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Biographie de Marie Elisabeth de Ste thérèse, tourière

 

Sœur Marie-Élisabeth de Sainte Thérèse  

Sœur Tourière, 1860-1935

 

Les Sœurs Tourières étaient chargées du service extérieur du Monastère : accueil, commissions diverses en ville, qui ne pouvaient être assumés normalement par les Religieuses tenues à la clôture. Des personnes libres de tout autre enga­gement se présentaient avec ce propos de dé­vouement, et après un temps de probation, elles étaient admises à faire profession au titre du Tiers-Ordre du Carmel : elles renouvelaient en­suite ces vœux chaque année.

Depuis 1889, il n'y avait plus de Sœurs Tourières à Lisieux : c'est peut-être une des raisons pour lesquelles la maison qui leur était réservée fut mise en chantier et entièrement reconstruite entre mai 1889 et juillet 1890.

 

Les débuts au Carmel

Ce fut donc dans un logis tout neuf qu'entre Marie Hamard, le 8 juillet 1890 (certains documents disent : le 7) elle était âgée de 30 ans et reçut le nom de Sœur Marie-Élisabeth.

Elle était née le 13 octobre 1860 à Couterne, dans l'Orne, mais on ne sait rien de son enfance; du moins n'a-t-on pas conservé les éléments per­mettant de retracer son existence avant 1890. Son père était tisserand et on peut noter, en reprenant les termes de la circulaire nécrologi­que, qu'elle était d'une famille très chrétienne dont plusieurs membres étaient établis à Lisieux et dans la contrée; nous verrons donc tout na­turellement plus d'une allusion à une petite nièce venant voir sa « Tante Babeth », occasion d'un souvenir relevé par Sœur Thérèse de l'Enfant- Jésus à la fin de sa vie.

Sœur Marie-Élisabeth s'habitua fort bien à sa nouvelle vie, en parfaite entente avec une jeune compagne entrée presqu'en même temps qu'elle, et toutes deux revêtirent l'Habit le 15 août de cette même année 1890 : il s'agissait alors d'un costume religieux que le Carmel de Lisieux venait d'adopter à la suite de plusieurs Carmels de France pour les Sœurs Tourières : longue robe noire, courte pèlerine sur les épaules, voile noir posé sur un bonnet blanc abondamment tuyauté. Le 15 octobre 1891, Sœur Marie-Élisabeth pro­nonçait pour la première fois les vœux qui la consacraient au Seigneur, et recevait le crucifix qu'elle portait alors sur la poitrine.

Sœur Marie-Élisabeth et Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus

On remarque que Sœur Marie-Élisabeth, entrée en 1890, connut au Carmel Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus : 1890-1897, la majeure partie de sa vie religieuse. Certes, les Tourières en ce temps-là n'étaient pas fréquemment en contact avec la Communauté, comme elles le sont main­tenant; mais les offices de sacristine et de por­tière remplis par Thérèse la mirent providentiel­lement en relations plus habituelles avec celle qui eut ainsi mainte occasion de la mieux connaître et de l'apprécier.

Elle aimait rappeler ce souvenir du 20 février 1893, élection de Mère Agnès de Jésus au Priorat : recevant au parloir la première bénédiction de la nouvelle Prieure, Sœur Marie-Élisabeth remarqua l'émotion de Sœur Thérèse qui, les yeux pleins de larmes, avait accompagné sa Pauline auprès des Sœurs Tourières, en sa qua­lité de portière.

Relevons cet autre souvenir bien touchant : celui de la petite « Madeleine », nièce de Sœur Marie-Elisabeth, qui, en raison de son jeune âge, avait pu voir la Communauté des Sœurs Carméli­tes, et avait dû leur réciter quelque petit compli­ment d'enfant. Thérèse fait allusion à ce fait en ces termes : « Quand je serai au Ciel, je m'avancerai vers le Bon Dieu, comme la petite nièce de Sœur Élisabeth devant la grille du parloir — Vous savez, quand elle récitait son compli­ment et finissait par une révérence en levant les bras en disant : « Le bonheur pour tous ceux que j'aime ». Le bon Dieu me dira : « Qu'est-ce que tu veux ma petite fille? » Et je répondrai : « Le bonheur pour tous ceux que j'aime. » Je ferai de même devant tous les saints (D.E. 6/7/1897).

Alors que Thérèse était très malade, Sœur Marie-Élisabeth eut à la garder pendant que toute la Communauté se trouvait à la Messe; c'était le dimanche 26 septembre. Avec une dévotion, certes bien intentionnée, elle s'approcha de la chère malade et l'entoura de beaucoup d'assidui­tés, sans se douter qu'elle lui imposait une ex­trême fatigue. Jamais la garde-malade de ce jour ne sut qu'une pénible crise de suffocation avait suivi cette longue visite, mais elle garda au contraire un souvenir de grâce de cette heure fortunée. Elle en rapportait notamment ce trait dont elle avait été frappée : « Quand je pense que cette pauvre petite sœur n'a même pas voulu que j'essaie de tuer les mouches qui l'ennuyaient par cette chaleur. Elle m'a suppliée de ne pas leur faire de mal, parce qu'elles sont ses seules ennemies, et qu'elle est contente d'avoir l'occa­sion de pardonner : comme c'est gentil. »

C'est Sœur Marie-Élisabeth qui accompagnera Sœur Thérèse au cimetière le 4 octobre 1897 : c'était un bien modeste cortège pour l'inhuma­tion d'une toute jeune religieuse ayant « peu vécu » comme elle le disait elle-même (D.E. 11/7/1897)... Mais encore quelques années, et on devra exhumer ces restes mortels au terme du Procès diocésain, le 6 septembre 1910; puis à nouveau au terme du Procès Apostolique, le 10 août 1917 : avec l'émotion que l'on devine, Sœur Marie-Élisabeth y assistera et en témoi­gnera au Procès; de même, interrogée au cours du Procès de non-culte, elle témoignera de la dévotion croissante des fidèles, mais saura prou­ver par ses affirmations qu'il n'est rendu à la Servante de Dieu aucun culte officiel et public : n'était-elle pas chargée, ainsi que ses compa­gnes, de monter souvent au cimetière et d'en enlever les ex-voto, suppliques, cierges et fleurs que les pèlerins ne cessaient d'y déposer? tout était remis au Carmel, afin d'éviter toute manifes­tation ostentatoire de dévotion, en attendant le jugement de l'Église.

Les dernières années et le retour à Dieu

Le grand labeur et le grand réconfort de ces années où les pèlerins ne cessaient d'affluer et de solliciter son accueil, n'épargnèrent pas à Sœur Marie-Élisabeth le tunnel de l'épreuve inté­rieure : à dater de cette époque justement — 1920 — et jusqu'à sa mort, son âme connut tourments et inquiétu­des incessantes, comme une mysté­rieuse purification qui reste le secret de Dieu.

Déjà assez fatiguée, elle dût renoncer à la joie du Pèlerinage à Rome pour la Béatifi­cation de 1923, et le sacrifice lui fut sensi­ble. Cette première étape de la glorifica­tion plaça, à ses yeux, Thérèse dans un do­maine très « élevé », à tel point qu'elle fit un jour cette réflexion étonnante : « On ne fera jamais assez de beaux portraits de notre sainte Petite Thérèse : mais couchée, dans le cloître, près de l'infirmerie, un mois avant sa mort, elle est là trop humiliée. Je n'aime pas que les gens du monde la voient ainsi : elle est si grande et si glorieuse à présent. »

Deux ans avant sa mort, le 7 décembre 1933, Sœur Marie-Élisabeth avec ses compagnes d'alors, eut la joie de revêtir l'habit du Carmel selon les nouveaux Statuts des Sœurs Tourières, et le lendemain elle renouvelait ses vœux. Son pèlerinage devait s'achever le 13 février 1935 après une courte maladie. En ces derniers jours, pour sa consolation et celle de son entourage, Dieu établit la chère Sœur dans la paix : regar­dant souvent l'image de Sainte Thérèse placée en face de son lit, elle souriait et murmurait : « Oh! que je voudrais bien avoir son parfait abandon. » Et baisant son crucifix, elle répétait : « Mon Dieu je vous aime. » Elle rendit très doucement le dernier soupir, le visage déjà dé­gagé de toute tristesse : elle avait reçu la grâce de mourir en toute confiance, dans le sillage de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Marie de la Rédemtion, ocd


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