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LT 71 - A Mme Guérin - 28 Décembre 1888

J.M.J.T.

Jésus         28 Décembre 88.

Ma petite Tante chérie,

 

J'ai bien du chagrin, car hier soir, ne sachant pas que mes soeurs allaient vous écrire, j'ai dormi comme une paresseuse... Ce matin je n'ai que bien peu de temps, et encore faut-il le prendre sur l'office.

Ma chère Tante, je voudrais que ce soit moi qui vous souhaite la première une bonne année pour 1889 !...

Quand je pense, ma Tante chérie, qu'il y a bientôt neuf mois que votre petite fille est au Carmel, je n'en reviens pas, il me semble que c'était hier que j'étais encore auprès de vous !... Comme le vie passe vite, déjà 16 ans que je suis sur la terre, oh ! bientôt nous serons tous réunis au Ciel. J'aime beaucoup cette parole des Psaumes : «Mille ans sont aux yeux du Seigneur comme le jour d'hier qui est déjà passé.» Quelle rapidité, oh ! je veux bien travailler pendant que le jour de la vie luit encore, car ensuite viendra la nuit où je ne pourrai rien faire. Priez pour votre petite fille, ma chère Tante, afin qu'elle n'abuse pas des grâces que le bon Dieu lui prodigue dans la fertile vallée du Carmel.

Je ne puis m'empêcher de rire, en voyant ma lettre, elle n'est pas vraiment une lettre de bonne année, mais ma chère petite Tante, je suis avec vous comme une enfant qui laisse aller son coeur sans chercher aucunement ce qu'il va dire !...

Si vous saviez, ma Tante chérie, tout ce que je demanderai, pour vous et mon cher Oncle, le jour de l'an !... Non, vous ne le savez pas, et je ne vais pas entreprendre de vous le dire, cela vous ennuierait, car ce serait trop long.

Et mes petites cousines (mes petites soeurs chéries), comme je prierai pour elles !...

Au revoir, ma chère Tante, je vous prie de dire à mon Oncle combien je l'aime, j'aurais dû lui écrire en même temps qu'à vous ma Tante chérie, mais je suis trop sotte pour parler à deux personnes ensemble... Je le prie de me pardonner, et je vous envoie à tous les deux le meilleur baiser de votre plus petit Benjamin

 

Thérèse de l'Enfant Jésus
post.carm.ind.

 

Je viens de me rappeler que je n'ai pas seulement remercié ma chère Tante de la couronne qu'elle veut bien me donner pour ma prise d'habit, oh ! si elle savait combien je suis reconnaissante et aussi combien ce souvenir sera cher au coeur de sa petite fille !...