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LT 62 - A Marie Guérin - septembre 1888

Septembre 1888

J.M.J.T.

Jésus           Carmel Jeudi.

Ma petite Soeur chérie,

 


Déjà j'avais commencé à t'écrire Mardi soir, tout à l'heure j'ai voulu reprendre ma lettre, mais les choses que je te disais ne sont pas celles que je veux te dire aujourd'hui, aussi j'ai plus tôt fait de recommencer. Merci de ta charmante lettre, si Mme de Sévigné m'avait écrit bien certainement cela ne m'aurait pas fait autant de plaisir... Si ma petite cousine pense souvent à moi, je suis aussi bien souvent en esprit auprès d'elle. Comme toi j'ai besoin d'entendre parler souvent de ma petite Marie, et surtout d'en parler moi-même, je me satisfais en m'entretenant avec le Bon Dieu de ma petite soeur chérie, je n'ai jamais peur qu'il trouve que je lui en dis trop long car je suis sûre que ma petite Marie est bien avant dans son coeur. Petit lutin chéri, que de choses à te dire mais que le temps passe vite, je le vois qui m'échappe avec une rapidité effrayante, il est tard, je t'écris à la lueur de ta chère petite lampe ; tu vois que mon écriture se ressent de mon empressement, ce qui me console d'avoir une si vilaine écriture c'est de penser qu'au Ciel on n'aura plus besoin de ce moyen pour se communiquer nos pensées, cela est vraiment heureux pour moi !... Hier j'ai reçu une visite, je te donne en cent à la deviner... Une belle dame du MONDE, son cher mari, une grande demoiselle de 16 ans, un Mr de 14 ans, y es-tu ?... C'est la marraine qui plantait des verveines... elle était accompagnée de sa nièce Th. Gilbert et de son neveu Pierre. C'est bien le monde ! si tu l'avais vue au parloir, elle chantait presque «Que mon coeur, que mon coeur a de peine» en nous voyant derrière la grille. Il est temps que mon bavardage finisse, je n'ai pourtant rien dit d'intéressant à ma chère petite cousine - mais que peut-on attendre d'une personne comme moi, qui écrit sans faire attention que son papier se remplit de banalités pendant qu'elle a tant de choses sérieuses à dire... Pardon !... Je termine, ma chère petite Marie, en te demandant un service. Tu serais bien gentille si tu pouvais en te promenant dans ton beau parc trouver quelques petites mousses sèches, des écorces d'arbre, etc. Ce serait pour faire des petits ouvrages, comme des crèches, par exemple. Si cela t'ennuie, ne m'en rapporte pas, c'est seulement si tu en trouves en te promenant. J'ai bien de la peine que ma chère Tante soit malade, je pense beaucoup à elle et prie continuellement pour sa prompte guérison, embrasse-la bien FORT pour sa petite fille, cependant pas de façon à lui faire du mal !... Embrasse aussi pour moi ma CHERE petite Jeanne et Céline et Hélène ; pour elles qui ne sont pas malades je n'en ai aucune pitié, aussi je te prie de les embrasser le plus fort que tu pourras. Je vois, ma chère petite Marie, que tous mes baisers n'en finissent pas, je ne suis pourtant pas à la fin, car je ne t'en ai pas donné à toi qui es chargée de tout distribuer, aussi je prie toutes les chères personnes à qui tu vas en donner de t'en rendre autant qu'elles pourront, je doute que ma demande soit exécutée, aussi je t'embrasse de coeur, mais bien fort, si fort que si tu avais une glande, elle serait percée comme avant le voyage à Rome.
Ta petite soeur
Thérèse de l'Enfant Jésus
p.c.ind.