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Lettre du P. Norbert - 30 janvier 1898

 

Lettre du P. Norbert Paysant, prémontré de l'Abbaye de Mondaye

Le P. Norbert a publié lui-même quelques petits recueils de poésie, qui ont été communiqués à Lisieux.

C'est sans doute à ce titre que le P. Godefroid Madelaine lui fait relire les poésies de Thérèse.


À la Révérende Mère Marie de Gonzague, Prieure du Carmel de Lisieux

J. M. J.  Mondaye, 30 Janvier 1898
Bien Vénérée Mère,
La porte de ma cellule s'est ouverte avec empressement à votre bonne lettre et plus empressés encore ont été mes yeux à la lire et relire.  Notre R. P. Prieur est absent depuis jeudi matin jusqu'à mercredi soir. Je ne puis donc que vous communiquer mes impressions personnelles.
En lisant les poésies de votre petit Ange envolé, ma première pensée fut qu'il fallait bien se garder de vouloir les retoucher, malgré les fautes de prosodie qui s'y trouvent, dans 1a crainte d'en enlever le charme, la simplicité, la fraîcheur; et j'en fis la réflexion à notre P. Prieur, tout en lui disant qu'il faut les livrer à l'impression comme la prose. Pour le tout, je regretterais infiniment que ces pages, entre la terre et le ciel, ne soient pas lancées dans le monde. La masse ne les appréciera pas, mais les âmes d'élite en feront leurs délices, et même les âmes vulgaires (pardon de 1'expression); ces envolées célestes donneront à penser.
Ma première pensée de ne pas retoucher les poésies a été modifiée par les trois petits poèmes que vous me mettez sous les yeux : il me semble que les vers n'ont rien perdu de leur simplicité charmante, tandis qu'ils ont gagné en régularité. Je n'ai remarqué qu'une seule faute: elle est dans ce vers du poème «Pourquoi je t'aime, ô Marie. »
[PN-54].
         Je t'aime, ô Notre-Da / me te disant la servante
Il doit y avoir césure ou coupure entre les six premiers pieds du vers et les six autres. Il faudrait que le mot Dame fut suivi d'un mot commençant par une voyelle, alors l'e muet du mot Dame s'éliderait et le premier hémistiche n'aurait plus que les six pieds réglementaires. Voici le vers que je proposerais :
        Je t'aime, te disant la petite servante.
Bien bonne Mère, ne privez pas Mère Agnès (que je crois être une soeur de Thérèse) de la douceur de mettre une dernière main à l'oeuvre de sa sœur: ce qu'elle a fait est bien, et il n'y a qu'une main féminine et carmélitaine pour toucher à des travaux si délicats.
Agréez, Vénérée Mère, tous mes sentiments,
F. N.
Je garde les poésies pour les montrer au P. Prieur Godefroy-Madelaine.

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