Imprimer

Sr Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse - 25 Février 1906

De Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse  25 Février 1906

J.M.J.T.

Jésus ! Lundi 25 février 1906

Ma petite sœur chérie,

Je viens te faire mes adieux avant le Carême. Mes adieux ! Oh ! non, car nous ne nous quittons jamais, nous sommes toujours ensemble, ne faisant qu'un coeur et qu'une âme dans le coeur de Jésus.

Je ne sais si notre Mère va pouvoir t'écrire car elle est en ce moment plus surchargée que jamais. Le Père Prévost a demandé deux vies de Thérèse une pour le Souverain pontife et l'autre pour le Secrétaire de sa sainteté le Cardinal Merry-del -Val. Ces volumes sont reliés l'un en cuir blanc avec des gardes de soie blanche et un bel écrin doublé de satin blanc pour le Pape, et l'autre rouge pour le Cardinal. Mais à ces livres il faut une dédicace et c'est notre chère petite Mère qui peint sur une feuille de parchemin cette merveille de miniature car c'en est une véritable. Quel malheur que nous ne puissions te montrer cela !

Je veux te dire aussi ma petite sœur chérie, que notre Thérèse est en train de se faire bien des amis au Portugal. Un Père Jésuite, le révérend Père de Santana, un savant vient de traduire sa vie, il a de tous les évêques du Portugal des approbations magnifiques et chaque évêque donne des indulgences chaque jour pour la lecture de sa vie. Ce saint religieux écrit à notre Mère qu'on n'a pas encore publiée une vie de saint dans ces conditions. Aimant beaucoup Thérèse qui lui a obtenu de très grandes grâces il a reporté son affection sur ses petites sœurs et nous a écrit des lettres vraiment bien belles. Dans l'une de ces lettres il nous dit : quand vous écrirez à "Léonie" dites-lui qu'elle a au Portugal un petit frère qui l'aime bien et qui prie pour elle, elle le connaîtra au Ciel. Il nous a demandé aussi ton nom de religion et dans quel couvent de la Visitation tu étais religieuse.

Je le recommande donc à tes prières ma chère petite sœur ainsi que le bon Père Boyer missionnaire en Afrique et le P. Cardon missionnaire en Chine qui nous parlent de toi aussi.

Nous venons de voir Francis qui nous a raconté une aventure qui lui est arrivée ces jours-ci, vendredi je crois. Il sortait d'une conférence organisée par lui et ses amis. Il avait maintenu l'ordre avec beaucoup de peine car une bande de gamins de 18 à 20 ans voulaient faire du bruit pour empêcher qu'on entende l'orateur. Il nous a raconté qu'il s'était assis devant eux comme un maître d'école, tournant le dos à l'orateur, et qu'ainsi il les fascinait du regard, leur mettant la main sur la bouche quand ils voulaient crier et faire du tapage. Tu vois qu'il n'a pas peur ! Oui, mais à la sortie de la salle, tous ces vauriens veulent se venger et forment une haie pour l'empêcher de passer en criant à bas la Néele à bas la calotte. Il marche crânement vers eux et les force à lui faire un passage. Voyant cela les uns et les autres du beau parti entourent notre bon Francis et lui font escorte jusque dans la rue Condorcet en criant : Vive Mr La Néele, Vive la liberté, Vive la calotte. Il était donc précédé de défenseurs et suivi aussi de tous ces sectaires, mais d'un peu loin ... ils n'osaient trop approcher, craignant d'être escoffiés, car un agent de police que Francis soigne pour rien avait tout intérêt à le défendre. Il nous a dit que s'il avait voulu il aurait parcouru ainsi toute la ville et qu'ils voulaient le reconduire jusqu'à la rue Banaston, mais il a eu peur d'effrayer Jeanne, en le voyant escorté ainsi, il est certain qu'elle serait morte de peur. Alors dans la rue Condorcet il est entré chez un ami et toute la bande s'est dispersée.

Maintenant ma petite sœur chérie, je vais te dire au revoir car on m'attend à la cuisine où l'on fait des crêpes en l'honneur du lundi gras. A bientôt, le Carême va passer vite et le beau jour de Pâques nous réunira de nouveau. En attendant ma petite sœur chérie, je ne te quitte pas car je te porte toujours dans mon coeur.

Ta vieille sœur de 46 ans ! Marie du S.Cœur

r.c.ind.

Et Monseigneur ! Quelle nouvelle ! Il nous a promis de venir le mois prochain donner le voile noir à Sr Isabelle du S.Cœur.

PS de Mère Agnès

Ma petite sœur chérie, je te souhaite un bon Carême, je t'embrasse et je t'aime, mais n'ai pas un instant pour écrire en ce moment. Prie pour moi, ma sœur chérie, car je perds beaucoup en perdant Monseigneur. Il est vrai qu'il ne m'est pas indispensable comme du temps de Mère M. de Gonzague, mais c'est égal, cela me fait bien de la peine de le voir partir. Ma petite sœur quand serons-nous là-haut près de Jésus ?... Bientôt ! alors supportons avec courage tout ce qui nous vient d'épreuves en cette courte vie...

Ta petite Mère.