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De soeur Marie du Sacré Coeur à Sophie Bohard - 16 janvier 1887

De soeur Marie du Sacré Coeur à Sophie Bohard. 16 janvier 1887


Dimanche 16 Janvier 87.

Chère Cousine,

(petite-fille de François Bohard, qui était le frère de l’arrière grand mère de Marie Martin)

 

Si je vous laissais deviner où votre lettre est venue me trouver je crois que vous seriez longtemps sans me répondre.

Voyons, où pensez vous que je suis? En voyage? Non. Aux Buissonnets? Non.   Au Carmel!... Voilà du grand nouveau sur lequel vous ne comptiez pas. Et c'est pourtant vrai. J'y suis entrée à Ste Thérèse le 15 Octobre, ainsi voilà trois mois déjà de cet événement. Comme le temps passe vite ! Et ici plus que partout encore. Je vous assure qu'on ne s'ennuie pas au Carmel, pour moi je m'y trouve bien heureuse, et je remercie le bon Dieu tous les jours de la grâce qu'il m'a faite.

Je suis sûre que vous vous demandez comment j'ai pu abandonner ainsi tout mon cher monde et ce que deviennent les petites soeurs. Mais les petites soeurs ont grandi. Céline aura dix huit ans au mois d'Avril et Thérèse est dans sa quinzième année ! Elle se porte très bien maintenant, depuis plus d'un an elle ne va plus à l'Abbaye, elle prend des leçons particulières (les leçons de Mme Papinau commencent en mars 1886).

Nous ne marions point notre Léonie qui ne désire pas se marier, grâce à Dieu   Son rêve est d'être religieuse aussi (Léonie est rentrée aux Buissonnets le 1er décembre 1886 après un court séjour aux Clarisses), ainsi ma chère Cousine, nous sommes en train comme vous voyez de peupler les couvents...

C'est Céline qui a pris la direction du ménage, elle s'y entend très bien ; tout marche ensemble, cuisine et peinture. Je ne vois pas ce qui pourrait embarrasser cette petite Céline, elle s’arrange de tout et se tire de tout mieux que Perrette. Elle peint maintenant d'après nature ; pour la fête de papa au mois d'août elle a fait mon portrait qu'on dit ressemblant. Notre bon père se porte bien mais son amour des voyages commence à s’engourdir. On n’est pas toujours jeune ; cet été il n’a presque pas été à la pêche, lui qui aimait tant cela autrefois. Mon oncle et ma tante (Guérin) et mes petites cousines vont bien aussi. Marie est toujours un peu délicate, pour lui redonner des forces son père lui a donné pour étrennes un joli piano. Elle aime tant la musique qu’ils se sont décidés à la lui faire apprendre. On l’a proposé à Jeanne aussi qui n’a pas voulu. ; Elle se contente de sa voix de rossignol, car elle chante à ravir. C’est ravissant de les entendre toutes les deux. Je n’ai plus ce plaisir mais j’en ai d’autres de plus doux encore, ainsi ne me plaignez pas. Et puis toutes les semaines on vient me voir au parloir, j’ai quitté la famille sans la quitter.

Adieu ma chère cousine je vous envoie pour cette année mes meilleurs souhaits. Ma chère carmélite se joint à moi, savez-vous combien il m’a semblé bon de la retrouver ? Pour que mon bonheur soit parfait, il ne me manque plus que l’habit du carmel qui viendra bientôt j’espère

Votre cousine qui ne vous oublie pas

Sr Marie du Sacré Coeur

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