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De sœur Agnès de Jésus à Céline - 5 mars (?) 1889.

 

 

De sœur Agnès de Jésus à Céline. 5 mars (?) 1889.

 

J.M.J.T.

Ma Céline chérie,

Tes lettres nous ont bien navrées, mais ne perdons pas courage : Jésus est là toujours! Ah! quelle épreuve Il nous envoie! Il faut que ses desseins sur nous soient bien grands pour nous faire tant souffrir. Sr M. du S.C. disait ce soir que notre petite Mère lui avait fait cette réflexion: « Ton Père est bien bon mais je ne sais pas comment il achètera le Ciel, car je ne l'ai jamais vu beaucoup souffrir. Il faut pourtant souffrir pour entrer là »... Eh bien la voilà cette souffrance ! Ah ! prions, prions pour que ce pauvre père tant aimé la supporte avec courage.  Mon Oncle était si brisé à la lecture de ta lettre qu'il nous a envoyé aussitôt ma Tante pour nous demander quoi faire. Nous lui aurions dit de partir ce soir, il prenait le [1 v°] train et nous ramenait Papa. Ce pauvre oncle a vraiment bon coeur... Ma Tante aussi était atterrée mais l'interdiction pour moi me semble si effrayante que je ne sais ce qui vaut mieux pour notre pauvre petit Père, ou du Bon Sauveur ou de la subir ...

D'après ce que tu dis, ma Céline chérie, on pourrait croire à une crise. Faut-il dire : Espérons ? Pauvre vie, pauvre terre ! oui, espérons la croix, n'attendons que la croix, c'est elle seule qui mène à Dieu, au Ciel !

Ne crains pas de tout nous dire, non ton mérite n'en est pas diminué. Pendant son agonie Jésus a bien cherché un coeur ami. Il ne l'a pas trouvé, c'est ce qu'Il a souffert de plus que nous, Jésus ! Ah! n'ayons que son nom et son souvenir aux lèvres et dans le coeur. C'est déjà le ciel que d'aimer Jésus et d'accepter sa croix...Je ne puis m'empêcher de croire que dans ces temps de péchés, Jésus [2 r°] a besoin d'amis fidèles, mais comment s'assurer de leur fidélité s'il vient à eux sans sa croix. C'est pourquoi son Amour la plante aussitôt dans le coeur qu’Il veut tout à Lui et d'autant plus à Lui... La souffrance nous a donné la mesure de son amour pour nous, et la souffrance encore l'assure de notre retour. Ayons confiance et réjouissons-nous d'avoir attiré ce regard de privilège. Jésus est venu comme l'Epoux des Cantiques, Il a frappé à notre porte : « Ouvre-moi, ma Sœur, mon Epouse, ma bien-aimée, a-t-il dit car ma tête est pleine de rosée et mes cheveux des gouttes de la nuit. (Ct 5, 2) C'était bien dire d'où il venait; de l'humiliation, du mépris, de la douleur, pendant la nuit du péché, la nuit de ce monde ; c'était bien dire aussi ce qu'il venait faire : réclamer l'hospitalité, la consolation…; Nous lui avons ouvert mais la Croix est entrée avec Lui. Jésus ne rentre point sans elle dans la maison de ses amis. Partout où est Jésus, là est la croix...

[2 v°] Adieu, ma chérie, mon coeur est bien malade je ne sais pas ce que je t'écris. Ces pauvres paroles ne vont rien te dire... Nous t'attendons jeudi. Que vous devez souffrir toutes les deux ! Et Papa!... C'est déchirant ! Levons les yeux au Ciel, redoublons nos instances, le bras du bon Dieu n'est pas raccourci et son amour encore moins... N'oublions pas ce que dit le Père (Pichon): « Les heures désespérées sont les heures de Dieu »... Enfin ranimons notre courage en baisant la main qui nous frappe, en la pressant sur notre coeur... Nous la voyons armée d'un glaive mais nos yeux se trompent car elle ne tient que des couronnes.

Notre Mère chérie voulait t'écrire avant-hier, c'est moi qui l'en ai empêchée croyant que tout allait bien et comptant donner à ma Tante une lettre pour te la porter jeudi.

Pardonne-moi..

Le petit ange attend jeudi pour te dire ses pensées….. Elle souffre bien mais elle est si généreuse !

[1 r° tv] Nous n'osons pas écrire à Papa.

 

 

754. De Céline à ses sœurs Agnès, MSC et Thérèse 10 mars1889.Fragment.

 

... Depuis plusieurs jours, il ne demande plus à sortir, il se résigne à rester « tant qu'on voudra ».

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