Imprimer

Sr Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse - 16 avril 1906

De Sœur Marie du Sacré-Cœur à Sr Françoise-Thérèse 16 avril 1906

J.M.J.T.

Jésus !

Lundi de Pâques [16 avril 1906]

Ma petite sœur chérie,

Quand tu sauras que c'est moi qui suis cause du retard de nos lettres m'en voudras-tu ? Non, n'est-ce pas car tu sais combien je t'aime. Nous n'avons pu écrire hier et je croyais qu'aujour­d'hui notre Mère n'écrirait que ce soir, si bien que j'ai attendu moi-même et que je suis arrivée la dernière. A 5 h. quand on m'a demandé ma lettre elle n'était pas faite et notre chère petite Mère n'était pas contente de voir que tu allais attendre un jour encore. Assez d'excuses maintenant chantons alléluia ! autant qu'il est possible de le chanter sur la terre. Quand verrons-nous la belle fête de Pâques au Ciel, quand verrons-nous de nos yeux notre Sauveur ressuscité. Je te dis cela, mais le croirais-tu, ma chérie, je pensais hier avec grande consolation que nous n'avions rien à envier à Ste Madeleine qui s'était jetée à ses pieds, aux apôtres qui l'avaient vu leur apparaître avec tant d'amour car enfin notre Jésus, nous l'avons au Tabernacle et tous les jours Il descend dans notre coeur. Que voulons-nous de plus ? La joie de la vision. Mais elle viendra ! en attendant nous possédons réellement notre Dieu tout autant que les bienheureux du ciel. Nous souffrons, c'est vrai, mais par là même nous lui rendons amour pour amour.

Maintenant ma petite sœur chérie je vais te raconter pour ta fête de Pâques un sourire de notre Thérèse, c'est une histoire vraie qui nous a été rapportée par mon oncle et qui nous prouve une fois de plus que notre Thérèse passe son ciel à faire du bien sur la terre.

Une pauvre femme (je ne me rappelle plus son nom) qui a été guérie à Lourdes de la tuberculose et qui a été soignée avec un dévouement héroïque par cette pauvre Madame Lahaye était au cimetière à prier sur sa tombe lorsqu'elle voit passer devant elle une mendiante mais une mendiante si malheureuse si en haillons, à l'air si triste, si désespéré qu'elle la suivit instinctivement du regard, se demandant ce qui l'amenait au cimetière. Bientôt elle la vit s'agenouiller auprès d'une tombe toute proche de celle où elle se trouvait car le cimetière du Carmel est paraît-il dans la même allée, alors elle ne fit plus attention à cette pauvre femme qu'elle ne connaissait pas et continua sa prière.

Au bout de quelques minutes regardant indifféremment de ce côté qu'elle n'est pas stupéfaction en voyant la même mendiante non plus à genoux mais assise devant la grille de notre cimetière avec un visage transfiguré. Ses traits où le désespoir était empreint resplendissaient d'une joie sereine. Croyant rêver, et se demandant vraiment si c'était la même personne qu'elle avait vue il y avait quelques instants, elle s'avance vers elle : - Ma pauvre Dame vous paraissiez bien souffrir tout à l'heure, sans doute vous êtes accablée par la douleur ?... Oh! oui, reprit la mendiante avec un sourire de résignation, mais voyez-vous, quand je n'en peux plus de la vie je viens là prier la petite sainte et toujours je m'en retourne consolée".

C'est Mme Hébert (je me rappelle maintenant son nom) qui a raconté cela à Francis lui demandant ce que c'était que cette petite sainte qu’elle ne connaissait pas. Tu penses si Francis a su la renseigner.

Je te quitte petite sœur chérie te laissant méditer sur notre ange du Ciel qui soulage avec tant d'amour les malheureux d'ici-bas. Demandons-lui de nous communiquer quelque chose de sa tendre charité afin que nous aussi nous volions au secours des malheureux c'est-à-dire des pauvres pécheurs et que nous leur ouvrions par nos sacrifices l'entrée de ce beau Ciel où nous verrons nous aussi leurs visages resplendissants... et ce sera notre ouvrage, nous aurons coopéré à l'œuvre de la rédemption, nous aurons aidé notre Jésus, notre époux.

Ta petite sœur qui t'aime tant

Sr Marie du S.C.

r.c.ind.

L’ornement est fini et de toute beauté c'est une merveille. Le Sacré Coeur viendra bientôt mais il faut qu'elle se remette au pair de son ouvrage arriéré.