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De Mme Martin à Mme Guérin CF 51 - 12 février 1870.

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 51

12 février 1870.

Je suis désolée de vous savoir malade. C'est bien ennuyeux pour vous d'être ainsi retenue au lit, mais prenez courage, ce n'est que quelques semaines à passer; il faut être prudente et ne pas vous fatiguer, car vous n'êtes pas forte du tout.

Moi non plus, je ne me porte pas très bien, j'ai souvent la fièvre depuis six semaines, cependant je ne suis pas arrêtée; je fais mon ouvrage comme d'habitude, je me suis même levée tous les matins à 5 heures et demi, depuis plus de quinze jours, pour aller à Saint‑Léonard entendre des Capu­cins qui donnaient une mission ; elle est finie aujourd'hui et je n'en suis pas fâchée, car il fait bien froid.

Je me réjouis, ma chère soeur, en pensant qu'au mois d'août prochain, nous aurons chacune un petit garçon, du moins je l'espère. Mais, fille ou garçon, il faudra bien prendre avec reconnaissance ce que le bon Dieu nous don­nera, car il sait mieux que nous ce qu'il nous faut. Ce qui m'afflige, c'est de songer à mettre encore mon enfant en nourrice, on a tant de mal à trouver de bonnes personnes ! Je voudrais aussi avoir la nourrice chez nous, mais c'est impossible, j'ai déjà assez de monde ! Enfin, je pense que le bon Dieu m'aidera, il sait bien que ce n'est pas la paresse qui m'empêche de nourrir mes enfants car je ne crains pas ma peine.

Je parlais de vous, hier, à Mme Y. Elle vous trouve bien heureuse et me dit qu'elle voudrait être à votre place. I1 y en a qui lui conseillent de faire un voyage à Lourdes pour obtenir la grâce d'avoir des enfants, mais elle déclare qu'elle ne veut pas, car elle aurait peur d'en avoir trop, et, comme elle aime énormément son plaisir, elle préfère n'en pas avoir du tout que d'être esclave. Sa belle-sœur est dangereusement malade depuis plusieurs semaines et donne les plus grandes inquiétudes.

Ainsi, vous voyez, ma chère sœur, qu'il y a des peines pour tout le monde, les plus heureux ne sont que les moins malheureux: le plus sage et le plus simple, dans tout cela, est de se résigner à la volonté de Dieu et de se préparer d'avance à porter sa croix le plus courageusement possible.

Je vais écrire à la Visitation et demander à ma soeur et aux petites filles qu'elles prient pour vous, afin que tout aille pour le mieux. Je voudrais pouvoir vous être utile et vous consoler; malheureusement, je n'en suis pas capable. Enfin, je prierai pour vous, afin que le bon Dieu vous guérisse et vous donne un enfant qui soit votre joie, comme votre petite Jeanne.

J'attends de vos nouvelles vers la fin de cette semaine; je vous en prie, dites à Isidore qu'il ne manque pas de m'écrire et surtout qu'il réponde à tout ce que je lui ai demandé dans ma lettre de la semaine dernière. I1 en oublie toujours la moitié...

Ma petite Hélène ne va ni pire, ni mieux.

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