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LT 182 - A soeur Geneviève.

J.M.J.T.
23 Février 1896
Jésus

 
                Ma petite soeur chérie, vous m'avez demandé de vous dire comment les choses se passeront au Ciel le jour de vos noces, je vais essayer de le faire mais je sens d'avance que je ne vais pas même esquisser des fêtes qui ne se peuvent décrire, puisque : L'oeil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu et son coeur ne saurait pressentir ce que Dieu réserve à ceux qu'il Aime !...
                Le 24 Février à minuit, St Pierre ouvrira les portes du Ciel ; aussitôt, les anges et les Saints sortiront avec une allégresse sans pareille afin de former la cour du Roi et de la Fiancée.
                La Vierge Marie précédant immédiatement l'Adorable Trinité, s'avancera portant la parure royale de l'Epouse, sa fille chérie. Avec une délicatesse toute maternelle, avant de descendre sur terre, elle ouvrir l'abîme du purgatoire. Aussitôt des multitudes innombrables d'âmes s'élanceront vers leur libératrice voulant la remercier et apprendre d'elle le sujet de leur délivrance inespérée. La douce Reine leur répondra : «C'est aujourd'hui les noces de mon Fils. Là-bas sur la terre d'exil, Il s'est choisi de toute éternité une âme, qui Le charme et Le ravit entre des millions d'autres qu'Il a cependant créées à son image. Cette âme privilégiée m'a fait cette prière: « Le jour de mes noces, je voudrais que toute souffrance soit bannie dans le royaume de mon Epoux. » Répondant à son appel je viens vous délivrer... Prenez place dans notre cortège, chantez avec les Bienheureux, les grâces de Jésus et de Céline. »
                Alors le Ciel tout entier descendra sur la terre, il trouvera l'heureuse Fiancée, prosternée devant le tabernacle, celle-ci se relevant à l'approche du Cortège saluera gracieusement les phalanges angéliques et la multitude des Saints, puis s'approchant de Marie elle lui présentera son front afin que son baiser maternel la prépare à recevoir bientôt le signe et le baiser de l'Epoux... Jésus prendra la main de sa chère Céline et la conduira dans la pauvre petite cellule du dortoir St Elie afin qu'elle se repose pendant quelques heures. Toute la cour Céleste viendra se ranger dans cette étroite enceinte, les anges voudront déjà commencer leurs concerts, mais Jésus leur dira tout bas : «Ne réveillez pas ma Bien-Aimée, laissez-moi seul avec elle, car je ne saurais m'en séparer un seul instant.»
                La douce Reine du Ciel comprendra le désir de son Divin Fils, elle fera sortir le lumineux cortège et le conduira vers la salle des Noces.
                Aussitôt commençant les préparatifs de la fête des myriades d'anges tresseront des couronnes comme il ne s'en trouve pas sur la terre, les chérubins prépareront des blasons plus brillants que les diamants et leurs pinceaux délicats traceront en traits ineffaçables les armoiries de Jésus et de Céline. Ils en mettront partout, sur les murs, aux arceaux des cloîtres, au réfectoire, au choeur, etc., les peintres seront en si grand nombre que beaucoup de chefs -d'oeuvres ne pourront être placés, alors l'innocente troupe des petits enfants viendra s'offrir pour les tenir toute la journée devant l'Epoux et l'Epouse. En souriant, les Anges refuseront de donner leurs blasons, ils en auront besoin pour décorer tous les saints et pour se décorer eux-mêmes, afin de montrer qu'ils sont les humbles serviteurs de Jésus et de Céline. Pour consoler les petits enfants, ils donneront à chacun d'eux un charmant petit blason afin qu'ils soient aussi de la fête, puis les envoyant effeuiller des roses et des lys, ils continueront leurs splendides préparatifs...
                Les Pontifes et les Docteurs auront une grande mission à remplir. A leur demande l'Agneau ouvrira Le Livre de Vie. Ils puiseront dans ce livre de précieux documents sur la Vie de Céline et, pour faire honneur à son Epoux, ils écriront toutes les grâces de choix, tous les sacrifices cachés qu'ils trouveront tracés en lettres d'or par la main des anges. Un grand nombre d'étendards étant ainsi composés par les Docteurs, ils se réserveront la gloire de les porter eux-mêmes devant le cortège royal...
                Les Apôtres rassembleront toutes les âmes que Céline avait déjà enfantées pour la vie éternelle, ils rassembleront même tous les enfants spirituels qu'elle doit enfanter dans l'avenir à son Divin Epoux.
                Les Saints Martyrs se garderont bien de rester oisifs ; des palmes sans pareilles et des flèches enflammées seront disposées avec une touchante délicatesse sur tout le parcours du défilé royal. Ils voudront par là rendre hommage au martyre d'amour qui doit en peu de temps consumer la vie de l'heureuse Epouse...
                Il me faudrait trop de temps pour décrire les occupations multipliées des Saints Confesseurs, Ermites, etc., et de toutes les Saintes femmes, qu'il me suffise de dire que chacun d'eux déploiera tout son génie, toute sa délicatesse pour fêter dignement un aussi beau jour... Je ne puis cependant laisser dans l'oubli le cantique des vierges, les palmes et les Lys qu'elles présenteront avec une joie inexprimable à Céline leur soeur chérie. Je vois déjà Cécile, Geneviève, Agnès avec leur compagne Jeanne la bergère, revêtue de son costume guerrier. Je vois Céline, la patronne de notre Fiancée, lui offrant un bouquet de fleurs qui portent son nom...
                Je vois surtout l'ordre tout entier du Carmel brillant d'une gloire nouvelle : à sa tête paraîtront Ste Thérèse, St Jean de la Croix et Mère Geneviève. C'est véritablement leur fête que ces noces splendides, puisque Céline est leur fille bien-aimée..
                Et le gracieux peuple des petits Innocents sera-t-il étranger à la gloire d'un si beau jour ?... Non, je les vois se jouant de leurs couronnes qu'ils n'ont pas gagnées, ils s'apprêtent à la placer sur la tête de celle qui veut leur ressembler et ne pas gagner de couronne. Ils sont fiers comme des rois et secouent avec grâce leurs têtes blondes, car ils triomphent de voir leur grande soeur les prendre pour modèles... Tout à coup une Mère d'une beauté inexprimable vient au milieu d'eux, elle s'arrête et prenant par la main quatre des charmants chérubins, elle les pare de vêtements plus blancs que les lys et de diamants qui scintillent comme la rosée au soleil... Un vénérable Vieillard aux cheveux argentés est là aussi, qui les comble de caresses, tous les autres enfants à cette vue s'étonnent d'une pareille préférence, l'un d'eux s'approche timidement de la petite Thérèse et lui demande pourquoi cette belle Dame les habille avec une si grande richesse. ‑ «C'est, répond la petite Thérèse de sa voix argentine, que nous sommes les soeurs et les frères de l'heureuse fiancée du Roi Jésus. Hélène et moi allons être demoiselles d'honneur avec les deux petits Joseph qui nous tiendront par la main. Papa et Maman, que vous voyez auprès de nous, vont nous conduire avec nos petites soeurs qui sont encore exilées sur la terre, toute la famille étant réunie nous allons jouir d'un bonheur sans égal. » Dans l'excès de sa joie la petite Thérèse se mettra à frapper dans ses mignonnes petites mains plus blanches que l'aile des cygnes, puis elle s'écriera en sautant au cou de son Papa et de sa Maman : «Oh! que c'est beau! que c'est beau! les noces de notre soeur chéris... Déjà trois fois nous sommes venues ici à des fêtes semblables pour Marie, Pauline et Thérèse (la petite voleuse qui m'a ravi mon nom) mais jamais je n'ai vu de si grands apprêts, on voit bien que Céline est la dernière !... »
                La petite Hélène et les petits Joseph feront aussi des réflexions charmantes sur leur bonheur d'appartenir à la famille de la Reine d'une aussi belle fête. Alors quelques petits enfants qui les auront écoutés, la tête gravement appuyée sur leur petite main, se lèveront gentiment et déclareront qu'eux aussi sont les frères de Céline. Pour le prouver ils expliqueront comment et de quel côté leur vient cette illustre parenté. On n'entendra que des cris de joie et la Ste Vierge sera obligée de venir rétablir le calme parmi la troupe enfantine. Tous les Saints accourront aussi. Apprenant la cause de cette allégresse extraordinaire, ils trouveront l'idée si charmante que chacun d'eux s'empressera de dresser une généalogie qui démontrera qu'il est le proche parent de Céline. Ainsi tous les Pontifes, les glorieux Martyrs, les guerriers (à leur tête St Sébastien), en un mot toute la noblesse du Ciel se fera gloire de donner le nom ce soeur à l'Epouse de Jésus et la Noce ne sera composée que d'une grande et même famille.
                Mais revenons au beau Vieillard, à la belle Dame, aux quatre chérubins. Leur toilette terminée, ils pénétreront dans le chapitre, les anges s'inclineront en les voyant passer et leur désigneront les trônes magnifiques préparés pour eux, de chaque côté de l'humble chaise destinée à la chère petite Mère. C'est entre ses mains que, dans quelques heures, se formeront les liens indissolubles qui doivent unir Jésus et Céline, aussi cette Mère, petite aux yeux des créatures et grande aux yeux de Celui dont elle tient la place, recevra-t-elle les plus abondantes bénédictions de ses parents chéris, afin de les répandre sur la tête de sa soeur et de son enfant bien-aimée...
                Chaque Saint, chaque ange, viendra féliciter le Vénérable Patriarche et son heureuse Epouse, ils rayonneront d'une gloire toute nouvelle, et leur chers petits enfants s'écrieront dans leur admiration : «O Papa! ô Maman! que vous êtes beaux! quel malheur que Céline ne vous voie pas!... pour aujourd'hui seulement montrez-lui votre gloire.»
                «Laissez-moi faire, mes enfants, répondra Papa, vous ne savez pas que si je me cache aujourd'hui, c'est que je sais combien ma courageuse retirera de prix de rester sans consolation dans l'exil. Autrefois j'ai beaucoup souffert, alors Céline était mon seul appui, maintenant je veux être le sien, mais ne croyez pas que je veuille lui enlever le mérite de la souffrance, oh ! non, j'en connais trop le prix... Le Bon Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Il est déjà ma grande récompense et sera bientôt celle de ma fidèle Céline. » ‑ «C'est bien vrai, dira à son tour maman, il vaut mieux ne pas nous montrer à elle, sur la terre étrangère, puisque Céline n'y est exilée qu'un instant, pour combattre et mourir. Le jour viendra bientôt où Jésus sera vraiment le Maître et ma petite fille la  Maîtresse, elle me le disait lorsqu'elle était toute petite et je vois bien qu'elle avait raison ! » Cet entretien familier sera interrompu par les anges qui viendront annoncer en grande pompe que la fiancée est prête à se rendre à la Messe de Mariage, alors le cortège se rangera dans un ordre parfait et précédera Jésus et Céline entourée de sa famille du Ciel et de celle de la terre. Je ne puis décrire les transports 'amour de Jésus pour Céline, la radieuse beauté de celle-ci (car elle sera revêtue de la parure que Marie elle-même avait apportée). Je ne sais si les habitants du Ciel auront jamais vu une aussi belle fête, mais je ne crois pas, pour moi je le dis à ma petite soeur chérie, je n'en aurai jamais vue d'aussi douce pour mon coeur !...
                Je ne parlerai pas du moment même de l'union, parce que les paroles ne peuvent exprimer ce mystère incompréhensible qui ne doit nous être révélé qu'au Ciel.. Je sais seulement qu'à ce moment la Trinité descendra dans l'âme de ma Céline chérie, et la possèdera tout entière, lui donnant une splendeur et une innocence supérieure à celle du Baptême... Je sais que la Sainte Vierge deviendra la Maman de son privilégiée d'une manière plus intime, plus maternelle encore que par le passé..
                Je sais que la pauvre petite Thérèse sent déjà dans son coeur une joie si grande à la pensée du beau jour qui va bientôt commencer qu'elle se demande ce qu'elle sentira lorsqu'il sera véritablement arrivé !...
                Petite Soeur chérie, mon âme a bien mal traduit ses sentiments... je pensais tant de choses sur les fêtes du Ciel qu'il ne m'a été possible que d'ébaucher le sujet...
                Je n'ai pas de cadeau de noces à donner à ma Céline, mais demain je prendrai dans mes bras les charmants chérubins dont je lui ai parlé et c'est eux-mêmes que je lui offrirai ; puisque nous voulons rester enfants il faut nous unir à eux, aussi je serai la demoiselle d'honneur de demoiselle ayant un beau bouquet de lys. Tout est à nous, tout est pour nous, car en Jésus nous avons tout !...
 
La petite soeur de Céline
Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face
  
                J'ai oublié de dire qu'au réveil Céline trouvera près d'elle Jésus, Marie, le bon St Joseph qu'elle aime tant, avec Papa, Maman, et les petits anges, ce seront eux qui feront sa toilette. J'ai encore oublié de dire la joie de Jésus en entendant Céline prononcer pour la première fois les paroles du St Office qui seront alors son office, à elle, l'épouse de son coeur chargée de le charmer au milieu des camps !...