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LT 36 - A soeur Agnès de Jésus - 20 Novembre 1887

20 novembre 1887

            Ma chère petite Pauline,

 

            Le bon Dieu me fait passer par bien des épreuves avant de me faire entrer au Carmel. Je vais te raconter comment la visite du Pape s'est passée. Oh ! Pauline, si tu avais pu lire dans mon coeur tu y aurais vu une grande confiance ; je crois que j'ai fait ce que le Bon Dieu voulait de moi, maintenant il ne me reste plus qu'à prier.

            Monseigneur n'était pas là, M. Révérony le remplaçait ; pour te faire une idée de l'audience il aurait fallu que tu sois là. Le Pape était assis sur une grande chaise très haute. M. Révérony était tout auprès de lui, il regardait les pèlerins qui passaient devant le Pape après lui avoir embrassé le pied, puis il disait un mot de quelques-uns. Tu penses comme mon coeur battait fort en voyant mon tour arriver, mais je ne voulais pas m'en retourner sans avoir parlé au Pape. J'ai dit ce que tu me disais dans ta lettre, mais pas tout car M. Révérony ne m'en a pas donné le temps, il a dit aussitôt : Très Saint Père, c'est une enfant qui veut entrer au Carmel à quinze ans, mais ses supérieurs s'en occupent en ce moment. (Le bon Pape est si vieux qu'on dirait qu'il est mort, je ne me le serais jamais figuré comme cela, il ne peut dire presque rien, c'est M. Révérony qui parle). J'aurais voulu pouvoir expliquer mon affaire mais il n'y a pas eu moyen. Le Saint-Père m'a dit simplement : Si le bon Dieu veut vous entrerez. Puis on m'a fait passer dans une autre salle. Oh ! Pauline, je ne puis te dire ce que j'ai ressenti, j'étais comme anéantie, je me sentais abandonnée, et puis je suis si loin, si loin... Je pleurerais bien en écrivant cette lettre, j'ai le coeur bien gros. Cependant le Bon Dieu ne peut pas me donner des épreuves qui sont au-dessus de mes forces. Il m'a donné le courage de supporter cette épreuve, oh ! elle est bien grande... Mais Pauline, je suis la petite Balle de l'Enfant Jésus ; s'il veut briser son jouet il est bien libre, oui je veux bien tout ce qu'il veut.

            Je n'ai pas du tout écrit ce que j'aurais voulu, je ne puis écrire ces choses, il faudrait que je parle, et puis tu ne vas pas lire ma lettre avant trois jours, oh ! Pauline, je n'ai que le bon Dieu tout seul, tout seul...

            Adieu Pauline chérie, je ne puis pas t'en dire plus long, j'ai peur que Papa ne vienne et me demande de lire ma lettre, et c'est impossible.

            Prie pour ta petite fille.

Thérésita

 

            Je voudrais bien écrire à ma Mère chérie mais je ne puis pas ce soir. Demande-lui de bien vouloir prier pour sa pauvre Thérésita.

            Embrasse bien ma chère Marie pour moi, j'ai écrit cette lettre aussi pour elle mais j'aime mieux ne parler qu'à une personne, j'espère qu'elle va comprendre sa petite Thérésita. Je n'ai pas le temps de relire ma lettre, elle est bien certainement remplie de fautes, excuse-moi.