Imprimer

Mme Guérin à sa fille Marie - 26 janvier 1900

 

De Mme Guérin à sa fille Marie 26 janvier 1900

Ma chère petite Marie

Je vais me priver de mon parloir cette semaine. Quoi qu’il m’en coûte bien, je crois cela plus raisonnable. Mon pied va mieux, moyennent que je ne marche pas et que je garde le plus souvent possible la chaise longue. C’est un exastase qui m’est venu au talon ; il y avait beaucoup d’inflammation, aussi Francis m’avait ordonné de garder le repos me disant que ce serait long, mais qu’au bout de 5 ou 6 jours l’inflammation diminuerait si je gardais bien le repos et si je faisais cd qu’il m’a dit. En effet il y a certainement du mieux. Je suis bien prise, je t’assure, de ne pas pouvoir courantiner (c’est le terme employé par Jeanne) dans la maison. J’aurais bien le désir de ne pas être longtemps ainsi, car je m’aperçois d’abord que j’ai bien peu de patience ; Oh ! que je voudrais que les Carmélites (et toi tout particulièrement) me donnent leur secret pour supporter tout joyeusement et pour l’amour du bon Dieu ! Prie bien pour moi à cet effet, ma chérie, afin que je sois contente de tout, car dans la pratique je suis bien lâche. Mais j’ai un motif plus noble pour désirer guérir vite, c’est que je ne puis donner à ton papa les soins que nécessitent son état de santé , lui rendre de petits services. Il me faut toujours rester assise et dame, je suis bien prise. Le bon Dieu m’a prise par mon faible, car j’ai souvent le pied levé. Puis, autre chose, c’est que ton papa pourrait maintenant recevoir le bon Dieu, il se trouve assez bien pour le faire, et voilà que moi, je suis un obstacle. Il me faut ces jours-là me lever à 5 heures ½, et disposer certaines choses, et je ne suis pas encore capable de le faire. J’espère que la semaine prochaine, le bon Dieu nous accordera cette grâce, et que nous nous trouverons tous les deux assez bien. Je te recommande tout particulièrement cette intention, ma chère petite Marie. Ton petit père va mieux quoiqu’il ait toujours des moments où les crises reviennent. Mais sa maladie change de face. C’est vraiment extraordinaire. Enfin il est vraiment mieux. Toute la semaine, il s’est occupé de ses affaires comme s’il était en bonne santé. Je suis vraiment surprise de le voir travailler comme il le fait. Tante Joséphine sort d’ici . C’est elle qui me fait vraiment pitié. Etre si bonne et souffrir de la sorte sans que nous puissions y remédier. C’est un vrai martyre. J’ai reçu une lettre de Léonie. Je pense lui écrire aussi pour sa fête. j’ai dit à Jeanne d’acheter quelques friandises et je lui ai envoyé son sermon de vêture. Jeanne ne viendra pas dimanche. Son mari est surchargé de malades. La sonnette n’arrête pas chez eux. Et au Carmel, allez-vous toutes bien ! Je le désire bien vivement, car en ville il y a beaucoup de grippes mais jusque là je n'entends pas parler de cas graves.

Bonne maman va mieux. Elle se remet tout doucement. Hélène qui a eu l’influenza commence à se lever, elle n’a plus qu’une grande faiblesse. La sœur de ma bonne se remet aussi. Elle est bien reconnaissante aux Carmélites des prières qu’elles ont faites pour elle, car le médecin lui a dit qu’il avait beaucoup craint pour sa vie ; mais maintenant elle est hors de danger, quoiqu’il y ait encore de grandes précautions à prendre.

Hier, nous avons eu la visite de Mr Castel. Tu diras cela à Sœur Marie de la Trinité. Ton papa l’avait prié de venir afin de lui demander s’il voulait faire partie de l’Adoration Nocturne, ce à quoi il a consenti. Je pense que cela fera plaisir à la petite Soeur Marie de la Trinité. Dis-le lui en la priant de m’excuser si je n’ai pas répondu à sa jolie petite lettre. Je ne l’ai pas oubliée pourtant, non plus que l’envoi de couteaux que vous m’aviez demandés et dont je n’ai pu m’occuper.

Je me dédommage de mon parloir, comme tu vois, en faisant une longue causerie avec toi. Ce n’est pas la même chose cependant. Je vous prive aussi , mes chères petites ; il est bien permis à une mère de penser cela, n’est-ce pas ? Vous avez déjà tant de sacrifices à faire. Le bon Dieu nous demande cette petite privation à toutes. Donnons-la lui de bon cœur.

Présente mon affectueux respect à la bonne et Révérende Mère, embrasse tes petites sœurs et aussi Sœur Marie de la Trinité pour réparer le retard de ma lettre, et reçois pour toi les baisers les plus tendres et les plus affectueux de ton papa et de ta maman.

Ta mère qui te chérit. C.G.

Les lettres de dimanche nous ont fait bien plaisir.