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LT 26 - A Marie Guérin -18 Août 1887


 Aux Buissonnets. 18 août 87

            Chère petite Marie,

 

            Mon oncle vient de me dire que tu es malade, petite vilaine, dès que tu pourrais avoir un peu de plaisir, tout de suite tu te dépêches bien fort d'être malade. Tu es bien heureuse que je sois loin de toi, sans cela bien certainement tu aurais eu affaire à moi...

            Et ma bonne Tante, comment va-t-elle ? Toujours mieux j'espère. Hélas, comme les choses arrivent tout autrement qu'on ne se le figure, je te voyais de loin, courir gaiement dans le parc regarder les poissons, te donner beaucoup de plaisir avec Jeanne, enfin je te voyais mener une vie de châtelaine ; mais au lieu d'une vie de châtelaine, c'est une vie de malade que tu mènes là-bas, oh ! ma pauvre chérie, je te plains de tout mon coeur, mais il ne faut pas te décourager, car tu as encore le temps de te promener et d'avoir du plaisir ; tu n'as qu'à bien vite quitter ta chambre, qui, quoi que belle et dorée, n'est + pour le petit oiseau qui voudrait sautiller au beau Soleil qu'il aperçoit à travers les croisées + qu'une belle Cage.

            (Je m'aperçois que je viens de mettre la charrue devant les boeufs, je te prie de comprendre les petites croix que j'ai mises à la phrase précédente).

            Oui ma petite soeur CHERIE, tu as besoin du grand air du parc comme les petits oiseaux. Il faut que quand tu reviendras au milieu de nous tu sois fraîche comme une jolie rose qui vient de s'entrouvrir ; oh ! ma chérie, j'ai bien envie en parlant de roses de t'embrasser tes mignonnes joues, elles ne sont pourtant pas roses mais j'aime autant une belle rose blanche qu'une rose rouge ; tâche de faire devenir tes petites joues moins blanches et prie Jeanne de les embrasser pour moi, dis-lui que je pense aussi beaucoup à elle et je lui envoie un baiser de tout mon coeur. Ma chère Marie, j'ai laissé courir ma plume comme une petite folle et elle a écrit des choses qui ne sont guère faciles à lire ni à comprendre ; je te prie de ne t'en prendre qu'à elle pour ces vilaines choses, mais ce que je ne veux pas que tu lui attribues, c'est l'affection que te porte ta petite soeur.

            Embrasse bien fort pour moi ma chère tante que j'aime de tout mon coeur.

            Adieu, petite soeur chérie, je t'envoie un bon baiser avec la recommandation de te guérir bien vite pour avoir un peu de plaisir.

 

Ta soeur qui t'aime,

Thérèse

e.m.