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De Mme Martin à Mme Guérin CF 38 - 3 septembre 1868.

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 38

3 septembre 1868.

Vous savez le nouveau deuil qui nous a frappés. Ce matin, à cinq heures, notre bon père remettait son âme entre les mains de Dieu. Hier soir, la fièvre l'a repris; il s'était trouvé mieux toute la journée et le médecin espérait le sauver. Je suis restée à le garder jusqu'à minuit. Ce pauvre cher père souffrait horriblement; rien que d'y penser, j'en frissonne, sa poitrine se soulevait à chaque instant avec effort.

Cependant, je l'avais déjà vu si mal que j'ai hésité longtemps avant d'appeler mon frère qui avait si grand besoin de repos, je croyais que notre bon père allait se trouver mieux, comme cela était arrivé tant de fois. Enfin, n'y pou­vant tenir, je suis allé chercher Isidore; celui‑ci me dit qu'il ne lui semblait pas plus mal et il m'obligea à aller me coucher, mais, vers quatre heures, je me suis levée. Mon frère me dit de m'en retourner, que notre cher malade allait mieux et qu'il n'y avait rien à craindre pour l'instant. I1 avait fait venir la bonne pour pouvoir lui‑même se reposer un peu dans le fauteuil, car il tombait de sommeil.

Et voilà qu'à cinq heures, la servante l'a appelé pour lui faire remarquer que mon père avait l'œil terne et qu'il se mourait. I1 était temps. On est venu me chercher, c'est

à peine si j'ai pu voir son dernier soupir. Je m'attendais bien à une fin très prochaine, mais j'ai le cœur brisé de dou­leur, et, en même temps, rempli de céleste consolation.

Si vous saviez, ma chère soeur, avec quelles saintes dispo­sitions il s'est préparé à la mort. A trois heures, il faisait encore le signe de croix. J'ai l'espoir et même la certitude que ce cher père a été bien reçu du bon Dieu. Je désire que ma mort soit semblable à la sienne. Nous lui avons déjà fait dire trois messes; nous avons l'intention d'en demander un grand nombre, afin que, s'il lui reste quelque chose à expier, il soit promptement délivré du Purgatoire. Sa tombe sera tout près de celle de mes deux petits Joseph.

Adieu, ma chère soeur, je vous embrasse, ainsi que votre petite Jeanne, mais à chaque fois que j'entends parler d'elle, j'ai le cœur serré en pensant à mon petit Joseph, qui était si joli et si mignon ! Je me faisais une grande fête de vous le montrer, mais que voulez‑vous, je suis habituée à la douleur...

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