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Les couvertures des Pluies de Roses

 

Analyse des couvertures des Pluie de Roses


entre terre et ciel : la place de sœur Thérèse


Regarder successivement les couvertures des différents volumes de la Pluie de Roses, c'est suivre pas à pas l'histoire posthume de sœur Thérèse, telle qu'elle est comprise par les carmélites de Lisieux. Les dessins sont dûs au travail conjoint de Sœur Geneviève et de Charles Jouvenot, le principal illustrateur de toutes les productions du Carmel, toujours attentif aux instructions de Sœur Geneviève.

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•    Tomes I et II : L’illustration de couverture des deux premiers volumes de la Pluie de Roses est identique : sur une couverture crème, un dessin sépia représentant des pétales de roses tombant sur le globe terrestre. Chaque pétale porte une inscription : confiance en Dieu, esprit de sacrifice, résignation, bonne mort, douceur, conversion, chasteté, abandon, foi, paix, guérison, amour de Dieu, zèle, protection, espérance, charité fraternelle… La guérison n’est qu’un élément, parmi la diversité des grâces spirituelles.


•    Sur la couverture du tome III, ce n’est plus une pluie de pétales de roses qui s’offre au lecteur, mais une véritable pluie de roses, en avalanche, à travers une éclaircie dans le ciel menaçant, tandis qu’on peut lire en exergue : « je ferai tomber un torrent de roses » ; l’augmentation d’intensité est à la dimension du volume : c’est un livre de plus de 500 pages, et non plus un opuscule.


•    La couverture du tome IV est plus dramatique que les précédentes: la carmélite de dos, agenouillée, tend la main vers le ciel nuageux qui, classiquement, s’ouvre au milieu pour laisser descendre sur la terre, dans une vive lumière, une pluie de roses. Cette pluie se déverse sur un troupeau de moutons pris  dans des buissons d’épines et qui bêlent vers le ciel pour obtenir leur délivrance. Sœur Thérèse, dans un geste de compassion ou de protection, retient contre elle de la main gauche une de ces brebis perdues, et tend le bras droit vers le ciel. Constatons que si le portrait de sœur Thérèse figure au frontispice de chaque volume, on a ici la première figuration de l’action posthume de sœur Thérèse. Les illustrations précédentes figuraient des grâces tombant du ciel, ici sœur Thérèse est présentée à la fois comme intermédiaire et comme protectrice ; l’environnement est plus menaçant, la présence est plus sensible : on est à la veille du premier conflit mondial, les relations internationales, tandis que l'on craint, en France, un durcissement de la politique religieuse. Mais 1914 est également l’année de l’introduction de la Cause, signée le 10 juin par Pie X. Cette étape décisive dans la canonisation donne une légitimité plus grande à sœur Thérèse. Néanmoins, elle est figurée de dos et sur terre : l’Église n’a pas encore reconnu son apothéose, elle ne peut faire l’objet d’un culte, elle ne peut être figurée en médaille ou en statue.


•    Tome V : Depuis que Rome a accepté d'ouvrir le procès de canonisation de Thérèse (juin 1914), la publication des Pluie de Roses a été suspendue. Pendant la Guerre, les carmélites de Lisieux et les amis de sœur Thérèse se sont sentis d'autant plus cruellement privés de leurs annales miraculeuses qu'ils percevaient que, dans ce contexte bouleversé, la dévotion à Thérèse prenait une forme et une ampleur nouvelle. La couverture du tome V, qui rattrape les années de silence, annonce de manière efficace le retour de la Pluie de Roses. Si le centre de la couverture reprend la thématique des précédents volumes (la Pluie de Roses se déversant sur la terre et exprimant le lien entre Dieu et les hommes), l'ensemble, tout entier, résume bien l'attente de la victoire (avec ces années qui s'égrènent de haut en bas, et de plus en plus grosses). Aux coins, un semis de Légions d'Honneur et d'autres distinctions militaires évoque aux initiés les ex-votos qui affluent à Lisieux à ce moment-là. Ils évoquent également avec efficacité le rôle du courage individuel dans la victoire. Dans la coïncidence des dates et l'abondance des décorations remises par leurs bénéficiaires à Thérèse, on peut lire le rôle surnaturel décerné, dans l'immédiat après-guerre, à la « Patronne des Poilus ».


•    Interventions de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus pendant la Guerre : ce volume est un extrait du tome V, publié en même temps. Thérèse sur terre, à genoux, implorante, tournant le dos aux hommes comme le prêtre à l'autel : cette attitude est réutilisée pour la couverture des Interventions de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus pendant la guerre, où Thérèse est figurée sur le champ de bataille. Cette illustration connut un grand succès pendant la guerre, durant laquelle elle servit de support à un certain nombre de publications de propagande, dont un opuscule de « lettres » (c'est-à-dire de récits de miracles ) publié en 1915 et la quatrième page de couverture de la « petite vie ». Cette illustration figure une vision d’apocalypse : sol jonché de soldats, cathédrale en feu, calvaire brisé, ciel sombre et couvert… Les mains de sœur Thérèse semblent entrouvrir le ciel pour que puisse tomber la Pluie de Roses : elle est bien présentée, au sein de la religion, comme le seul et unique recours.


•    A la veille de sa béatification, sœur Thérèse s’éloigne enfin de la terre pour habiter le ciel : la couverture du tome VI figure l’apothéose ; elle reproduit le tableau réalisé par Sœur Geneviève pour les cérémonies organisées au Vatican lors de la béatification : la Bienheureuse Thérèse, sur un nuage,  aux pieds d’une Vierge à l’enfant couronnée, prend des roses sur les genoux de la mère et de l’enfant pour les laisser tomber sur Saint Pierre de Rome. Désormais, elle n’est plus du côté des orants, c’est elle qui fait tomber la Pluie de Roses.


•    Avec la canonisation, un nouveau pas est franchi, puisque Jouvenot peint, pour la dernière Pluie de Roses - le tome VII - les portes du ciel entrouvertes par un petit ange pour que se déverse une avalanche de roses. Sainte Thérèse a disparu aux yeux des fidèles, elle est dans le Saint des Saints. C’est sa consécration qui est mise en avant, ainsi que la doctrine de l’enfance spirituelle. Le portrait de sœur Thérèse, en pied et de face, se retrouve comme dans les précédentes éditions au frontispice du livre. Mais ce n'est plus le portrait de Thérèse ovale ou de Thérèse aux roses, c'est le portrait de la Canonisation. On franchit une étape dans le symbolisme avec une Thérèse auréolée, nimbée de gloire, entourée de chérubins, reposant sur la terre dans une attitude toute virginale. Elle fait tomber ses roses les yeux levés au ciel, et sur les bannières brandies par les anges, on peut lire « Deus Caritas est », et « je reviendrai sur la terre pour faire aimer l’amour ». Le portrait est accompagné de la citation suivante : « Je pense souvent à tout le bien que je voudrais faire après ma mort, parcourir la terre en un instant pour consoler ceux qui pleurent, convertir les pauvres âmes pécheresses, faire baptiser les petits enfants, aider les prêtres, les missionnaires, toute l’Église. »

Avec cette entrée de Sœur Thérèse dans un Paradis pavoisé aux armes du Carmel se termine la publication en annales des hauts faits de sainte Thérèse.

Antoinette Guise

 

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