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LT 31 / LT 31 A - A Marie Guérin - 10 Novembre 1887

10 novembre 1887

Venise Jeudi 10 (Soir)



 

            Ma chère petite Marie,

 

            Enfin le moment est arrivé où je puis t'écrire, nous n'irons pas nous promener ce soir, j'ai préféré venir un peu me délasser auprès de toi.

            Dis, je te prie, à ma petite Tante chérie qu'elle ne pourrait se figurer combien sa lettre m'a TOUCHEE, je voudrais lui écrire pour la remercier mais j'espère qu'elle va excuser sa petite fille et qu'elle va deviner ce que mon coeur voudrait lui dire ; d'ailleurs je n'ai que très peu de temps car Céline ne voudrait pas que je veille trop longtemps.

            Tu ne peux te faire une idée, ma petite soeur chérie, de tout ce que nous voyons, c'est vraiment merveilleux, je ne me serais jamais figuré que nous verrions de si belles choses ; il y en a tant qu'il me faut renoncer à te les raconter, je le ferai bien mieux quand je serai dans mon cher petit Lisieux que toutes les beautés de l'Italie ne sauraient me faire oublier.

            Petite soeur chérie, comment vas-tu ? comment allez-vous tous ? bien, j'espère. Tu es aussi gaie que quand nous sommes parties ?

            Oh ! Marie si tu savais comme je pense souvent à vous tous. Dans les belles églises où nous allons je ne vous oublie pas. J'ai aussi pensé à vous devant les merveilles de la nature, à côté de ces montagnes de la Suisse que nous avons traversée, on prie si bien, l'on sent que Dieu est là !

            Comme je me semblais petite devant ces montagnes gigantesques !

            Ce pays de l'Italie est très beau, nous jouissons maintenant de son beau Ciel bleu. Nous avons cette après-midi visité les monuments de Venise en gondole, c'est ravissant.

            Cela me semble très drôle d'entendre parler autour de nous la langue de l'Italie, elle est très belle, très harmonieuse. Les gens de l'hôtel m'appellent Signorella mais je ne comprends pas autre chose que ce mot qui veut dire petite demoiselle.

            Je voudrais écrire souvent mais c'est incroyable comme nos journées sont remplies, on ne peut écrire que le soir très tard. Je suis toute honteuse de ma lettre, je l'ai écrite très vite et les idées ne se suivent pas, je vois que je n'ai pas encore commencé à te dire ce que j'aurais voulu, j'ai tant de choses à te dire, tant à te demander, si je m'écoutais je continuerais bien longtemps mais Céline ne me laisserait pas achever, elle m'a même fait me dépêcher bien vite.

            Remercie mon oncle du bon petit mot qu'il nous a mis, il nous a fait à tous bien plaisir, embrasse-le bien FORT pour moi. N'oublie pas ma petite Jeanne, je pense bien souvent à elle.

            Adieu petite soeur chérie, pense quelquefois à ta petite Thérèse qui pense si souvent à Toi. (Tu sais, je n'ai pas oublié ce que tu as fait pour moi un Dimanche).

 

Ta petite Thérèse

 

            Papa va bien, il vous dit à tous bien des choses.

            P C.T. Bonjour à Maria et à Marcelline.