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Témoignage de Mère Marie de Gonzague

 

Marie de Gonzague est décédée avant l’ouverture du Procès. Nous avons quelques autres ressources pour trouver ce qu’elle pensait de Thérèse. 

Marie de Gonzague n’y va pas par quatre chemins lorsqu’elle décrit celle qu’elle a choisi pour le jeune P. Roulland, qui demande le secours des prières d’une moniale de Lisieux : « C'est la meilleure entre les bonnes ! » lui confie-t-elle. Cette remarque campe bien Thérèse à 23 ans, après de longues années où Marie de Gonzague a eu l'occasion d'oberver Thérèse de près.

Tout est parfait

Dès l’entrée de Thérèse, elle a pris en main la réalisation de son idéal. « Jamais je n'aurais pu croire à un jugement aussi avancé en 15 années d'âge !... pas un mot à lui dire, tout est parfait. » écrit Marie de Gonzague à Mme Guérin le 17 mai 1888, peu après l'entrée de Thérèse.  Selon les techniques de formation du temps, la prieure se montre sévère à dessein avec la jeune novice, tout comme Thérèse elle-même le fera dans quelques années avec ses novices, qui sauront s’en plaindre! Loin de se sentir persécutée, la jeune Thérèse aura plutôt à surmonter un attachement excessif à Marie de Gonzague. Elle trouve « une foule de permissions à demander » pour justifier des visites au bureau de celle-ci, uniquement pour « trouver quelques gouttes de joie », « contenter sa nature » (Ms C, 22 r°). Elle doit se cramponner à la rampe de l'escalier pour se refuser ces « consolations du cœur ».

Dans les billets que Marie de Gonzague adresse à Thérèse, le ton est des plus affectueux mais les conseils maintiennent avec virilité l'aspirante à la sainteté sur des chemins de foi. « Je ne veux pas que l'enfant de ma tendresse se laisse aller à une si grande tristesse. Je ne sais rien pour la prise d'habit... Avant de se faire de la peine, il faut attendre » (déc. 1888).
« Que mon benjamin, mon petit grain de sable dise tout à sa mère, elle le comprend... Quelle joie, une humiliation ! Cela vaut tous les trésors du Panama ! Redisons quand il nous arrive de faire une bévue : heureuse faute qui me mérite cette humiliation ! Quant à nos misères, nous n'avons qu'une chose à faire, en former un petit paquet et le déposer dans le Cœur de Jésus pour qu'il les change en autant de mérites pour la Patrie » (10 déc. 1888).  « Une toute petite humiliation bien reçue, acceptée avec joie, vaut plus au Cœur de Jésus que toutes les plus grandes croix du monde, s'il se niche dans leur acceptation un peu de recherche de soi-même, un petit grain de vanité, un tantinet d'amour-propre, un iota de quelque chose indigne du Cœur de Jésus !... » (13 déc. 1888).
Et quand Thérèse se lamente de voir sa vêture ajournée de 24 heures, Marie de Gonzague la raisonne: ce qui importe, ce n'est pas de prendre l'habit à telle ou telle date, mais d'écouter Jésus demander « à son âme, unie à son amour : as-tu compris mon cœur qui t'a choisie pour ne plus faire qu'un avec moi ?... » (7 janvier 1889). Seul importe le Don de Dieu !

Une grande sainte

Quelques mois plus tard, c'est un appel et une prophétie que Mère Marie de Gonzague lui dédie : « Je ne vais pas vous faire rire mais il faut la vérité en toutes choses ! Jésus a taillée ma violette pour souffrir et je ne veux pas être prophète aujourd'hui, mais je puis cependant dire à ma petite fille, c'est la souffrance, plus encore le sacrifice qui vous fera une grande sainte.» (oct.-nov. 1889). Une grande sainte : le mot est lâché, et reviendra sous la plume de la bonne Mère au dos d'une image, une nuit de Noël : « Restons enfant près de notre Époux chéri et à son berceau nous apprendrons la simplicité et l'humilité qui feront de ma bien-aimée fille une grande et sainte Thérèse de Jésus ».

Au verso d'une image rédigée pour la profession de Thérèse, la vieille prieure s'adresse à son "enfant privilégiée" avec grande humilité : "Priez pour l'indigne Mère qui a reçu du Ciel l'honneur de vous offrir sur l'autel." (8 septembre 1890

Au lendemain de la profession de Thérèse (8 sept.1890), elle écrit au Carmel de Tours: «Cette Ange d'enfant a 17 ans et demi et la raison de 30 ans, la perfection religieuse d'une vieille novice consommée, et la possession d'elle-même, c'est une parfaite religieuse. »  

O chère bien-aimée

Cette opinion extrêmement favorable de Mère Marie de Gonzague sur Thérèse se maintiendra après sa mort. Ainsi, dans le livre des professions, où la prieure écrit suivant la tradition quelques lignes au bas de la page de profession de la défunte, c'est la page entière que Marie de Gonzague recouvre ! Elle le fait sans doute en deux fois. La première fois, on trouve ces lignes émouvantes en bas à droite de la page:

"Cet ange de la terre a eu le bonheur de s’envoler vers son Bien-Aimé dans un acte d’amour. O chère bien-aimée, veillez sur votre carmel."

Et dans la marge de gauche, tout au long de la page, ce texte plus tardif qui suggère au moins la seconde édition de Histoire d'une âme:

"Cette sœur plus du ciel que de la terre a été cueillie par le Divin Jardinier à l’âge de 24 ans 9 mois le 30 sept. 1897. Les années passées au milieu [de] nous laissent nos âmes embaumées des plus belles vertus dont la vie d’une carmélite peut être remplie ! Modèle accompli d’humilité, d’obéissance, de charité, de prudence, de détachement et de régularité, elle remplit la difficile obédience de maîtresse des novices avec une sagacité et perfection qui n’avait d’égal que son amour pour Dieu. Nous renvoyons au cher manuscrit qui édifie le monde entier en nous laissant à toutes les plus parfaits exemples."  

 

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