Imprimer

LT 35 - A Marie Guérin - 19 Novembre 1887


 Samedi 19 novembre 87

            Ma chère petite Marie

 

            C'est demain Dimanche que je parlerai au Pape ; quand tu recevras ma lettre l'audience sera passée. Je trouve que la poste n'envoie pas les lettres assez vite car lorsque tu auras ma lettre, tu ne sauras rien de ce qui se sera passé. Je ne vais pas écrire au Carmel ce soir, mais demain je dirai ce que le Pape m'aura dit.

            Oh ! ma petite soeur chérie, si tu savais comme mon coeur bat fort quand je pense à Demain.

            Si tu savais toutes les pensées que j'ai ce soir, je voudrais pouvoir te les dire, mais non, cela m'est impossible, je vois la plume de Céline qui court sur son papier, la mienne s'arrête, elle a trop à dire.

            Oh ! ma petite Marie, je ne sais ce que tu vas penser de ta pauvre Thérèse, mais ce soir elle ne peut vraiment pas te raconter son voyage, elle va laisser ce soin à Céline.

            J'espère que tu te portes bien, que tu fais toujours de la belle musique. En Italie on en entend beaucoup, tu sais que c'est le Pays des artistes, tu pourrais juger bien mieux que moi ce qui est beau car moi je ne suis pas artiste. Jeanne verrait de bien belles peintures ; tu vois, ma petite soeur, qu'il n'y a rien pour moi à Rome, tout est pour les artistes ! Si seulement je pouvais avoir un mot du Pape, je n'en demanderais pas davantage...

            C'est aujourd'hui la fête de ma chère tante, je pense beaucoup à elle, j'espère qu'elle a reçu nos lettres.

            Petite soeur chérie, embrasse bien fort pour moi tous ceux que j'aime. Je pense bien souvent à ma chère petite Jeanne. Merci de ta lettre, tu ne sais pas le plaisir qu'elle m'a fait, c'était comme un rayon de joie.

            Au revoir, ma petite soeur, prie pour moi

Ta petite Thérèse