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De Marie Martin à Thérèse - 26 mai 1885

De Marie Martin à Thérèse.
26 mai 1885


Ma pauvre petite persécutée,
Tu n'as donc que des déceptions. C'est désolant. Va, je reviendrai bientôt pour te protéger et je
partagerai avec toi mon parloir puisque je te l'ai promis. Nous parlions de toi ce matin en mangeant
notre chocolat. C'est qu'on est bien fêté chez ma tante. A la bonne heure! Moi je suis restée pour le
bouquet et pour vous récompenser de m'avoir laissée partir, je vous ramènerai Vendredi le bouquet de
vos cousines et de votre petite tante si bonne pour nous toutes.
Le soleil n'est guère plus gai à Trouville qu'à Lisieux, ma pauvre Thérèse, mais en revanche nous rions
à sa place. Hier il pleuvait un peu de temps en temps. On voulait m'empêcher d'ouvrir mon parapluie,
on se moquait de moi tant qu'on pouvait. Pauvre fermière pas habituée de porter ainsi tous les jours
ses beaux habits du dimanche, il fallait bien qu'elle se garantisse même du brouillard. Eh bien, pas
moyen. Va, je suis bien malheureuse dans ce chalet tant vanté! Heureusement que j'ai sous ma fenêtre
les petites barques silencieuses qui ne me disent rien, elles... Comme c'est gentil de voir cela. Elles
ouvrent leurs voiles et puis tout doucement, tout doucement s'en vont là-bas bien loin peut-être pêcher
les beaux poissons que le bon Dieu a faits pour nous. Il a fait bien des choses pour nous le bon Dieu.
Aussi ma petite Thérèse, il faut que nous fassions aussi beaucoup de bonnes choses pour Lui. Allons
avec notre petite barque à la pêche des perles. Il y en a de bien belles au fond de la mer que nous

 

traversons. Quand Céline est voleuse et qu'elle conte ses secrets là-bas, tends vite ton filet, mon petit
pêcheur chéri. La belle grosse perle!
Adieu ma Thérèse, ta lettre n'est pas si longue que celle de Céline mais il faut que je pense à Léonie.
Tu n'en seras pas jalouse petite coquine. Ou bien, plus jamais le dodo à Marie.
Jeanne et Marie t'embrassent bien. Je leur ai donné tes images. Tu vois que je n'oublie pas tes
commissions, elles te remercient bien et les trouvent très jolies.
Marie
Ma tante demande si tu lui finiras celle que tu as commencée à Trouville.

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