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De Mme Martin à M. Martin CF 46 - Mai-Juin ? 1869

 

Lettre de Mme Martin à M. Martin CF 46

A M. Martin, en voyage d'affaires

Mai-Juin ? 1869

Mon cher Louis,

J'ai reçu ce matin ta lettre que j'attendais avec grande impatience. Combien j'ai été étonnée de voir que, contre toute espérance, tu étais arrivé à réaliser quelques affaires (M. Martin se rendait de temps en temps à Paris pour traiter avec les grandes Maisons de dentelles, les commandes de Point d'Alençon). C'est Notre‑Dame des Victoires qui t'a protégé.

J'ai été voir la petite Céline dimanche (elle était née le 28 avril l869. Elle est très forte et vigoureuse, si tu voyais comme elle piétine; elle a aug­menté d'une livre et demie dans son mois.

Tu n'as pas besoin de t'inquiéter au sujet des enfants; malheureusement je n'en aurai bien sûr jamais plus. J'espérais pourtant toujours avoir un petit garçon, mais si le bon Dieu ne le veut pas, je me résigne à sa volonté.

Tout le monde sait sans doute que tu n'es pas ici, car je ne vois personne. Je n'ai pas encore aperçu de voleurs. Je veille dans le magasin, je n'ose monter. Vendredi soir, j'ai veillé jusqu'à une heure du matin.

Quand tu recevras cette lettre, je serai occupée à t'arranger ton établi; il ne faudra pas te fâcher, je ne perdrai rien, même pas un vieux carré, pas un bout de ressort, enfin, rien, et puis ce sera bien propre dessus et dessous ! Tu ne diras pas que « j'ai seulement déplacé la poussière », car il n'y en aura plus.

J'ai dit aux petites filles que tu étais à Paris et que tu avais passé à Lisieux, que tu reviendrais jeudi matin, mais que tu ne pourrais les voir au Mans, malgré le grand désir que tu en avais.

Je t'embrasse de tout mon cœur, je suis si heureuse aujourd'hui, à la pensée de te revoir que je ne puis travailler.

Ta femme qui t'aime plus que sa vie.

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