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De Mme Martin à Mme Guérin CF 49. Octobre (?) 1869

Janvier (?) ou octobre 1869

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 49

Mes enfants me parlent souvent de votre petite Jeanne et me demandent si elle reviendra bientôt. Léonie l'appelle le petit Jeanne, on a du mal à lui faire entendre que c'est une petite fille et non un garçon. Elle comprend assez lentement les choses, mais elle a toujours été malade et j'espère qu'elle se développera plus tard.

Hélène a eu la rougeole et en a été fort souffrante; pendant trois jours j'avais des inquiétudes, maintenant, elle se porte très bien, sauf un mal d'yeux qui lui est resté après sa maladie ; ce n'est cependant pas d'être sortie trop tôt, elle a gardé le lit huit jours et la chambre trois semaines. Léonie a eu la rougeole en même temps que sa sœur et pour la troisième fois; elle l'a portée debout et n'en a presque pas souffert.

Marie et Pauline sont rentrées à la Visitation le 8 courant; elles s'y plaisent bien et aiment beaucoup leur tante, mais elles se plaisent encore mieux avec leur maman. Marie a versé d'abondantes larmes quand il a fallu partir, et moi aussi. J'en suis très privée et je fais un gros sacrifice en les éloignant de moi.

Mon aînée devient très raisonnable, on voit qu'elle fait des efforts pour se corriger de ses petits défauts, puis elle est si aimante ! Lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle me fait de la peine, elle fond en larmes. Pauline est bien mignonne et s'attire tous les cœurs, mais elle est d'une exubérance sans pareille, c'est plus fort qu'elle, aussi sa tante m'en fait des reproches.

J'ai reçu une lettre de ma soeur jeudi dernier, me donnant de meilleures nouvelles de sa santé; cela n'empêche pas que j'aie des inquiétudes, je crains que nous ne la conservions pas longtemps. Elle en sera ravie, car elle regarde la mort avec joie, mais pour nous tous, ce sera une grande peine et un vrai malheur pour mes enfants.

 Je vais très bien pour l'instant; je suis trop heureuse pour que cela dure, car ni d'un côté, ni de l'autre, je n'ai de grandes tracasseries; mon commerce ne va ni bien, ni mal, je voudrais qu'il en fût toujours ainsi; enfin, pour le moment, je ne manque que de misères !