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Biographie de sr St Pierre de Ste Thérèse

 

1830-1895

 

SrStPierre sign

un dévouement infatigable

 

 

Les débuts

Adélaïde Lejemble est née le 20 janvier 1830 au village de la Bruyère à Saint-Laurent-de-Cuves dans le département de la Manche. Ses parents étaient de modestes cultivateurs qui, très tôt, durent la placer comme servante. Elle exerça cette condition jusqu'à l'âge de 36 ans. C'est seulement en 1866 qu'elle frappa à la porte du cloître.

Le livre de la Fondation du Carmel de Lisieux nous révèle que les fondations de Saïgon, de Coutances et la mort de Sœur Marie-de-Jésus avaient grandement affaibli la communauté; de plus il y avait deux infirmes, la Sœur Marie-de-la-Croix à qui il fallait une infirmière et la Sœur Louise qui demandait des soins nuit et jour. La communauté était obligée de travailler, et les pains d'autel lui donnaient un gain assez considérable, mais comme nous l'avons dit, ses forces étant diminuées par le départ des plus fortes religieuses, la Mère Prieure accepta la proposition que lui fit son Supérieur en recevant une cinquième du Voile Blanc de Saint-Laurent-de-Cuves qu'il avait sous sa conduite. Il lui donna donc Mlle Adélaïde Lejemble qui entra le 22 octobre 1866, à l'âge de 36 ans et prit le nom de Sœur Saint-Pierre-de-Sainte-Thérèse.

A l'occasion de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, le 16 juillet 1867, à l'issue de la retraite prêchée cette année-là par le Père Lelasseur, Sœur Saint-Pierre prend l'habit, c'est le Supérieur de la communauté, l'abbé Cagniard, qui le lui donne. Le fait qu'il ait été son conseiller laisse penser qu'elle était ser­vante dans le Calvados avant son entrée en religion, mais nous ne savons rien de son enfance ni de sa jeunesse.

Sœur Saint-Pierre est affectée au service des pains d'autel et sa forte constitution autant que son accoutumance aux travaux pénibles lui permet d'y travailler pour ainsi dire avec un dévouement infatigable. Ayant tout juste dépassé la cinquan­taine, après quinze ans de cet office, elle est atteinte de violentes douleurs de goutte et de rhumatismes qui lui interdisent rapide­ment tout travail fatigant.

Elle rejoint l'office de la lingerie et des chausses, c'est-à-dire des bas qui étaient alors faits de grosse toile. Elle accomplit ce tra­vail « avec une promptitude et une adresse d'autant plus remar­quables que ses pauvres mains déformées semblaient lui refuser tout service».

Étant converse elle n'était pas astreinte à l'office canonial qu'elle remplaçait par la récitation d'un certain nombre de Pater. Mais elle ne quitta que peu de temps avant sa mort l'obligation qu'elle s'était imposée de réciter chaque jour, en plus de son office, les sept psaumes de la Pénitence, les prières de la Répara­tion propre à tous les jours de la semaine, un office des morts, un chemin de croix, son rosaire, les litanies de la Sainte-Face, du Saint-Sacrement, etc. Il n'est donc pas étonnant que pendant son travail, elle prie sans cesse pour venir à bout des obligations qu'elle s'est imposées.

Mais peu à peu son état s'aggrave. Sœur Marie-des-Anges la décrit ainsi : « 64 ans. Percluse de tous ses membres enflés et contournés par la goutte qui en fait une vraie martyre et la vic­time du Bon Dieu qu'elle prie au mètre, marmottant ses prières et de jour et de nuit! Fervent prédicateur ayant toujours un ser­mon de fait pour l'occasion, un organe d'orateur avec une dignité que font encore mieux ressortir ses lunettes, et qui ne brille jamais mieux que lorsqu'elle est sur son sujet intarissable de l'Apocalypse. »

 

Avec Thérèse

Dans le Manuscrit C (28 v° et sq.), Thérèse explique que les « âmes imparfaites », c'est-à-dire les sœurs au caractère plus rude, à l'éducation moins raffinée, au jugement peu sûr sont souvent laissées pour compte. Et pourtant, écrit-elle « une parole, un sourire aimable suffisent souvent pour épanouir une âme triste ». Sans doute avait-elle découvert sous le cuir des propos rugueux et des plaintes de Sœur Saint-Pierre un cœur sensible et souffrant, puisque « étant encore novice », elle décide de prendre son aînée en charge. « C'était du temps que ma Sœur Saint-Pierre allait encore au chœur et au réfectoire.»

Nous savons qu'à partir de 1892, la pauvre infirme ne pourra plus guère quitter sa cellule. Il s'agissait de conduire Sœur Saint-Pierre de la chapelle au réfectoire. « Cela me coûtait beaucoup de me proposer pour rendre ce petit service, car je savais que ce n'était pas facile de contenter cette pauvre sœur qui souffrait tant qu'elle n'aimait pas à changer de conductrice (...). Ce ne fut pas sans mal que je parvins à faire accepter mes services! (...). Il fallait remuer et porter le banc d'une certaine manière, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait lieu. Il s'agissait de suivre la pauvre infirme en la soutenant par la ceinture, je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'était possible; mais si, par malheur, elle faisait un faux pas, aussitôt il lui semblait que je la tenais mal et qu'elle allait tomber. — « Ah ! mon Dieu ! vous allez trop vite, j'vais m'briser. » Si j'essayais d'aller encore plus douce­ment — « Mais suivez-moi donc! Je n'sens pus vot' main, vous m'avez lâchée, j'vais tomber; ah! J'avais bien dit qu'vous étiez trop jeune pour me conduire. » Enfin nous arrivions sans acci­dent au réfectoire; là survenaient d'autres difficultés, il s'agissait de faire asseoir Sœur Saint-Pierre et d'agir adroitement pour ne pas la blesser, ensuite il fallait relever ses manches (encore d'une certaine manière), puis j'étais libre de m'en aller. Avec ses pauvres mains estropiées, elle arrangeait son pain dans son godet, comme elle pouvait. Je m'en aperçus bientôt et, chaque soir, je ne la quittai qu'après lui avoir rendu ce petit service. Comme elle ne me l'avait pas demandé, elle fut très touchée de mon attention et ce fut par ce moyen que je n'avais pas cherché exprès, que je gagnai tout à fait ses bonnes grâces et surtout (je l'ai su plus tard) parce que, après avoir coupé son pain, je lui fai­sais avant de m'en aller mon plus beau sourire.

Sœur Saint-Pierre n'était pas insensible à tant de charité puisque Sœur Geneviève raconte : « Dès les premiers jours de mon entrée, Sœur Saint-Pierre me fit demander à son infirmerie, disant qu'elle avait une chose très importante à me confier. Elle me fit asseoir sur un petit banc en face d'elle, et me raconta en détail toute la charité que Sœur Thérèse avait exercée à son égard. Puis, avec un ton solennel, elle me dit mystérieusement : «Je garde tout ce que j'en pense... Mais cette enfant ira loin... Si je vous ai conté tout cela, c'est parce que vous êtes jeune et que vous pourrez le dire à d'autres dans la suite, car de tels actes de vertu ne doivent pas demeurer sous le boisseau. » Thérèse, elle, avait su trouver et toucher la sensibilité profonde de ce cœur généreux que tant de travaux et de maux avaient apparem­ment endurci.

En 1893, pour que la pauvre malade puisse communier, la Mère Prieure fit mettre l'oratoire de plain-pied, ce qui procura aux sœurs « l'avantage de pouvoir rouler les malades jusqu'à la grille de communion sans aucun inconvénient». De plus, ajoute le livre des Fondations, une de nos jeunes sœurs, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, peignit autour du tabernacle de ravissants petits anges, ce qui augmenta et ranima la piété de nos sœurs.

A partir de cette époque cependant la vie de Sœur Saint-Pierre « devint un martyre de chaque instant et c'est alors que peu à peu toute consolation lui fut enlevée, même la possibilité de se faire transporter à la grille des malades pour y entendre la sainte messe et recevoir la sainte communion».

En avril 1895, l'état de Sœur Saint-Pierre s'aggrave encore. On lui « administre les derniers sacrements » comme on disait alors. Cependant « de longs mois de souffrances lui étaient encore réservés, comme un véritable purgatoire sans doute, durant les­quels les peines de l'esprit, qui l'affligeaient depuis longtemps déjà, augmentaient au point d'affaiblir sensiblement ses facultés ».

Peu avant sa mort, elle dit à son infirmière, Sœur Aimée-de-Jésus : «O ma bonne sœur! ne me quittez plus maintenant, je vous en prie... ne m'abandonnez pas!... Tenez si j'étais le Bon Dieu, je vous enverrais tout droit au ciel après votre mort pour tous les soins que vous m'avez donnés. » Elle manifeste aussi la même reconnaissance envers la Prieure à qui elle dit : « Ma bonne Mère, je vous remercie de votre immense charité.»

Ce furent ses dernières paroles intelligibles. Elle passa une der­nière nuit dans un grand calme après avoir reçu l'Extrême- Onction et une dernière absolution et le dimanche matin elle expirait doucement, c'était le 10 novembre 1895.

On rapporte qu'en regardant le visage pacifié de sa Sœur décédée, Thérèse dit: «Voyez-vous, c'est bien conforme à ce qu'en disait Sœur Marie-de-Saint-Pierre : ceux qui auront eu une tendre dévotion à la Sainte Face durant leur vie refléteront après leur mort quelque chose de la Beauté divine. »

P. Gires 


Poésies composées sur Sr St-Pierre par Mère Agnès-de-Jésus le 6 janvier 1884

«A genoux sur la paille sèche
Au pied de l'Enfant merveilleux
L'un de nous coupa de la Crèche
Un petit morceau précieux
En contemplant cette relique
Ma sœur unissez à la fois
Aujourd'hui, dans votre cantique
La gloire à celle de la croix!

Pour la Fête de Sainte Marthe 1892 :


(...) Chantons « Saint-Pierre » de loin
Qui médite dans son coin
Sans se faire de peine
En avant En avant
Les bonnes sœurs de voile blanc
Leur talent Et leur dévouement
*
Si vous voulez un sermon
Adressez-vous à Saint-Pierre
Elle prêche sans façon
Sur les quatre fins dernières.

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