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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 6 Novembre 1917

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse    

                                                                                               6 Novembre 1917

Ma petite sœur chérie,

Sèche tes larmes ! Nous avons bien reçu ta lettre mais figure-toi que moi seule ne l'avais pas lue Sr. Geneviève pensant que je l'avais eue avant, elle l'avait gardée et ce sont tes lamentations qui lui ont fait dénicher cette fameuse lettre pour me la donner. Moi-même je me disais : Comment se fait-il que notre Visitandine ne nous écrive pas avant sa retraite. Enfin je n'ai pas malheureusement fait cette réflexion à notre Mère et à Sr. Geneviève et voilà pourquoi je n'ai rien su. Il faut maintenant que tu continues à nous envoyer directement, tu vois bien que c'est le diable qui te joue des tours.

Je ne saurais vraiment quoi te dire de la retraite du P. Pichon car je n'ai pas pris de notes, ce qui m'a fait le plus de bien, ma petite sœur bien aimée, c'est la leçon ou plutôt le tableau que le bon Dieu m'a mis devant les yeux. En voyant le bon Père monter à l'autel je pensais à autrefois... je le trouvais, comme toi, si changé et vieilli ! Alors des sentiments profonds remplissaient mon coeur et je me répétais ces paroles que j'ai lues quelque part : "Du berceau à la tombe il n'y a qu'un pas !" Oui, la vie est courte, très courte, si longue soit-elle. Lorsqu'elle est passée qu'en reste-t-il ?... C'est une fumée que le vent emporte. C'est une fleur qui s'entrouvre le matin et qui le soir est déjà fanée. Cependant lorsqu'on a donné à Jésus tout son coeur, elle change d'aspect notre vie si éphémère. Elle est transformée en amour et Jésus le garde cet amour précieusement dans son coeur.

Quelque chose qui m'a frappée dans une instruction de la retraite c'est ce détail. Sur la surface du monde il y a quatorze milliards d'hommes et deux cent millions seulement de catholiques. Comme nous avons à prier pour tous nos frères dans l'erreur.

Tranquillise-toi Jeanne nous a donné du dessert le 30 : raisin, pêches, bourdins ; elle est bien gentille pour nous. Mgr a le portrait de Mr. Gombaud mais nous lui avons envoyé un grand cadre du nôtre et il en a été très heureux.

Sr. Jeanne Marie vient de perdre son second frère à la guerre. Le plus jeune est disparu (c'est-à-dire mort) et le seul qui lui restait un père de famille si bon si chrétien vient d'être tué. Elle prend ces épreuves comme un ange

C'est très vrai que notre petite Sr. Geneviève n'a rien eu de sa chute que quelques contusions dont elle ne s'aperçoit plus. Mais elle a été protégée d'une façon miraculeuse.

Adieu petite sœur chérie, je vais bien prier pour toi pendant ta retraite. Prie aussi pour ta chère marraine qui va faire, nous a-t-elle écrit, sa retraite du tiers ordre. Est-elle devenue pieuse !

   ta Petite soeur qui t'aime Sr. M. du S. Coeur