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De Mère Marie de Gonzague au P. Roulland. 11 novembre 1897.

 

De Mère Marie de Gonzague au P. Roulland. 11 novembre 1897.  

 

11 Novembre 1897

 

       Mon Cher Père et Enfant,

       Depuis six semaines je veux vous écrire et notre plume tombe! Je ne puis vous dire l'effet que votre chère lettre à notre ange envolé (du 13 septembre 1897) a produit sur mon âme ! Ce cher trésor nous a quittées le 30 Septembre dans un élan d'amour, après trois mois de grandes souffrances et plusieurs jours d'une douloureuse agonie... C'est du haut du Ciel qu'elle vous suit et vous obtient bien des grâces. Elle ne vous quittait pas sur la terre, ses sacrifices, ses œuvres, ses souffrances... elle oubliait tout pour les âmes que vous évangélisez, comme maintenant elle intercède pour elles et pour son frère. Il semble par vos lignes que vous avez un peu l'intuition de son départ pour la Patrie; la fin de vos pages : [lv°] au revoir, au Ciel, m'en dit si long! n'irez-vous pas bientôt la retrouver, cher enfant? Le climat semble vous avoir fatigué et il me semble lire entre les lignes : « je vais bien, et pourtant je ne puis résister à une grande fatigue... Monseigneur va me rappeler près de lui ». (le P. Roulland sera nommé en 1898 professeur au séminaire de Cha-pin-pa, et rappelé en France en 1909 comme directeur au séminaire de la rue du Bac. Nominations qu'il redoutait en 1896).... Comme je vois déjà avec bonheur que vous avez déjà une belle couronne d'âmes qui verront Dieu et jouiront du bonheur éternel! Que votre mission est belle, cher et pieux enfant! mon ange au Ciel se réjouit fort de votre travail. Priez un peu pour nous, le vide que son absence nous fait est immense, vous savez les espérances que nous fondions sur cette âme... le Ciel nous l'a jalousée et la terre n'était pas digne de la posséder plus longtemps; son désir du Ciel a été exaucé... Trois mois sans se lever! la chère victime était devenue un squelette (Cf. CJ 20.9.2.), surtout depuis le mois de Juin où les crachements de sang furent abondants. Son sourire conservé jusqu'au dernier moment était ravissant, jamais une plainte, et me disant le dernier jour : [2r°] « Ma Mère, la coupe est pleine ah! je n'en peux plus!... » - Mais si Jésus veut qu'elle déborde? - « Je le veux aussi... Je le veux aussi », me répondit-elle... et elle a souffert un vrai martyre avec le bonheur sur les traits; notre pieux et dévoué docteur n'en revenait pas.

     Enfin, cher fils, elle vous attend, mais elle va vous obtenir des grâces de force pour gagner le port et avoir une bonne moisson à présenter au Sauveur. Sa vie n'était qu'amour et sacrifice, vous le verrez dans un recueil que nous allons faire de plusieurs pages qu'elle nous a laissées, écrites par obéissance, pour nous seules, mais si Monseigneur le permet, nous en ferons une petite biographie à la place d'une circulaire ordinaire (usage de l'ordre) en retranchant, bien entendu, certains détails intimes pour sa vieille mère.

           Que Jésus, mon cher fils, conduise vos pas et vos œuvres et que son amour vous embrase de plus en plus, mais vive avec vous.

Union de notre Séraphin, qui est à vous plus encore au Ciel que sur la terre.
Votre vieille mère Marie de Gonzague

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