messes le matin s’est beaucoup accru depuis la mort de la Servante de Dieu et surtout depuis qu'on a commencé le procès d'In­formation ; 2. Je constate aussi que le nombre des hosties dépensés que les communions des fidèles dans la chapelle du Carmel sont beaucoup plus nombreuses qu'autrefois; 3. Je note aussi que les Prêtres viennent maintenant de plus en plus nom­breux et de pays divers dire la Sainte Messe dans la Chapelle du Carmel. On ne peut pas douter que tous ces mouvements de piété ne soient oc­casionnés par le renom de sainteté de la Servante de Dieu.

Une autre forme de dévotion, c'est l'envoi qui nous est fait assez fréquemment d'ornements et d'objets de culte pour notre chapelle, par exemple chandeliers et croix d'autel, corporaux etc. . . On envoie souvent des fleurs et des cierges pour ho­norer « la Vierge qui a souri à la Servante de Dieu » ou « la statue de l'Enfant Jésus que la Servante de Dieu aimait à décorer. » Je n'ai ja­mais entendu dire que l'on destinât ces cierges aux images mêmes de Sœur Thérèse, en tout cas, nous ne nous prêterions point à ces marques de dévotion si on nous les demandait, parce que nous savons que c'est défendu. Dans la Communauté on n'a­dresse jamais de prières publiques à la Servante de Dieu.

Et iuxta 12 art. proc, fol. 45 terg. respondit :

Naturellement à cause de la clôture je n'ai ja­mais vu le tombeau de la Servante de Dieu; mais tout le monde sait qu'il est au cimetière de la ville, et j'entends dire de tous côtés que le concours des pèlerins s'y fait chaque jour plus nombreux. — Je sais aussi que Monseigneur l'Evêque de Bayeux et Lisieux a présidé à un transfert des ossements de Soeur Thérèse de la fosse primitive dans un tom­beau voisin. Primitivement l'ornementation du tom­beau de Sœur Thérèse ne comportait rien de spécial par rapport au tombeau des autres Carmélites. On y avait mis seulement une croix de bois. Si cette croix était un peu plus grande que celles em­ployées jusqu'alors, c'est qu'on avait eu le projet en enterrant, très profondément les restes de Sœur Thérèse d'y superposer par économie d'autres cer­cueils et on aurait ainsi mis plusieurs noms sur la même croix. Depuis nous avons su que la mu­nicipalité, de qui relève l'administration du cimetière, s'opposait à cette superposition de corps ; on est alors revenu pour les Carmélites décédées depuis à l'ancienne dimension (plus petite) des croix. Je sais que cette année on a remplacé la croix de bois par une croix de fer, parce que des fidèles ignorants voulaient faire brûler des cierges; nous les faisions enlever quand nous en avions connaissance: malgré cela, la croix de bois s'est trouvée un jour incendiée. J'ai entendu dire que notre Mère Prieure avait fait mettre une inscription pour rappeler la défense de l'Eglise.

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 46 respondit :

Nous avons au Carmel beaucoup de reliques de la Servante de Dieu. Je ne crois pas que tous ces objets conservés même depuis la petite enfance de Sœur Thérèse aient été d'abord réservés par per­suasion de sa sainteté: mais les religieuses et par­ticulièrement ses Sœurs, l'aimaient beaucoup et gardaient par affection tous ces souvenirs de fa­mille. Une ou deux pourtant d'entre nous avaient comme un pressentiment de sa glorification ; c'est ainsi que l'une de nous eut soin de conserver les cheveux qu'on lui coupait de temps en temps conformément à la règle du Monastère. Je n'ai pas entendu dire qu'à la mort de la Servante de Dieu ou lors de l'exhumation du 6 Septembre 1910, on ait rien prélevé du corps de Sœur Thérèse.

Dans cette dernière circonstance Monseigneur l'Evêque en avait fait la défense formelle. Il parait qu'un ouvrier qui avait pris une parcelle de vête­ment, y trouva un fragment d'os adhérent. Monseigneur l'Evêque se l'est fait rendre. — Ces re­liques que nous possédons n'ont jamais été exposées dans la chapelle ou dans les oratoires. On les tient enfermées dans une salle de dépôt. On nous a envoyé un assez grand nombre d'ex-voto, nous les avons empilés les uns sur les autres comme des pierres sur le parquet de cette même salle. On ne fait jamais brûler de cierges devant ces reliques, comme je l'ai dit, les cierges qu'on nous envoie sont allumés devant la Sainte Vierge.

Pour répondre aux demandes innombrables qui nous sont faites nous envoyons collées sur des ima­ges etc. de petites parcelles de vêtements etc. : les souvenirs ne peuvent être confondus avec les reli­ques des Saints ou des Bienheureux disposés dans des reliquaires pour être objets du culte litur­gique.

Et iuxta 14 interr. proc. fol. 47 respondit :

Il y a plusieurs dessins représentant la Servante de Dieu, parce que sa sœur (Sœur Geneviève) les compose et les dessine elle-même. Ces différentes compositions sont fort connues, puisqu'on les a re­produites soit en images séparées, soit pour illu­strer l'Histoire de sa vie. Comme chacun peut s'en rendre compte, aucune de ces images ne com­porte de rayons ou d'auréole, ni aucun des attri­buts que l'Eglise réserve aux Saints.

Les originaux de ces compositions que nous conservons au Carmel ne sont pas l'objet d'un culte public et ecclésiastique, on a soin de ne les pas placer sur les autels ou dans les lieux sacrés. On les montre quelquefois à des visiteurs pour satisfaire leur pieuse curiosité, mais on ne les expose pas à la vénération publique comme celles des Saints.

Nous avons à la salle du chapitre une statuette représentant l'Enfant Jésus aux pieds duquel Sœur Thérèse reçoit des roses qu'elle jette sur la terre. L'Enfant Jésus est auréolé et Sœur Thérèse ne l'est pas. Cette statue qui nous a été donnée n'e­xiste qu'en ce seul exemplaire, et les quel­ques photographies qui en ont été tirées ne sont pas livrées au public. Cette statue, non plus que les dessins ou peintures, n'est l'objet d'aucun culte public.

 

III. Sr Marie de la Trinité


J'étais présente aux derniers moments de la Ser­vante de Dieu. Elle est morte dans notre mona­stère le jeudi 30 septembre 1897 à l'infirmerie vers 7 heures du soir. Je n'ai rien noté de particulier dans les honneurs qu'on a rendus alors à sa dé­pouille mortelle si ce n'est l'affluence exceptionnel­lement nombreuse des fidèles qui venaient faire tou­cher des chapelets et des objets pieux pendant que son corps était exposé à la grille du chœur.

Et juxta 11 interr. proc. fol 50 respondit :

Il n'est pas douteux que la dévotion à la Ser­vante de Dieu existe: elle s'est manifestée dès la première publication de sa biographie. On a com­mencé dès lors à nous écrire pour demander des images, des reliques, des prières etc. Dès cette épo­que aussi, notre Rde Mère eut la pensée de con­server ces lettres et me chargea de les classer. Le nombre de ces correspondances est allé en progres­sant : il s'est extraordinairement accru depuis que l'on a commencé le procès de Béatification. Je don­nerai une idée de ce qu'il est aujourd'hui eu disant que depuis que j'ai déposé au procès d'information, c'est-à-dire depuis six mois seulement, nous avons écoulé pour satisfaire aux demandes environ trois cent mille images (je ne compte pas dans ce nombre les images insérées dans les différents ouvra­ges et brochures édités sur Sœur Thérèse). Depuis un an la proportion du nombre des images de­mandées a doublé. J’ai relevé aussi dans la correspondance le nombre de lettres d'actions de grâces. De janvier à juin 1910 on en comptait mille trente-quatre. Cette année-ci 1911, dans le même laps de temps, de janvier à Juin le nombre a presque triplé, j'en ai compté trois mille soixante- quinze. Nous connaissons le décret d'Urbain VIII sur l'interdiction du culte public des Serviteurs et Servantes de Dieu non encore béatifiés. Dès qu'il a été question dans le public de la sainteté de Sœur Thérèse, notre Mère nous a recommandé de bien veiller à l'exécution de ces décrets, et nous nous y conformons fidèlement. Lorsque dans les lettres envoyées par les fidèles nous remarquons que par ignorance ou inadvertance on manque à quelqu'une de ces règles, nous nous empressons d'avertir que l'on s'abstienne des manifestations dé­fendues..— On n'a pas composé à ma connaissance des litanies ou des formules de prières en l'hon­neur de la Servante de Dieu. On nous demande quelquefois dans les lettres s'il existe des formules de neuvaines. Nous répondons invariablement qu'il n’y en pas et qu'il faut seulement réciter la prière pour obtenir la béatification de la Servante de Dieu, prière dont le texte a été approuvé par Monsei­gneur l'Evêque de Bayeux. Il ne se fait jamais de cérémonie liturgique dans nos chapelles en l'honneur de la Servante de Dieu. Quand on nous en voie des ex-voto, ce qui est assez fréquent, nous les ca­chons dans une chambre de dépôt, en attendant que l'Eglise se soit prononcée sur la Béatification de la Servante de Dieu.

Et juxta 12 in ter. proc. fol. 51 terg. respondit :

 Le tombeau de la Servante de Dieu est au cime­tière de la ville; je ne l'ai pas vu, mais je l'ai en­tendu dire et j'en ai une des photographies. Je sais aussi, car on l'a assez dit, que l'exhumation et la translation des restes de Sœur Thérèse dans un tombeau voisin a été faite sous la présidence de Monseigneur l'Evêque le 6 septembre 1910. Beau­coup de personnes viennent en pèlerinage au tom­beau de Sœur Thérèse. Je le sais par le rapport des Sœurs tourières, et aussi par la correspondance où on nous demande très souvent le chemin du cimetière et d'autres indications, au point que nous avons dû faire imprimer un petit plan pour servir de réponse et nous épargner un travail excessif.

Et ulterius, fol. 52 sequitur :

Pour éviter que les pèlerins ne se livrent à des manifestations contraires aux lois de l'Eglise, notre Mère Prieure a fait placer près du tombeau une inscription rappelant qu'on ne doit pas allumer des cierges etc. Des fidèles, sans le savoir, enfrei­gnaient quelquefois ces règles en allumant des cierges, une des croix de bois en avait même été brûlée. J'ai aussi entendu dire à notre Mère qu'elle avait donné des ordres au gardien du cimetière pour qu'il retirât ces cierges si on en mettait.

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 52 terg. respondit :

Nous gardons au Carmel beaucoup de souvenirs de la Servante de Dieu, ses cheveux, ses vête­ments, et une multitude d'objets, qui ont été à son usage. On a même conservé des objets qui lui ap­partenaient dans son enfance ou pendant son sé­jour dans le monde. Beaucoup de ces objets avaient été d'abord conservés par simple affection de famille; ils sont devenus aujourd'hui très pré­cieux. — Mais pour ce qui me concerne person­nellement, ayant connu la Servante de Dieu pen­dant les trois dernières années de sa vie, j'ai eu dès ce temps-là la conviction que c'était une sainte, c'est, pourquoi j'avais grand soin de conserver tout ce qui était un souvenir d'elle, comme ses che­veux, ses écrits etc. — Tous ces objets sont con­servés bien précieusement ici dans des boîtes et des armoires; on travaille (Sœur Geneviève surtout) à disposer dans des écrins les souvenirs les plus remarquables. Tous ces écrins demeurent enfermés dans une chambre dépôt avec les ex-voto, dont j'ai déjà parlé en répondant, à la question XI ème. On ne les expose jamais dans l'église ni sur les autels; on ne les place pas parmi les Reliquaires des Saints ou des Bienheureux. On ne leur rend aucun culte public. — Quand on nous envoie des cierges à brûler pendant une neuvaine, pour ob­tenir une grâce par l'intercession de la Servante de Dieu, nous les faisons brûler exclusivement devant l'autel de la Très Sainte Vierge ou devant l'image de la Sainte Face. — Pour répondre aux demandes des fidèles nous envoyons de petites par­celles des vêtements ou de divers objets qui ont été à l'usage de la Servante de Dieu; mais nous prenons des précautions pour empêcher qu'on as­simile ces souvenirs aux reliques des Saints et des Bienheureux. Ainsi nous joignons à certains en­vois de souvenirs plus importants une note imprimée conforme au modèle que je dépose.

« Il est expressément défendu par les décrets du Pape Urbain VIII, de 1625 et 1634, d'exposer publiquement ces reliques à la vénération des fidèles et de les placer au milieu des autres reliques des Saints ou des Bienheureux ». (Codex, p.221)
L. S. Ita est.  /  E. Deslandes Not. Act. dep.

Et iuxta 14 interr. proc. fol. 53 terg. respondit :

Il existe en assez grand nombre des images de la Servante de Dieu. La plupart sont des dessins ou peintures ou des photographies, œuvre de Sœur Geneviève(sa sœur Céline). Aucun de ces types ne comporte d'auréole, de rayons, ou autres particu­larités défendues par l'Eglise. D'ailleurs tous ont été reproduits par les divers procédés typographiques et employés à l'illustration des différents ouvrages sur Sœur Thérèse de l'Enfant, Jésus. — Dans le tableau [il s'agit d'un fusain] où Sœur Geneviève a re­présenté la Servante de Dieu sur son lit de mort, Sœur Thérèse porte sur la tête une couronne de roses: c'est la parure funèbre de toutes les reli­gieuses Carmélites, conformément aux prescriptions de notre cérémonial particulier approuvé par la Congrégation des Rites (Livre X, ch. 3, N. 4). —

Il y a aussi une statuette de bronze offerte par une amie de Sœur Thérèse et composée sur les indications de notre Mère Prieure et. de Sœur Ge­neviève. Dans cette œuvre l'Enfant Jésus est porté sur un nuage et nimbé. Sœur Thérèse est sur la terre est sans nimbes. L'artiste n'avait pas d'abord dans sa maquette pris soin d'observer ces règles (l'Enfant Jésus n'avait pas de nimbe et Sœur Thé­rèse reposait comme lui sur le nuage). Notre mère l'obligea à refaire son œuvre et à modifier ces par­ticularités pour ne pas être en contradiction avec les règles de l'Eglise. Je sais tous ces détails parce que m'occupant de tout ce qui concerne les images de la Servante de Dieu, j'ai assisté à toutes les délibérations et conversations qui se sont tenues à ce sujet. D'ailleurs on n'a pas reproduit cette statuette et le moule en a été détruit. On a tiré quelques exemplaires photographiques de cette œuvre, à titre de document à notre usage, et cette image non plus n'a pas été répandue ni divulguée. J'ai préparé le recueil complet de ces différents modèles et je le livre au tribunal à l'appui de ma déposition.

Ces peintures et dessins ornent diverses salles intérieures de notre Communauté, mais on ne leur rend aucun culte public, on ne les met point au- dessus des autels, ni dans les lieux sacrés. On. ne brûle pas non plus des cierges devant ces images.


  

IV. Marie-Elisabeth de Ste-Thérèse, tourière


La Servante de Dieu est morte le 30 septembre 1897, un jeudi, le soir au coup de l'Angelus, je m'en souviens très bien. On n 'a rien fait de par­ticulier pour ses funérailles : c'était comme pour toutes les autres religieuses Carmélites. Il est vrai qu'il y avait une affluence considérable soit pour assister aux cérémonies funèbres, soit pour faire toucher à son corps des chapelets, des bagues, des images etc. Mais il faut bien dire que Sœur Thé­rèse ayant de la famille à Lisieux, et ayant elle-même habité Lisieux avant d'entrer au Carmel, cela peut expliquer en partie ce concours exceptionnel.

 Et iuxta 11 interr. proc. fol. 69 terg. respondit :

 La dévotion envers Sœur Thérèse grandit certai­nement. Depuis trois ans surtout les visiteurs se multiplient prodigieusement. Il n'est pas de jour qu'il n'en vienne et quelquefois les petits apparte­ments de l'entrée sont encombrés et les sœurs tourières surmenées. Ces personnes demandent, des prières, des neuvaines ; elles achètent la Vie de la Servante de Dieu ou des images, elles prient dans la chapelle parce que Sœur Thérèse y a prié; elles demandent à être reçues au parloir, surtout par notre Mère et les deux autres sœurs de la Servante de Dieu.

Toutes ces démarches témoignent évidemment de la dévotion des fidèles pour Sœur Thérèse de l'En­fant Jésus. Notre Mère a fait afficher dans le petit magasin où les pèlerins se présentent l'avis suivant que je présente au tribunal:

AVIS

« Les personnes qui désirent se recommander aux prières de la Communauté sont humblement priées de bien vouloir faire connaître leurs, intentions par écrit ou par l'intermédiaire des sœurs tourières. A cause du grand nombre des pèlerins les Carmélites ont dû, pour sauvegarder la retraite que leur impose la règle, se résoudre à refuser les entretiens au parloir qui leur sont trop fréquemment demandés. Elles ne s'y rendent plus que dans des cas très rares et exceptionnels. Il leur est impossible de fournir un guide aux personnes qui désirent visiter la tombe de la Servante de Dieu, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, Les pèlerins pourront s'y faire conduire par le gardien du cimetière ».

Je ne sais pas ce qui se fait dans le chœur in­térieur ou dans les salles de la Communauté, car les Sœurs tourières n'y sont pas admises; mais pour la chapelle publique et extérieure je sais bien qu'on n'y a jamais fait de prières et de cérémonies pu­bliques en l'honneur de Sœur Thérèse; qu'il n'y a dans cette chapelle aucun souvenir ni image de la Servante de Dieu. Quand des pèlerins nous ont ap­porté des ex-voto, je les ai transmis à l'intérieur du Monastère, selon l'ordre qui m'en a été donné et je ne sais pas où notre Mère les place.

Quand on nous apporte des cierges, ce qui est fréquent, nous avons ordre de les transmettre aussi à l'intérieur du Carmel et de bien expliquer aux pèlerins que ces cierges seront brûlés devant la statue de la Sainte Vierge et non près des ima­ges de la Servante de Dieu.

Et juxta 12 interr. proc. fol. 70 terg. respondit :

J'étais présente à l'inhumation de la Servante de Dieu et j'ai suivi le convoi au cimetière. Le corps a été enterré dans une partie de ce cimetière achetée pour la sépulture des Carmélites et limitée par une grille de fer. Précédemment le Carmel in­humait ses Religieuses dans une autre portion de terrain, laquelle s'était trouvée remplie, fut remplacée par la nouvelle acquisition dont j'ai parlée. Sœur Thérèse est la première qui ait été enterrée dans cette nouvelle concession. Sa tombe se trou­vait, dans l'angle situé au fond et à droite en en­trant.

Cette fosse fut creusée profondément parce que, par raison d'économie, on pensait pouvoir dans l'avenir placer d'autres cercueils au-dessus du pre­mier. Il y avait sur cette tombe une croix de bois, comme c'est l’usage pour les Carmélites avec la simple inscription du nom « Sœur Thérèse de l'En­fant Jésus » et au-dessous cette phrase de la Ser­vante de Dieu. « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ».

Le 6 Septembre 1910, le cercueil fut extrait de cette première tombe et placé dans une autre tombe voisine. J'assistais aussi à cette opération avec mes deux compagnes tourières. Monseigneur l’Evêque de Bayeux y présidait assisté d'un assez grand nombre de prêtres. Il y avait aussi deux médecins. On avait dérobé aux regards tout l’in­térieur du terrain au moyen d'une fermeture de toile. A l'extérieur de cette enceinte la foule était très nombreuse. Les prêtres ne portaient pas d'or­nements sacerdotaux; on ne fit pas de cérémonie liturgique : on récita seulement quelques prières (je ne sais plus lesquelles) sous la présidence de Monseigneur l'Evêque. L'ancien cercueil avec les ossements qu’il contenait fut renfermé dans un cercueil de plomb, celui-ci dans un cercueil de chêne et le tout déposé dans une nouvelle fosse, en avant et à la gauche en entrant. Au fond de cette fosse on avait maçonné l'emplacement du cercueil. Je pense qu'on a fait ce changement pour mieux assurer la conservation des ossements de la Servante de Dieu. Cette nouvelle tombe ne comporte d'autre ornement spécial que les fleurs disposées en grand nombre par les fidèles. Je sais que les pèlerinages à ce tombeau se mul­tiplient de jour en jour. Soit moi, soit mes com­pagnes tourières nous allons au cimetière jusqu’à deux fois par semaine et toujours nous y trou­vons du monde qui prie, qui récite le chape­let etc.

Des pèlerins qui ne connaissent pas les lois de l'Eglise y apportent souvent des cierges; ils ont même incendié ainsi une croix de bois, qu'on a dû remplacer par une croix de fer. On a mis une inscription pour avertir qu'on ne doit pas allumer de cierges, et quand nous en trouvons dans nos visites, nous ne manquons pas de les enlever.

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 71 terg. respondit:

 J'ai entendu dire qu'il y avait dans l'intérieur du Monastère beaucoup de souvenirs de la Ser­vante de Dieu. J'en ai vu quelques-uns au tour, comme sa chevelure, ses vêtements de Carmélite, ses instruments de pénitence etc. Je sais aussi qu'à l'occasion de l'exhumation du 6 Septembre on a rapporté dans la Communauté quelques plan­ches détachées du premier cercueil et quelques fragments des vêtements avec lesquels elle avait, été ensevelie; j'ai été témoin de ce fait, dans nos fonctions de tourière. Je ne crois pas que ni au moment de la mort, ni au moment de l'exhuma­tion on ait enlevé aucune partie du corps de la Servante de Dieu. J'ai seulement entendu dire que le jour de l'exhumation le fils du menuisier qui avait fait le cercueil avait pris un fragment de vêtement auquel adhérait un petit os, et qu'il avait rendu ce petit ossement à la communauté, mais je ne l'ai pas vu.

Jamais on n'apporte dans la chapelle les reli­ques de Sœur Thérèse qui sont conservées dans la Communauté et je n'ai jamais vu personne leur rendre aucun culte liturgique.

On donne aux fidèles qui en demandent de pe­tits sachets ou des images garnis de parcelles des vêtements etc. .... de la Servante de Dieu: ces petits sachets sont donnés gratuitement, quant aux images, elles sont vendues en raison de la valeur de l’image seulement.

 Et iuxta 14 interr. proc. fol. 72 terg. respondit:

Nous vendons dans notre petit magasin diverses images de la Servante de Dieu; ces images sont connues de tout le monde. Aucune de ces images ne représente la Servante de Dieu avec une auréole ou avec des rayons. J'ai vu des tableaux de ma Sœur Geneviève quand on les a rapportés de chez l'encadreur. Mais jamais on ne les sort du monastère intérieur pour les exposer dans la cha­pelle à la dévotion des fidèles.


V. Auguste Ferdinand Acard sacristain du Carmel


 J’étais présent aux funérailles de la Servante de Dieu le 30 Septembre 1897. Les religieuses du monastère n'ont rien fait pour elle d'extraordi­naire, mais il y avait beaucoup plus de monde; pendant les deux ou trois jours qu'elle fut expo­sée ce fut un va et vient ininterrompu. J'ai l’impression que ce grand concours de peuple ne s'ex­plique pas suffisamment par les relations de fa­mille dans la ville de Lisieux, et que la plupart étaient attirés par un sentiment spécial de véné­ration pour la Servante de Dieu.

 Et iuxta 11 interr. proc. fol. 74- respondit :

 Je remarque que le mouvement de dévotion en­vers la Servante de Dieu grandit d'année en année. J'en juge par le va et vient devenu continuel de personnes qui viennent prier à la chapelle. Le nombre augmente aussi des prêtres qui demandent à dire la Sainte Messe dans la chapelle. Ils vien­nent de tous les pays et par dévotion pour Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. A certains jours de cette présente année j'ai dû préparer à la sacristie jusqu'à huit et dix messes, ce nombre est exceptionnel, mais tous les jours il y eu a une ou deux.

Dans les manifestations de cette dévotion je n'ai jamais rien vu qui ressemble à des cérémonies ecclésiastiques ou à un culte public. Je n'ai jamais vu dans la chapelle ni les images ni les reliques de Sœur Thérèse; je n'ai jamais entendu non plus de formules de prières qui lui fussent directement adressées.

On apporte des ex-voto; il y en a bien une trentaine, mais on les met par terre dans un petit appartement du Monastère où je les ai vues.

Et juxta 12 interr. proc. fol. 74 terg. respondit :

J’étais présent à l’inhumation de Sœur Thérèse comme j'assiste à l'inhumation de toutes les reli­gieuses. Elle fut enterrée la première dans le ter­rain nouvellement acheté pour la sépulture des Carmélites. Il n'y avait sur cette tombe aucune marque d'honneur. J'ai assisté ainsi à l'inhuma­tion qui a été faite le 6 Septembre 1910. On a trouvé le cercueil complètement détérioré et on a dû le consolider avec de nouvelles planches, le corps était resté à l’état de squelette. Monseigneur l'Evêque était présent, on a récité le psaume : Laudate, pueri, Dominum, sans autre démonstration de culte. Ce qui restait de l’ancien cercueil et le corps de la Servante de Dieu ont été renfermés dans un cercueil plombé et inhumés dans une fosse ou sorte de petit caveau situé à cinq ou six mètres de l'ancien tombeau. On n'a emporté aucune par­tie du corps de la Servante de Dieu ; on a pris seulement la petite croix de bois qu'elle tenait en main et qui a été remise à Monseigneur l’Evêque. On a recueilli aussi une palme stérilisée, quelques morceaux du vêtement et quelques planches de l'ancien cercueil.

Il y avait une foule nombreuse, quoiqu'on n'eût fait aucune invitation et que le projet ait été tenu secret. Pendant le travail d'exhumation, des toiles tendues autour de l’enceinte empêchaient le public de voir les abords du tombeau. Avant de prati­quer la nouvelle inhumation on enleva les toiles, et les assistants défilèrent en silence devant le corps, la plupart faisant toucher des chapelets, des croix et autres objets de piété.

Depuis cette deuxième inhumation le concours des pèlerins a repris plus nombreux que jamais. Je vais assez souvent au cimetière pour nettoyer et mettre de l’ordre. J'y vais environ une fois par mois, et j’y travaille presque toute la journée. Je constate alors qu’il y a un va et vient à peu près ininterrompu de fidèles. Ces pèlerins prient, déposent sur la tombe des fleurs, des petits papiers où ils ont écrit leurs demandes ou leurs remer­ciements. Ils écrivent, aussi au crayon sur la croix qui est couverte de ces inscriptions. Je n’ai jamais vu au tombeau aucune cérémonie religieuse. Je ne crois pas qu'on ait mis fréquemment des cierges sur la tombe, je ne l'ai remarqué qu’une fois ou deux : c’était le fait de pèlerins ignorants et in­connus. Ces cierges ont une fois incendié une couronne de celluloïd qui se trouvait aux pieds de la croix, et cette croix de bois a été en partie brûlée. On l'a alors remplacée par une croix de fer et on a mis une inscription pour empêcher qu’on allume des cierges à l’avenir.

Et juxta 13 interr. proc. 76 respondit :

On a dans le monastère des souvenirs de la Servante de Dieu. Il y en a beaucoup. Je les ai vus ; ils sont renfermés dans un appartement in­térieur du Carmel. On a fait des espèces de vitri­nes pour les préserver de la poussière. On n’ap­porte jamais ces souvenirs dans la chapelle. Je n'ai jamais vu qu'on fît aucune cérémonie de culte en leur présence. Ma charge de sacristain m'aurait donné occasion de le savoir, si cela s'é­tait jamais fait. Ces souvenirs sont constitués sur­tout, par des vêtements et des objets ayant appar­tenu à la Servante de Dieu. A l'exception de ses cheveux je ne crois pas que l’on conserve des re­liques de son corps qui doit être tout entier dans son tombeau.

Et juxta 14 interr. proc. ibid. respondit :

En travaillant dans l’intérieur du Monastère, je n’ai pu voir les divers tableaux et dessins représentant la Servante de Dieu; je sais qu'il sont l’oeuvre de Sœur Geneviève. Ils représentent, mais en beaucoup plus grand, les sujets que l'on a em­ployés pour illustrer la « Vie de Sœur Thérèse » ou plus exactement les gravures des livres sont des réductions de ces dessins originaux. Ces tableaux dans le monastère sont, suspendus en divers appar­tements, mais non dans des chapelles ni sur des autels. On ne les apporte jamais non plus dans la chapelle principale accessible au public. Il n'y a dans ces dessins ni d'auréole ni des rayons.

 

VI. Mme Hassebroucq, en charge des Buissonnets


Il est certain qu'il y a un grand mouvement de dévotion qui grandit de jour en jour à l'égard de la Servante de Dieu. Outre les preuves que l'on peut tirer de l'affluence des pèlerins au Carmel et des nombreuses lettres qui y sont adressées, je mentionnerai d'une manière particulière ce que je constate aux « Buissonnets ». Beaucoup de fidèles viennent me demander à visiter cette maison et notamment la chambre où la Servante de Dieu, à l'âge de 10 ans fut miraculeusement guérie par une apparition de la Sainte Vierge. Depuis le 7 Mai 1911, j'ai noté environ 624 pèlerins. Ces pèlerins viennent de divers pays (France, surtout, puis d'autres viennent d'Angleterre, d'Amérique, d'Italie, Belgique, Ecosse, Portugal etc.). Ces pè­lerins manifestent une grande dévotion à l'égard de la Servante de Dieu et prient avec ferveur.

Il n'y a dans les divers locaux des « Buissonnets » aucune exposition de reliques ou d'images contraire aux règles de l'Eglise. Les images qui ornent certains appartements de cette maison sont celles mêmes qui illustrent le livre de « l'hi­stoire d'une âme, » elles n'ont point d'auréole, ni de nimbe, on ne brûle ni cierges, ni lampes devant ces images ou ces souvenirs. Dans la chambre principale dont j'ai parlé ci-dessus on a disposé une statue de la Très Sainte Vierge: c'est devant cette statue que les pèlerins s'agenouillent princi­palement pour prier.

Et iuxta 12 interr. proc. fol. 85 respondit :

Je n'étais pas à Lisieux lors de l'inhumation de la Servante de Dieu en 1897, ni même lors de la translation de son corps en Septembre 1910. Je vais de temps en temps au cimetière prier sur la tombe de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. J'y vais une fois par mois, mes enfants y vont plus souvent. Soit mes enfants, soit moi, nous trou­vons toujours des pèlerins qui prient sur le tombeau.

Je n'ai jamais vu au tombeau de manifestations de culte défendu. Les pèlerins prient en silence, écrivent au crayon diverses invocations sur la croix qui est toute recouverte de ces inscriptions. Je n'ai jamais vu de lampes ou de cierges sur la tombe. 

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 85 terg. respondit :

Il y a au Carmel beaucoup de souvenirs de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. Ce sont pour la plu­part, des objets qui lui ont appartenu. — Je n'ai pas vu de reliques de son corps qui est, je crois, tout entier au cimetière. J'ai vu seulement au Carmel des cheveux de la Servante de Dieu. Ces souvenirs sont conservés habituellement à l'in­térieur du Carmel. — Jamais je ne les ai vues exposées dans la chapelle ni offertes à la vénération publique: On les apporte quelquefois pour les montrer à quelques privilégiés; c'est dans ces conditions que je les ai vues, et je ne sache pas qu'on fasse jamais brûler des cierges ou de lampes de­vant ces objets. 

Et iuxta 14 interr. proc. fol 86 respondit : 

Je ne connais pas d'autres images de la Ser­vante de Dieu que celles qui sont communément mises en vente, et qui sont la répétition en divers formats des illustrations de la « Vie ». Ces images n'ont pas de nimbes ni des rayons lumineux. — Il n'y a aucune de ces images sur les autels, ni même en aucun endroit de la chapelle du Carmel, où, comme j'ai dit, je viens presque tous les jours. Sous aucune forme je n'ai vu ces images exposées à la vénération publique. Je n'ai jamais vu non plus de plaques votives en l'honneur de la Servante de Dieu.

 

VII. Le R.P. Lamy, vicaire à St Jacques


J'ai constaté souvent l'existence de la dévotion des fidèles envers la Servante de Dieu. Cette dé­votion non seulement se maintient, mais aug­mente tous les jours. J'en juge par les demandes fréquentes que m'adressent soit les paroissiens de St. Jacques, soit des personnes du dehors, pour ob­tenir des souvenirs et des reliques de Sœur Thé­rèse. Je viens moi-même presque tous les jours dans la chapelle du Carmel pour y réciter mon bréviaire, et je remarque dans cette circonstance que des fidèles y viennent constamment et en grand nombre. Je n'ai jamais remarqué que l'on rendît à Sœur Thérèse les honneurs de la prière publique et ecclésiastique, je suis bien sûr que rien de cela ne se fait à St. Jacques et je ne l'ai remarqué nulle part ailleurs.

Et iuxta 12 interr. proc. fol. ibid. respondit:

Le lieu de la sépulture de la Servante de Dieu est notoire puisqu'elle a été inhumée dans le cime­tière public de la ville. Je n'ai pas assisté à ses funérailles, mais j'ai assisté à l'exhumation qui s'est faite au mois de septembre 1910. Dans cette cir­constance, les fidèles qui se trouvaient en dehors de l'enceinte réservée récitaient le chapelet en com­mun. A l'intérieur de la grille qui entoure le ter­rain réservé pour la sépulture des Carmélites, Mon­seigneur l'Evêque était présent avec un certain nom­bre de prêtres. On a récité des psaumes lorsque le cercueil a été sorti de terre, mais je ne me sou­viens pas quels psaumes, parce que j'étais occupé à faire toucher des chapelets, et des objets de piété que me passaient les fidèles. Le corps était en poussière, il ne restait que le squelette et les vê­tements. On a renfermé ces restes dans un nou­veau cercueil sans en rien distraire. Un prêtre avait pris un morceau du scapulaire et Monseigneur l'Evêque lui ordonna de le remettre. Cependant plu­sieurs personnes ont pris subrepticement quelques lambeaux d'étoffe.

Les fidèles se rendent pour prier sur ce tombeau, Je puis témoigner qu'il y a journellement des pè­lerinages, parce que je vais souvent au cimetière pour les inhumations de la paroisse et que tou­jours je trouve du monde en prières. La plupart de ces pèlerins récitent le chapelet, baisent la croix et déposent des fleurs sur la tombe. J'ai entendu dire une fois qu'une personne inconnue avait allu­mé un cierge dont la flamme avait détérioré la croix placée sur le tombeau, mais je n’ai jamais vu moi-même de ces cierges quoique j'aille prier sur le tombeau, chaque fois que je vais au cimetière. J'ai remarqué qu'on avait mis une pancarte pour interdire d'allumer des cierges. 

Et iuxta 13 in terr. proc. fol. 88 ter respondit : 

J'ai vu à plusieurs reprises quelques-uns des sou­venirs de la Servante de Dieu que l'on conserve au Carmel. Je me trouvais alors en compagnie de visiteurs à qu'on les montrait. Je ne sais pas au jusle dans quel appartement on les garde au Car­mel. J'ai remarqué entre autres objets la chevelure de la Servante de Dieu, son Nouveau Testament, ses instruments de pénitence etc. Je n'ai jamais vu ces objets exposés dans l'église ni proposés à la véné­ration publique. 

Et juxta interr. 14 proc. fol. 89 respondit: 

J'ai vu bien souvent les images, d'ailleurs très divulguées de la Servante de Dieu. On les trouve sous forme de petites images à mettre dans le livre de piété. et en plus grand format dans le livre de « l'Histoire d'une âme ». Ces images bien con­nues ne comportent pas d'auréole, de rayons etc. Je n'ai jamais vu nulle part ces images placés sur les autels ni offertes en objet à la vénération pu­blique des fidèles. Je n'ai pas vu non plus de cier­ges ou de lampes allumées en présence de ces images.


 

VIII. Le R.P. Georges Marie, vicaire à St Jacques

 

Depuis un peu plus d'un an que j'exerce le saint ministère à Lisieux, j'ai pu constater un mouve­ment certain et très considérable de la piété des fidèles envers la Servante de Dieu, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. Ainsi les petits enfants, en grand nombre, pour se préparer à leur première commu­nion font des pèlerinages au tombeau de la Ser­vante de Dieu et dans la Chapelle du Carmel ; un grand nombre de malades (je pourrais dire « tous ceux que j'ai vus ») se recommandent à la Ser­vante de Dieu et cherchent à se procurer de ses re­liques.

Je n'ai jamais remarqué dans les manifestations de cette dévotion rien qui ressemble au culte pu­blic et ecclésiastique prohibé par l'Eglise. On ne fait jamais dans l'Eglise de la paroisse aucune prière officielle en l'honneur de la Servante de Dieu ni aucune fonction liturgique : ni ses images ni ses reliques ne se trouvent dans l'Eglise; dans les pré­dications on ne parle point de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus comme étant du nombre des « Bien­heureux ». Je n'ai jamais vu non plus d'ex-voto en son honneur; or, en raison de mes fonctions, j'aurais remarqué ces pratiques si elles avaient été employés, au moins, dans l'église paroissiale de St. Jacques. 

Et iuxta 12 interr. proc. fol. 91 respondit : 

Comme je l'ai dit, je n'ai pas assisté aux fu­nérailles de la Servante de Dieu, mais j’ai vu le tombeau que tout le monde désigne comme celui de la Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. D'ailleurs j'ai assisté l'année dernière (6 Septembre 1910) à l'exhumation du corps de la Servante de Dieu et à son transfert dans une sépulture voisine. Il y avait à cette occasion une certaine assistance de prêtres autour de Monseigneur l'Evêque de Bayeux; en dehors de l'enceinte fermée par des grilles et des bâches, il y avait une assistance de plusieurs centaines de fidèles. Monseigneur l’Evêque était en simple rochet et étole, les ecclésiastiques en costume de ville sans ornements sacerdotaux agis­saient comme simples spectateurs.

Il n'y a pas eu de fonction liturgique: on a seulement psalmodié le psaume Laudate pueri Dominum au moment où le cercueil a été retiré de la première fosse. Il ne restait du corps que des ossements et des vêtements à demi consumés. On a prélevé quelques lambeaux de ces vêtements, une petite croix de bois que la Servante de Dieu tenait dans les mains et une palme verte. J'ai entendu alors Monseigneur l'Evêque proclamer qu'on ne devait soustraire aucune partie des ossements et je crois, qu'en effet, le corps a été mis entier dans le nouveau cercueil.

La nouvelle tombe est situé dans le même enclos des Carmélites, qui renfermait la première sépul­ture. Les fidèles vont en grand nombre prier sur ce tombeau. Je le sais parce que mes fonctions m'appellent presque tous les jours au cimetière pour les inhumations. Je remarque alors qu’il y a toujours quelques personnes près de la tombe de la Servante de Dieu ; de plus un certain nombre des fidèles qui prennent part aux convois funèbres s'en détachent alors pour aller prier sur le tom­beau de Sœur Thérèse avant de quitter le cimetière. Dans ces visites beaucoup de personnes récitent le chapelet. Je n’ai jamais vu de cierges allumés sur cette tombe; j'ai seulement vu l'écriteau ré­cent qui interdit d'en allumer.

 Et juxta 13 interr. proc. fol. 92 respondit: 

Je ne sais pas d'une manière précise et com­plète quelles reliques de la Servante de Dieu on conserve dans le Carmel. A deux ou trois reprises accompagnant des visiteurs de marque, j'ai vu cinq ou six vitrines mobiles dans lesquelles on conser­vait des souvenirs de la Servante de Dieu, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. On nous montra ces objets au tour pour satisfaire notre pieuse curiosité plutôt que comme un objets de culte. Je n'ai ja­mais vu ces objets exposés dans la chapelle, ni faire l’objet d'aucune manifestation liturgique.

 Et juxta 14 interr. proc. 92 terg. respondit : 

J'ai vu diverses images représentant la Servante de Dieu. Ce sont celles-là même qui se trouvent dans le livre de « Sa Vie ». Il n’y a pas sur ces images des attributs de sainteté. Je n’ai jamais vu non plus aucune de ces images placée sur des autels, ni dans l’église ni offerte en quelque ma­nière que ce soit à la dévotion publique.


IX. Sr Madeleine de Jésus

 

Malheureusement je n'étais pas encore au Car­mel quand est morte la Servante de Dieu. Je ne connais que par le récit de nos Sœurs ce qui s'est passé dans cette circonstance, mais je n'ai pas entendu dire qu'on ait fait autre chose pour ses funérailles que ce que l'on fait pour toutes les religieuses.

Et iuxta 11 interr. proc. fol. ibid. respondit :

Tout le monde dans notre Carmel a pour Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus une dévotion et une confiance illimitée. Je sais aussi qu'au dehors la dévotion est très intense; j'en juge par le courrier reçu chaque jour au Carmel: je vois quotidienne­ment ce courrier abondant et j'aide quelquefois à en dépouiller le contenu.
Au Carmel, non seulement nous n'enfreignons pas les prescriptions de l'Eglise dans les manifestations de notre dévotion, mais nous sommes au contraire très prudentes, parce que désirant , beaucoup la béatification de Sœur Thérèse, nous serions désolées de la compromettre par des im­prudences. Aussi, prenons-nous conseil pour sa­voir ce qui est permis et défendu en cette ma­tière. Jamais il n'y a au chœur ou à la chapelle aucune prière publique adressée à la Servante de Dieu. Dans nos invocations, même en dehors de l’église, nous ne lui donnons jamais le titre de sainte ou de bienheureuse.

 Et iuxta 12 interr. proc. fol. 99 terg. respondit :

Je ne puis savoir que par ouï dire ce qui re­garde le tombeau de la Servante de Dieu. Je n’é- tais pas au Carmel lors de la première inhuma­tion. J'ai entendu le récit de l'exhumation qui a été faite le 6 Septembre 1910. Nous entendons souvent parler par nos Sœurs tourières du con­cours de pèlerins qui s'établit au tombeau de Sœur Thérèse de l'Enfant, Jésus. Nous avons su que quelqu’un de ces pèlerins avait allumé un cierge, puisqu'on vint nous avertir que la croix de la tombe était un peu brûlée. Dès le lendemain, je reçus de notre Révérende Mère Prieure l'ordre de faire préparer par les ouvriers une croix de fer et une inscription pour avertir que cette forme de dévotion est interdite.

Et iuxta 13 interr. proc. fot. 100 respondit :

Nous gardons précieusement au Carmel des objets qui ont appartenu à la Servante de Dieu; nous appelons cela « des Souvenirs » plutôt que des « Reliques », afin de bien les distinguer des Reliques des Saints et aussi parce que ce sont plutôt des objets à son usage que des restes de son corps. On n'a en effet rien prélevé de son corps, soit au moment de sa mort, soit au mo­ment de l'exhumation faite l'an dernier. Dans cette dernière circonstance en particulier, Monsei­gneur l'Evêque avait expressément interdit de rien prendre des restes de la Servante de Dieu. Un ouvrier s'étant approprié une parcelle de vête­ment, un petit fragment d'os s'y trouva collé. Avertie de ce fait, notre Révérende Mère prévint Monseigneur l'Evêque et fit agir pour que cet ossement fût rendu au Carmel, ce qui a été fait. En dehors de cette parcelle nous ne possédons d'autres restes du corps de la Servante de Dieu que ce qui en a été prélevé pendant sa vie; ses cheveux, une dent (une autre a été envoyée au Cardinal Gotti) et un fragment de peau qu’une Sœur infirmière, chargée de lever un vésicatoire pendant la dernière maladie de la Servante de Dieu eut soin de conserver.

Ces souvenirs nous les conservons avec beau­coup de respect. Les plus précieux ont été dispo­sés dans des écrins, par les soins de quelques-unes de nos Sœurs. Tous ces objets sont conservés non dans un oratoire, mais incognito dans une cham­bre qui a été affectée à cet usage.

Dans cette chambre il n'y a ni cierges allumés, ni lampes ni aucun signe de culte. Quelquefois on sort ces souvenirs du dépôt pour les montrer à quelques pieux pèlerins. Mais dans ce cas, il n'y a rien qui ressemble à une « Ostension de reli­ques saintes ». C'est au tour qu'on apporte les écrins et jamais dans l'église. On les dépose sur une table ordinaire et jamais sur un autel ou parmi les reliques des Saints; et les marques de vénération que donnent, alors ceux à qui on les montre ne dépassent pas les limites du culte privé. On nous demande continuellement, dans la correspondance quelque souvenir de la Servante de Dieu. Pour répondre à ces demandes nous en­voyons des fragments d'étoffes, des vêtements etc. collés sur des images ou enfermés dans de petits sachets d'étoffe ou de papier. Ces images et ces sachets portent le sceau du Vice-Postulateur. Quand nous envoyons un souvenir un peu plus important, ce qui ne se fait qu'exceptionnellement, on joint à l'envoi une petite note pour faire re­marquer que ces souvenirs ne peuvent pas être placés avec les reliques des Saints.

On nous envoie assez souvent des plaques vo­tives en action de grâce des faveurs reçues par l'intercession de la Servante de Dieu. Nous plaçons ces tablettes dans cet appartement privé qui con­tient, comme j'ai dit, les souvenirs de Sœur Thérèse. Dans ce local les ex-voto ne sont pas fixés au mur, mais placés par terre sur le parquet et em­pilés les uns sur les autres.

Et iuxta 14 interr. proc. fol. 101 respondit : 

Il y a au Carmel des tableaux, les uns dessinés en fusain, les autre peints à l'huile, représentant, la Servante de Dieu, à différents époques de sa vie. Ces tableaux sont l'œuvre d'une de ses sœurs Carmélite, Ces tableaux ont tous été reproduits en réduction pour illustrer le livre de « Sa Vie » et pour satisfaire les demandes des fidèles. Je ne connais aucun autre type de ces images. Or il est facile de voir par les reproductions du livre que ces représentations ne comportent pas d'auréole ni de rayons.

Ces images ne sont pas dans le Carmel l'objet d'un culte public et a fortiori liturgique : elles ne sont pas exposées sur des autels, mais appendues de ci de là aux murs des salles. Jamais on n'al­lume de cierges ni de lampes pour honorer ces images.

Nous avons aussi au Carmel une petite statue en bronze représentant Sœur Thérèse en prière aux pieds de l'Enfant Jésus. Dans cette compo­sition la Servante de Dieu ne porte non plus aucun des attributs que l'Eglise réserve pour les Saints. D'ailleurs cette statue est gardée à l'intérieur du Carmel dans la salle du Chapitre.


X. Testis (2 ex off.) R.P. Aubey, vicaire à St Pierre

 

Je sais non seulement par la renommée publique mais par mes relations personnelles, qu'un grand nombre d'âmes ont dévotion et confiance envers la Servante de Dieu Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, que beaucoup l'invoquent, font des pèlerinages aux lieux qu'elle a habités. Je sais par les fon­ctions de mon ministère, que les malades ont re­cours à son intercession. Ce ne sont pas des faits isolés: c'est un état d'âme assez général. — Ce­pendant je n'ai remarqué aucune manifestation li­turgique de cette dévotion. Il ne s'est jamais fait à la cathédrale de prières ou de cérémonies pu­bliques en l'honneur de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus.

Et iuxta 12 interr. proc. fol. 104 ter g. respondit :

Je n'ai assisté ni aux funérailles ni à l'exhu­mation de la Servante de Dieu, mais, à raison de mon ministère, je vais au cimetière de la ville au moins deux fois par mois. Chaque fois, ou à peu près j'ai remarqué la présence de quelques fidèles au tombeau de la Servante de Dieu. Ces visiteurs étaient dans l'attitude de la prière. Je n'ai rien remarqué dans les actes de ces pè­lerins qui soit contraire au Décrets de l'Eglise ou qui exprimât un culte public et officiel. Je n'ai jamais vu de cierges allumés sur le tombeau. En fait de plaques votives je n'en ai jamais vu à cet endroit ni d'ailleurs nulle part. J'ai seulement remarqué que la croix placée sur la tombe était recouverte d'inscriptions au crayon; j'ai lu quelques-unes de ces inscriptions : elle expriment des demandes, des invocations à la Servante de Dieu. J'ai aussi remarqué sur la tombe des papiers, des suppliques manuscrites déposées au pied de la croix.

Et iuxta 13 interr. proc. fol. 105 respondit :

J'ai vu une fois au Carmel quelques écrins dont l'un contenait la chevelure de la Servante de Dieu et les autres des objets qui avaient été à son usage (instruments de pénitence, etc.). On avait montré ces objets transitoirement à quelques ec­clésiastiques.

On ne les présentait pas dans l'église, ni même hors de l'église, comme on présente les Reliques des Saints à la vénération des fidèles, mais plutôt comme des objets de pieuse curiosité. Je ne sais pas s'il y a au Carmet d'autres reliques que celles-là.

Et juxta 14 interr. proc. fol. ibid. respondit :

Je ne connais en fait d'images de la Servante de Dieu que celles qui sont communément mises en vente. Je n'ai jamais remarqué sur ces images connues de tout le monde aucun des signes que l'Eglise réserve aux Saint canonisés. Je n'ai ja­mais vu ni dans l'église St. Pierre ni ailleurs que ces images soient l'objet d'un culte public. On ne les place pas sur les autels, on fait pas brûler de cierges devant elles.

 


XI. Marie des Anges


Je soussignée Sœur Marie des Anges et du Sa­cré Cœur, la main sur les Saints Evangiles de Dieu, jure et promets de dire la vérité sur toutes les questions qui me seront posées ; et cela sous peine de parjure ; qu' ainsi Dieu me soit en aide et ses Saints Evangiles.

J'ai juré comme ci-dessus.

Signatum :                      Sr. Marie des Anges et du Sacré-Cœur

Je m' appelle Marie Julie Jeanne de Chaumontel, en religion Sœur Marie des Anges et du Sacré-Cœur, née le 24 Février 1845 à Montpinon, diocèse de Bayeux. — Je suis religieuse du Carmel de Lisieux depuis 1866: j'y ai fait profession le 25 Mars 1868. J'ai été Maîtresse des Novices de la Servante de Dieu, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus et j' ai partagé sa vie au Carmel pendant tout le temps qu'elle y a passé.

Interrogata an sciat Servam Dei in hoc coenobio habitasse et obiisse, respondit:

C'est bien dans ce monastère de Lisieux que Sœur Thérèse a passé sa sainte vie religieuse et qu'elle a fait la plus admirable des morts. J'ai été témoin direct de tous ces événements.

Interrogata quaenam sint coenobii loca quae specialius memoria referunt Servae Dei, respondit:

1.° L'oratoire où elle a peint une fresque; 2.° le Chœur; 3.° le Réfectoire; 4.° sa cellule; 5.° les Ar­chives; 6.° Enfin l'infirmerie où elle est morte.

Interrogata num in his Iocis inveniantur imaginis vel alia quae publicum redoleant, respondit:

En aucun de ces lieux il n'y a d'images de la Servante de Dieu contraires aux Décrets de la Sainte Eglise: ses images n'ont point d'auréoles ni de rayons: ou ne leur rend pas un culte liturgi­que, on n'allume pas devant ses images de cier­ges ni de lampes. Ses reliques non plus ne sont l'objet d'aucun culte. Je sais qu'il en est ainsi, puisque vivant dans le Carmel, je puis observer quotidiennement la disposition de ces locaux. J'ai déposé comme ci-dessus pour la vérité.

Signatum:    Sœur Marie des Anges et du Sacré-Cœur.


XII. Aimée de Jésus

Je soussignée Sœur Aimée de Jésus et du Cœur de Marie, la main sur les Saints Evangiles de Dieu, jure et promets de dire le vérité sur toutes les questions qui me seront posées et cela sous peine de parjure: qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles.

J'ai juré comme ci-dessus.

Signatum:   Sœur Aimée de Jésus du Cœur de Marie.

Interrogata de nomine etc. respondit:

Je m'appelle Léopoldine Féron, en religion Sœur Aimée de Jésus et du Cœur de Marie, née le 24 Janvier 1851 à Anneville-en-Saire, diocèse de Coutances. Je suis entrée au Carmel de Lisieux au mois d'octobre 1871 et j'ai fait profession le 8 mai 1873. J'ai donc été au Carmel contemporaine de la Servante de Dieu.

Interrogata an possit testificari Servam Dei Theresiam a Puero Jesu reapse ibi vixisse et decessisse, respondit :

Je puis bien affirmer que c'est bien dans ce Carmel qu'a vécu et qu'est morte Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. J'ai été témoin de tous les événements de sa vie religieuse et je sais pareille­ment qu'elle est morte à l'infirmerie située au rez de chaussée, à l'angle du cloître.

Interrogata de praecipuis locis quae documenta retinent Servae Dei respondit:

1.° L'Oratoire. — 2.° Le Cœur. — 3.° La salle du Chapitre. — 4.° Le Réfectoire. — 5.° Ses cel­lules. — 6.° La salle de récréation ou de Commu­nauté. — 7.° Le dépôt ou chambre des souvenirs. — 8.° L' Infirmerie.

Interrogata an in Monasterio et praecipue in praefatis locis sint aliqua quae cultum ecclesiasticum redoleant, respondit:

Nulle part dans notre Monastère on n'a jamais fait de cérémonies liturgiques en l'honneur de la Servante de Dieu. Les images qui ornent les lo­caux ci-dessus désignés n'ont pas d'auréole ni aucun des attributs des Saints ou Bienheureux: on ne brûle point de cierges devant ses images ou ses reliques.

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité.

Signatum: Sœur Aimée de Jésus du Cœur de Marie.


[Suit une visite des lieux]


I. Oratoire (Plan - Rez de chaussée W.)

Cet oratoire communique avec le sanctuaire de la chapelle principale par une ouverture munie d'une grille. Dans cette ouverture on expose le T. S. Sa­crement à l'adoration des religieuses.

Autour de cette « exposition » une fresque re­présentant des anges en adoration, œuvre de la Ser­vante de Dieu.II.      Statue de l'Enfant Jésus, dit l'Enfant Jésus de

Sœur Thérèse.

(Plan - Rez de chaussée N. 11).

La Servante de Dieu avait un soin religieux d'or­ner de fleurs cette statue placée contre un pilier du cloître. En mémoire de la Servante de Dieu, cette statue est toujours très ornée de fleurs et de lumières.

III.  Chœur des Religieuses (Plan - Rez de chaus­sée, N. G).

Rien de spécial sinon que la troisième stalle à droite vers la grille porte sur une petite plaque de cuivre cette inscription gravée:

« Dernière stalle occupée par Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus ».

IV. Réfectoire (Plan - Rez de chaussée 0).

Une petite plaque gravée marque chacune des quatre places successivement occupées par la Ser­vante de Dieu.

V. Salle de Communauté ou de Récréation.

(Plan - Rez de chaussée S).

On y voit une peinture à l'huile, œuvre de Sœur Geneviève, représentant la Servante de Dieu avec une harpe comme attribut. Item un grand tableau au fusain représentant Thérèse à 15 ans aux pieds de S. S. Léon XIII. Ces dessins ont été reproduits et vulgarisés no­tamment dans la grande édition de 1'« Histoire d'une âme ». 

VI. Infirmerie de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus.

(Plan - Rez de chaussée U).

C'est dans cette infirmerie qui est morte la Ser­vante de Dieu. On a laissé à sa place le lit sur lequel elle a expiré. Au mur on a appendu un ta­bleau au fusain, œuvre de Sœur Geneviève, repré­sentant la Servante de Dieu sur son lit de mort, la réduction de ce tableau entre dans l'illustration du volume « Histoire d'une âme ». Sur la porte de cette infirmerie donnant sur le cloître, et à l'ex­térieur une plaque gravée porte cette inscription : « Infirmerie où s'endormirent dans le Seigneur char­gées de vertus et de mérites, Notre Vénérée Mère Ge­neviève de Sainte Thérèse Fondatrice de ce Carmel, et la petite victime de l’amour miséricordieux Sœur Thé­rèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face (5 X.bre 1891 - 30 7.bre 1897).

VIL Noviciat ou salle de réunion des Novices.

(Plan - Etage R).

Dans cette salle de pieuses réunions qui n' est pas un oratoire au sens liturgique est appendu au mur, avec des images de piété, le portrait de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus,

VIII. Salle du Chapitre où la Servante de Dieu a fait Profession.

(Plan - Etage I).

Dans cette salle, dans l'angle à gauche de l'en­trée, est posée sur un piédestal une statuette en bronze: l'Enfant Jésus nimbé, débout sur des nua­ges, s'appuye d'une main sur ]a croix drapé du Saint Suaire marqué de la Sainte Face; de la main gauche il relève un pan du Saint Suaire formant ainsi une poche remplie de roses. Plus bas Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, sans nimbe et posée sur la terre fléchit un genou; elle a une attitude de prière et d'une main recueille des roses que de l'autre elle répand sur la terre. Sur un rouleau une inscription porte ces deux paroles de la Servante de Dieu : « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ». - « Après ma mort je ferai pleuvoir une pluie de roses ».

IX. Oratoire de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus.

(Plan - Etage J).

Cette pièce est voisine de la salle du chapitre et forme le vestibule de la cellule (F.e) de la Servante de Dieu. Sur un petit autel (où on ne dit pas la sainte Messe) on a placé la statue miraculeuse de la Très Sainte Vierge qui, un jour, s'anima et sou­rit à la Servante de Dieu alors âgée de 10 ans. — L'autel est très orné de fleurs, — des cierges sont allumés devant le statue de Marie. De chaque côté, deux coupes où on dépose les suppliques et demandes de prières envoyées par les fidèles. Appendus aux murs de cette pièce, des tableaux au fusain, œuvre de Sœur Geneviève, tableaux qui ont tous connus par la réproduction réduite qui se trouve dans l' « Histoire d'une âme ». A savoir: 1°. Thérèse à 4 ans avec sa mère. 2° Thérèse à 15 ans avec son père. 3°. Thérèse le jour de sa Pre­mière Communion. 4°. Portrait en buste de Sœur Thérèse, Carmélite à 23 ans.

X. Dernière cellule occupée par la Servante de Dieu ( à partir d'août 1894).

(Plan - Etage Fc.)

Sur la porte qui communique avec l'oratoire pré­cédemment décrit, une plaque en cuivre avec cette inscription gravée : « Dernière cellule habitée par Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus.

A l'intérieur de 1a cellule, rien de spécial.

XI. Chambre du dépôt des Souvenirs de Sœur Thérèse.

(Plan - Etage K).

Cette chambre est une cellule ordinaire affectée au dépôt des souvenirs de 1a Servante de Dieu. On y remarque:

Une quarantaine de plaques votives, en marbre, empilées sur le parquet.

Deux croix de bois apportées du cimetière, à savoir la croix qui était placée sur la première tombe et celle qui, placée sur la 1ère tombe, fut détériorée par le feu communiqué par un cierge allumé. Ces croix sont littéralement couvertes de « Graffiti » au crayon, exprimant des invocations à la Servante de Dieu ou des actions des grâces.

Plusieurs écrins de soie fermés par une vitre les uns placés sur les meubles, les autres appendus aux murs et contenant les plus beaux souvenirs de la Servante de Dieu, notamment 1. Sa robe de baptême. — 2. La robe dont elle était revêtue quand, petite enfant, elle jetait des fleurs devant le Très Saint Sacrement au jour de la Fête-Dieu. — 3. Sa robe de Première Communion. — 4. La chevelure coupée au jour de sa vêture. — 5. Un cilice, une ceinture de crin!, une discipline, un bracelet en mailles de fer avec pointes; — une petite croix en mailles de fer avec pointes. Quel­ques autres objets à son usage. — 6. Un exem­plaire du Nouveau Testament qu'elle porta sur son cœur depuis 1896 ; il contient le symbole des Apôtres écrit de sa main et avec son sang lors­qu'elle luttait contre de pénibles tentations contre la foi, vers la fin de sa vie. —- 7. Un autre exem­plaire, plus grand du Nouveau Testament, qu'elle portait avant 1896. — 8. Une dent molaire extraite en 1884 et conservée avec une note écrite par M. Martin, père de la Servante de Dieu. — 9. L'a­cte de consécration à l' Amour miséricordieux écrit de la main de la Servante de Dieu. — 10. Le Cru­cifix qu'elle portait le jour de sa prise d'habit et qu' on plaça dans ses mains sur son lit de mort. (Un autre Crucifix qu' elle porta pendant sa vie a été donné à sa sœur Léonie, religieuse de la Visi­tation de Caen). — 11. Des planches détachées du premier cercueil de la Servante de Dieu lors de l'exhumation du 6 Septembre 1910. — 12. Une couronne de bluets (fleurs) dont la Servante de Dieu ornait l'image de la Sainte Vierge et des pétales de roses qu' elle effeuillait sur son crucifix dans les derniers jour de sa vie. — 13. La palme stérilisée placée et retrouvée dans son premier cer­cueil ; — du bois de ce cercueil et des débris de vêtements extraits de ce premier cercueil lors de l'exhumation du 6 Septembre 1910.

De plus enfermés dans une armoire une étole blanche avec ornementation de fleurs peintes sur satin, peinture faite par la Servante de Dieu ; — item une chausuble noire avec ornementation de lis [sic] peints et la Sainte Face au milieu, œuvre de la Servante de Dieu.

Des tiroirs et des boîtes fermées contiennent des ­vêtements portées à diverses époques par la Ser­vante de Dieu, et notamment des vêtements de Carmélite; — item des cheveux coupés de temps,, en temps selon la règle, pendant sa vie religieuse.  Enfin des armoires fermés contiennent une grande quantité d'objets ayant appartenu à la Servante de Dieu même dans, la première enfance.

XII. Chapelle et sacristie extérieure.

(Plan - Rez de chaussée, d.e.f.J) 

Elles ne contiennent aucun souvenir de la Servante de Dieu.  

 

XIII. Marie Hassebroucq

 

« Je soussignée Marie Hassebroucq, la main sur les Saints Evangiles de Dieu jure et promets de dire la vérité sur toutes les questions qui me se­ront posées, et cela sons peine de parjure: qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles. 

J'ai juré comme ci-dessus.

Signatum :

Marie Hassebroucq

Je m'appelle Marie Elisabeth Hassebroucq, née le 13 Septembre 1893 à Comines, diocèse de Cam­brai. J'habite les Buissonnets avec ma mère et mes sœurs depuis six mois.

Interrogata an sciât hune esse locum in quo Serva Dei mansit, respondit:

La maison que nous habitons est la propriété de M. le Docteur La Néele, cousin germain de la Servante de Dieu. 1l est notoire que cette propriété appelée les « Buissonnets » est bien celle où Thé­rèse Martin a vécu avec son père et ses sœurs depuis son arrivée à Lisieux à l'âge de quatre ans et demi en 1877, jusqu' à son entrée au Carmel en 1888. Ma mère a loué cette habitation précisé­ment, par dévotion pour Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus.

On retrouve dans la disposition des locaux les particularités décrites par la Servante de Dieu elle-même dans l'histoire de sa vie.

Interrogata an in his locis fiat ecclesiasticus et publicus cultus in honorem Servae Dei, respondit:

Beaucoup de pèlerins viennent aux Buissonnets et demandent à visiter cette maison par dévotion pour la Servante de Dieu. Ces pélerins se font expliquer les souvenirs de Sœur Thérèse, ils s'a­genouillent, sur les prie-Dieu qui ont été à son usage, disent le chapelet, font toucher des objets pieux, des images etc. Mais il n'y a nulle part dans la maison d'images représentant la Servante de Dieu avec rayons ou auréoles: on n'allume pas de cierges en présence de ces images ou des objets qui lui ont appartenu.

J'ai déposé comme ci-dessu selon la vérité.

Signatum: Marie Hassebroucq


XIV. Maryelle de la Tour d'Auvergne

 

« Je soussignée Maryelle de la Tour d'Auvergne, la main sur les Saints Évangiles de Dieu, jure et promets de dire la vérité sur toutes les questions qui me seront posées et cela sous peine de par­jure, qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses Saints Evangiles.

J'ai juré comme ci-dessus.
Signatum: Maryelle de la Tour d'Auvergne.

Quo juramento praestito, interrogavit eam R. D. Promotor Fiscalis, de nomine, patria etc. cui illa respondit :

Je m'appelle Maryelle Françoise de la Tourd'Auvergne, née le 16 janvier 1881 à Versailles. J'ha­bite les Buissonnets depuis six mois.

Interrogata de dispositioue hujusce loci respondit :

Je suis venue ici sur l'aimable invitation de Ma­dame Hassebroucq ; je retrouve dans la maison les souvenirs de la vie de la Servante de Dieu Thérèse de l'Enfant Jésus. On y remarque spécialement la chambre où elle fut guérie vers l'âge de 10 ans par une apparition de la Sainte Vierge.

Interrogata de concursu peregrinorum et de cultu Servae Dei exhibito, respondit:

J'ai été très surprise de voir le concours de pè­lerins qui s'établit ici. Il en vient tous les jours: ils prient avec une très grande ferveur surtout de­vant la statue de la Sainte Vierge placée dans la chambre où Thérèse fut guérie. Mais il n'y a pas dans la maison à proprement parler un culte offi­ciel et public de la Servante de Dieu. Aucune de ses images ne comporte de nimbe ni de rayons; aucune n'est placée sur des autels ni même à la place d'honneur dans les appartements de la mai­son ; à plus forte raison on ne brûle point de cier­ges en son honneur.

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité.

Signatum : Maryelle de la Tour d'Auvergne

La Propriété dite les Buissonnets est située vers la limite de la ville de Lisieux et de la cam­pagne environnante, du côté du Nord. Elle com­prend une petite cour d'entrée disposée en manière de jardin anglais; une maison d'habitation de deux étages en façade et d'un étage seulement en arrière à cause de la déclivité du terrain ; enfin derrière la maison un grand jardin potager. Dans la salle à manger, au rez de chaussée sur la cour, on a conservé à leur place respective les meubles mêmes qui garnissaient cette pièce du temps de Mr. Martin père de la Servante de Dieu.  Il y a de ci de là, dans les appartements par manière d'ornement, appendues aux murs l'une ou l'autre des images qui illustrent le livre de "Hi­stoire d'une âme". La seule pièce particulièrement intéressante au point de vue du procès est la chambre située vers l'extremité ouest de la maison, au 1er étage du côté de la cour et éclairée par les trois premières fenêtres de ce côté. Cette chambre est celle où la Servante de Dieu fut soignée durant la maladie, à l'âge de 10 ans, et où elle fut favorisée d'une ap­parition de la Sainte Vierge. On a placé une statue de la Très-Sainte Vierge sur une armoire formant console, à l'endroit même où se trouvait pareille­ment disposée la statue miraculeuse qui est main­tenant au Carmel. Devant ce petit sanctuaire, deux prie-Dieu dont s'est servie la Servante de Dieu. Le lit a été disposé comme il l'était lors de la maladie et de la guérison miraculeuse de la Ser­vante de Dieu. C'est dans cette chambre que les pèlerins viennent de préférence : ils s'agenouillent sur les prie-Dieu placés devant l'image de la Très Sainte Vierge. — Aux murs diverses images iden­tiques à celles qui se trouvent dans le livre « Hi­stoire d'une âme » et dans l'alcôve le portrait de la Servante de Dieu qui est au frontispice du dit livre.

On visite aussi quelquefois « le Belvédère » qui est une chambre ajournée de quatre fenêtres, et située au 2me étage sur la cour. La Servante de Dieu parle de ce « Belvédère » dans le récit de sa vie. Cette chambre ne contient aucun objet de culte.

 


XV. Gaultier (Père) [de Pierre Gaultier]

 « Je soussigné Pierre Gaultier, gardien chef du cimetière de Lisieux, la main sur les Saints Evan­giles jure et promets de dire la vérité sur les ques­tions qui me seront posées : et cela sous peine de parjure: qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses Saints Evangiles.

 Signatum : Gaultier Père  

Gaultier Pierre fils témoin convoqué

Quo praestito juramento, Rñdus Promotor Fiscalis interrogavit praefatum testem de nomine, patria, aetate etc. . . . cui ille respondit:

« Je m'appelle Pierre Gaultier, né le 21 Novem­bre 1860 à Brin-sur-l'Aution (diocèse d'Angers). Je suis gardien du cimetière de Lisieux depuis l'an­née 1900 ».

 

Interrogatus au sciat ubi Serva Dei Theresia a Puero Jesu fuerit tumulata, respondit :

Quand je suis arrivé à mon poste de gardien du cimetière, Sœur Thérèse était déjà inhumée depuis plus de deux ans. Mais il n'y a aucune doute que sa sépulture était le N. 1 du premier rang au fond et à droite touchant le mur, dans l'enclos spécial reservé aux Carmélites, et outre la croix portant l'inscription « Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus », le témoignage public prouvait sans hésitation pos­sible que Sœur Thérèse était bien inhumée à l'en­droit que j'ai dit. — D'ailleurs j'ai assisté à l'ex­humation faite le 6 Septembre 1910 et j'y ai tra­vaillé. Le cercueil extrait de la première fosse con­tenait bien les restes de la jeune Carmélite. Il a été alors transféré avec tous les restes qu' il conte­nait dans le tombeau placé à gauche en entrant et entouré d'un pavage de briques. Dans cette tombe a été construit un caveau qui contient lui- même l'ancien cercueil renfermé dans un double cercueil de plomb et de chêne.

Interrogatus an sit circa praedictum sepulchrum species aliqua cultus ecclesiastici, respondit :

II vient beaucoup de pèlerins prier sur cette tom­be : j' en vois tous les jours et de tous pays ; la moyenne actuelle me parait être de 80 par jour. On prie sur le tombeau, mais on n' y fait pas de cérémonies comme à l' église. Une fois seulement je me suis aperçu qu'on y avait allumé un cierge qui avait enflammé les couronnes déposées sur la tombe : depuis on a mis une inscription pour l'in­terdire et on n' en allume plus.

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité.

Signatum :   Gaultier Père

Gaultier Pierre fils, témoin convoqué.

XVI. Dr La Néele

Je soussigné Francisque La Néele, Docteur eu médecine, la main sur les Saints Evangiles de Dieu, jure et promets de dire la vérité sur les questions qui me seront posées, et cela sous peine de parjure qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses Saints Evangiles.

J'ai juré comme ci-dessus.

Signatum :     Dr. La Néele

Quo juramento praestito, Rmus Dñus Promotor Fiscalis interrogavit Testem de uomine, patria, etc. cui ille respondit dicens :

Je m' appelle Francisque La Néele, docteur en médecine demeurant à Lisieux, rue Paul Banaston, 19. Je suis né le 18 Octobre 1858 à Paris. La Servante de Dieu, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus était cousine germaine de ma femme.

Interrogatus an sciat ubi corpus Servae Dei fuerit inhumatum, respondit:

J'étais présent à son inhumation et le terrain où elle a été inhumée est la propriété de notre famille. Elle a été inhumée dans l'angle de ce ter­rain du Carmel, au fond et à droite en entrant, c'est-à-dire dans l'angle Nord-Est. Cette première fosse était creusée très profonde, parce qu'on se proposait de mettre un autre cercueil au-dessus du premier. J'ai assisté aussi au changement de sépulture réalisé le 6 Septembre 1910, sur l'ordre et sous la présidence de Monseigneur l'Evêque de Bayeux. On se proposait dans cette translation d'assurer la conservation des restes de la Servante de Dieu et la facilité de les retrouver plus tard. Monseigneur l'Evêque avait bien voulu me de­mander de reconnaître en ma qualité de médecin l’identité et l’état des restes. C'est à ce titre que j'ai signé le procès verbal d'exhumation. Il n'est pas douteux que le cercueil retiré de la première fosse contenait le corps de Sœur Thérèse de l’En­fant Jésus dans l'état décrit, minutieusement au procès-verbal. Le cercueil contenant ses restes a été renfermé dans un cercueil de plomb, et ce dernier dans un cercueil de chêne le tout muni de sceaux aux armes de Monseigneur Lemonnier et de Mgr de Teil Vice-Postulateur. Le cercueil inté­rieur contient aussi un tube de plomb renfermant un exemplaire authentique du procès-verbal d'ex­humation. Le tout a été déposé dans un petit ca­veau, recouvert de terre et situé immédiatement à gauche en entrant dans l'Enclos (1ère rangée) vers l'angle sud-ouest. Cet emplacement se distin­gue extérieurement par un dallage de briques dont on l’a entouré, à cause de l'affluence des pè­lerins.

Interrogatus an sciât utrum sit circa hoc sepulchrum aliquis cultus publicus, respondit:

Je viens assez souvent au cimetière, au moins tous les trois mois et ma femme y vient plus souvent. Je sais que les pèlerins y viennent nom­breux, mais je n'ai jamais vu aucune manifesta­tion de culte liturgique sur la tombe de la Ser­vante de Dieu. J'ai bien entendu raconter au Carmel qu'un cierge avait élé allumé et avait provo­qué une détérioration de la croix, mais je n' ai jamais vu moi-même de cierges allumés sur le tombeau. Les pèlerins, généralement, prient en si­lence ou récitent le Chapelet.

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité.

Signatum :

Dr. La Néele.

 

His peractis, idem Rmus Judex, una cum Promotore Fiscali et Testibus infrascriptis specialiter vocatis, meque Notario Actuario, cœmeterii communis et Servae Dei sepulcbri externam dispositionem et formam attente inspexit mihique Notario mandavit ut sepulchrum necnon circumposita loca describerem, quod et feci sequenti modo, annuente R. D. Fisci Promotore, videlicet:

Le grand cimetière commun aux diverses pa­roisses de Lisieux, se trouve en dehors de la ville, à une distance d'environ un kilomètre des derniè­res maisons, du côté du sud, sur le territoire de la paroisse St. Jacques. Il s'étend en forme de rectangle allongé de l'ouest à l'est sur une longueur d'environ 300 mètres et une largeur de 100 à 150 mètres. Vers l'extrémité Est et dans l'angle sud-est, se trouve un espace rectangulaire limité par un petit mur de brique surmonté d'une grille de fer. Cet espace est affecté à l'inhumation des Carmélites; il mesure environ 10 mètres en longueur (Ouest, est.) et 5 m. 50 en largeur (Nord-Sud). L'entrée de l'enclos est formée par une marche ascendante et une petite porte dans la grille de fer, au milieu du côté Sud. Dans ce terrain, il y a d'abord, le long du côté Nord, une rangée de sept tombes. La dernière, à droite, de ces sept tombes dans 1'angle Nord-Est de la concession ne porte plus de croix : c'est un simple monticule irrégulier, de terre remué; c'est l'emplacement de la première sépulture de la Ser­vante de Dieu.

En avant de cette rangée de sept tombes il y a une deuxième rangée en formation, donc plus au sud et vers l'entrée. A droite de l'entrée une seule tombe qui occupe à peu près le milieu de l'espace entre la porte d'entrée et le mur de l'ouest. Cette tombe est la sépulture actuelle de la Servante de Dieu, elle y repose depuis le 6 septembre 1910. On a consolidé par un dallage en brique l'espace qui environne cette tombe, à la distance d'environ 0 m. 80 tout au­tour. Sur la tombe est fixée une croix de fer, peinte en blanc, sans ornements, mais un peu plus grande que les croix de bois qui sont sur les autres tom­bes. Cette croix porte une inscription peinte en noir, analogue à celles qui se voient sur les autres tombes contenues dans l'enclos. Seulement au nom de la défunte que comportent seul les autres tom­bes, on a ajouté ici une parole dite par la Servante de Dieu. On lit donc: 1873-1897. — Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face. « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre ».  Cette croix est littéralement couverte de graf­fiti.

Près de l'enceinte, à gauche de la porte, une pla­que de tôle est suspendue à la grille avec cette in­scription : « Par prudence et pour obéir aux prescrip­tions de l'Eglise, il est expressément défendu d'al­lumer des cierges sur le tombeau de Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus ». Enfin il est bon de noter qu' il existe dans le cimetière de Lisieux un autre terrain également limité par une grille et un petit mur, et affecté autrefois à la sépulture des Carmélites; mais cette concession plus ancienne se trouve vers le centre du cimetière tandis que celle qui renferme le tom­beau de la Servante de Dieu est à l'extrémité Est. 


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