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Le procès de Thérèse

 

Par Claude Langlois, historien

 

            Il est plus aisé d’indiquer l’aboutissement du procès de Thérèse (1925) que son point de départ. En effet, le procès ordinaire s’ouvre en 1910 ; mais dès 1906, on l’évoque dans la presse catholique ; en 1907, le nouvel évêque de Bayeux, Mgr Lemonnier, fait un geste symbolique, en autorisant une prière pour demander la canonisation de la jeune carmélite ; en 1908, une nouvelle prieure, qui n’est pas de la famille de Thérèse, s’adresse officiellement à l’évêque pour le lancement de la procédure ; en 1909, le choix des opérateurs principaux (postulateur carme et vice-postulateur français, Mgr de Teil) lance véritablement le procès. Celui-ci s’ouvre, en mai-juin 1910, par le procès des écrits, à la demande de la Congrégation des Rites. Il se clôt en septembre 1911, avec le procès de non-culte. Mais une année pleine (août 1910-août 1911) est consacrée aux auditions de témoins du procès principal portant sur les vertus, la réputation de sainteté et les miracles.

           Le dossier diocésain, clos solennellement par Mgr Lemonnier le 12 décembre 1911, est alors pris en charge par la Congrégation romaine des Rites, le 13 mars, quand celle-ci ouvre la copie authentique du procès apportée par Mgr de Teil. Première étape franchie, l’examen des écrits aboutit à un nihil obstat (11 décembre 1912). Vient alors le gros morceau, le procès principal. Le 8 mars 1913, les avocats romains de la cause présentent la Positio, un fort résumé (summarium) du dossier, avec diverses pièces annexes, à l’intention des membres de la congrégation. Nouvelle étape : la congrégation des Rites, en janvier 1914, autorise la poursuite du procès sans attendre le délai habituel de dix ans. Du coup, le promoteur de la foi, Mgr Verde, fait, dès avril, ses remarques (animadversiones), sérieuses et argumentées, auxquelles les avocats répondent immédiatement. La congrégation des Rites ne retient pas les objections. Le 10 juin 1914, première reconnaissance romaine officielle, Pie X signe l’introduction de la cause.

           La guerre qui commence en Europe n’empêche pas la congrégation des Rites, en août, de demander à l’évêque de Bayeux d’ouvrir le procès apostolique, en auditionnant d’abord les principaux témoins et les plus âgés. Ce nouveau procès s’ouvre en avril 1915 et dure jusqu’en août 1916. Pendant ce temps, la congrégation romaine ne reste pas inactive: en mars 1916, elle ratifie le procès de non-culte et allège le procès apostolique d’une nouvelle enquête sur la réputation de sainteté. La multiplicité des témoignages des fidèles et des récits de miracles a convaincu les juges. L’évêque de Bayeux peut donc continuer le procès apostolique en entendant le reste des témoins (septembre 1916-août 1917).

           On entre maintenant dans une phase exclusivement romaine. Un nouvel obstacle, de taille, est levé : selon le droit canon, le dossier aurait dû être traité seulement 50 ans après la mort de Thérèse, soit en…1947. On fait une exception pour elle. Du coup, l’aboutissement se rapproche. Le 14 août 1921, la Congrégation des Rites reconnaît l’héroïcité des vertus, mais il a fallu voter trois fois pour repousser les objections du nouveau promoteur de la foi, portant notamment sur l’étrange maladie de Thérèse. L’obstacle des deux miracles est franchi également après trois examens. Le 19 mars 1923, le décret di tuto donne le feu vert à la béatification . A Lisieux, les jours qui suivent, le corps de Thérèse – on peut maintenant parler de reliques – est transféré à la chapelle du carmel. Le 29 avril 1923, Thérèse est proclamée bienheureuse. Son culte devient public, avec une fête, le 1er octobre, un office… et des statues dans les églises !

           La canonisation est en vue. Il faut seulement examiner deux nouveaux miracles, approuvés le 19 mars 1925. Le 30 mars, en consistoire secret, le pape interroge les cardinaux sur l’opportunité de cette canonisation. Formalité. Le 22 avril, un consistoire semi-public, ouvert à tous les évêques, archevêques et cardinaux présents à Rome, permet une plus large approbation. Le 17 mai 1925 a lieu la canonisation solennelle de Thérèse de l’Enfant Jésus à Saint-Pierre de Rome. C’est la première canonisation de Pie XI. Elle précède de quelques jours celle de quatre autres saints français, deux fondatrices du XIXe siècle, Madeleine-Sophie Barat et Marie-Madeleine Postel (24 mai), et deux prêtres, Jean Eudes et le curé d’Ars (31 mai).

           Pour Thérèse, les honneurs officiels vont continuer. En 1927, le décret étendant sa fête à l’église universelle (juillet) est le prélude à sa proclamation comme patronne de toutes les missions (14 décembre). En attendant le doctorat, écarté en 1932, accordé en 1997.