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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline et Léonie - 19 (?) mars 1889.

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline et Léonie 19 (?) mars 1889.

Mardi soir

Mes chères petites sœurs,

Merci de vos oranges, elles m'en ont dit beaucoup au coeur, pauvres petites exilées, merci !

Que vous dirai-je pour vous consoler, pour remettre à flot votre pauvre petite barque. C’est bien le cas de dire à Jésus en la voyant si submergée : "Seigneur sauvez-nous, nous périssons !" Le Père nous disait à la retraite : "Quelquefois Jésus semble dormir au milieu des tempêtes, des flots agités, des épreuves de notre âme... Il ne fait que semblant... son coeur veille ! Il est là ! Il voit tout ! Oh ! alors confiance en Lui ! Disons-nous : sur un signe du Maître mes épreuves s’évanouiront..."

Et encore : "Seigneur je ne croirai pas que vous m'aimez si vous ne me faites souffrir et beaucoup et longtemps."  (Père de la Colom­bière).

"C'est une grâce insigne, une faveur incomparable que d'être fixé à la croix » (Mgr de Ségur).

Le Père nous a cité tout cela. Y trouvez-vous, mes pauvres petites sœurs chéries, un peu de baume ? Ah! Si je pouvais donc guérir un peu vos cœurs et le mien par là-même. Mais je suis impuissante et Celui qui est tout-puissant se fait attendre... Que faire ? Souffrir ! Au ciel on se dédommagera. La vie passera bien vite. Dans quelques années non seulement nous mais notre souvenir aura disparu. Un seul ne nous oubliera pas : c'est Jésus. Ne craignez rien, ce n'est pas en vain que nous pleurons, dans son Coeur tombent toutes nos larmes... Si à la fin de chaque journée de votre exil votre ange gardien comptait avec vous les trésors célestes, vous seriez trop heureuses, vous ne pourriez plus souffrir.

Adieu petites sœurs bien aimées, ne faites pas fi de vos richesses, si elles coûtent à gagner, elles n'en sont que plus précieuses. Un moment, un éclair, telle est la plus longue vie et après cela des siècles et des éternités...

Tout mon coeur à vous.

M. du S. Coeur

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