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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline - 11 -12 mars ? 1889

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline. 11 -12 mars ? 1889

 

Jésus !

Ma chère Céline, ta lettre a fait comme toutes les lettres un grand bien à nos cœurs. Nous autres nous n'avons plus que l'unique consolation d'entendre parler de notre père bien aimé. O mes petites sœurs, oui vous êtes des exilées, des orphelines, c'est bien vrai ! Mais malgré ma douleur bien amère je ne puis m'empêcher de vous dire que vous et nous, nous avons la part des privilégiées de Jésus. Que voulez-vous ! Il manquait sans doute à notre père si saint cette couronne si humble ici-bas, mais si brillante au Ciel... la couronne de l'humiliation. O ! si notre coeur saigne bien fort, faisons ce que nous dit un autre père,.. « Opiniâtrez-vous à ne voir qu’amour dans le fiel du Sauveur Jésus (citation du P.Pichon).»

[1v°]Oui bien sûr, ce n'est qu'amour et si les grâces qui tombent sur nous par cette épreuve si cruelle nous étaient révélées, sans doute nos cœurs déborderaient de reconnaissance. Qu'est-ce que la terre ! Ah ! qu'est-ce que la terre ! Ma Céline chérie quelle grâce insigne à ton âge d'en voir déjà tout le néant. Un jour nous mourrons ! Il faut nous dire cela. « La figure de ce monde passe (1 Co. 71 3,1).»

« Voyageurs d'un moment sur la terre étrangère, pour combattre et mourir nous passons sur la terre (d'après Lamartine).» Nous passons ! et une éternité de joies nous tend les bras! Et à chaque douleur une éternité de bonheur répond. Mes petites sœurs chéries nos cœurs ne [2 r°] seront pas brisés toujours. Le repos viendra enfin; mais il n'est pas pour cette vie.

Mon oncle nous a dit quelque chose qui m'a fait bien de la peine. On a refusé 2 fois la communion à ce pauvre petit père. Est-ce que la sœur ne pourrait pas lui faire penser à se confesser. Oui, que Jésus exauce nos vœux et qu'il nous le rende bientôt !

Pauvre vie ! terre d'exil, vallée de larmes ! Ah ! ne perdons pas notre temps ni nos souffrances... devenons des saintes. La croix présente nous le prêche assez. Ce n'est pas en vain que Jésus nous l'a envoyée, Matines sonnent, adieu mes petites sœurs, mon coeur ne vous quitte pas. Dites-moi si cela ferait plaisir [2 v°1 à papa d'avoir un mot de nous. Peut-être vaut-il mieux ne pas réveiller trop notre souvenir. Tu me le diras, ma petite Céline.

M. du S.C.

Nous avons décacheté la lettre, elle aurait trop pesé, nous ne ferons pas cela à celles du Père.

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