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De Mme Martin à Mme Guérin CF 57 - 19 juillet 1870.

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 57

19 juillet 1870.

...J'étais au Mans, le 2 juillet, pour la seconde Communion solennelle de Marie. Que j'étais heureuse de voir mes chères aînées ! Elles ont bien changé toutes les deux. Leurs maîtresses en sont très contentes. J'aurais voulu, à la rentrée, envoyer Léonie avec elles, mais j'ai eu le malheur de parler, dans une lettre, du caractère de la petite, et la Mère Supé­rieure n’en veut plus. Je n'en suis pas fâchée, dans un sens, car je crois qu'on ne l'aurait pas gardée; il est préférable d'attendre encore une année, pour la former davantage. Elle est très douce au fond, et malgré cela, on arrive diffi­cilement à la faire obéir.

La petite Céline a été très souffrante depuis quinze jours à cause de ses dents; elle en a deux de percées et d'autres sont prêtes à venir. Sauf cela, elle va bien et court comme un petit lapin; c'est curieux de la voir prendre toutes ses petites précautions pour ne pas tomber; elle est bien mignonne et bien intelligente.

Je lui ai fait étrenner, le jour de la Fête‑Dieu, la charmante robe que sa marraine lui a donnée; si vous saviez comme elle lui allait bien ! tout le monde l'admirait, et je vous assure que j'étais fière de ma fille ! Elle avait, avec cela, un joli chapeau à plume blanche, enfin, tout était ravissant. On a pris goût à la mettre en blanc, elle ne sort plus qu'avec des robes blanches, toutes simples, mais elle est si belle ainsi ! Je n'ai jamais habillé si bien mes autres enfants.

Je crois que je vais me trouver sans parrain. Mlle X. en est comme un esprit (Expression locale signifiant que l'on est distrait). Le pauvre parrain va aller se battre ;j’ai vraiment peur pour lui. La demoiselle a déjà choisi M. T. en cas d'accident, mais cela ne fait pas aussi bien son affaire. Elle aura une toilette de soie bleue commandée tout exprès pour le baptême. Elle voulait faire cadeau à son filleul d’une pelisse en cachemire blanc, mais je l'ai devancée. J’ai vite acheté la pelisse que je lui ai montrée, de sorte qu'elle n a rien à donner, ce qui l'arrange fort bien, je crois, ainsi que la maman X. !

Je pense que c'est à Lisieux, comme à Alençon, au sujet des conscrits partant pour l'armée. M. Pierre Romet a douze employés qui s'en vont. J'ai peur que vous ne soyez gênés à cause de vos jeunes gens. En avez‑vous assez ? Ayez la bonté de me répondre de suite, car je suis si impatiente d'avoir de vos nouvelles ! Je n'avais pas le temps de vous écrire, je me suis levée ce matin à quatre heures et demie pour cela. Ce qui me préoccupe le plus, c'est de savoir si vous avez une bonne, je crains que vous ne soyez dans l'ennui.

Qu'Isidore ne se tourmente pas pour la succession de mon père; on lui donnera, au mois de janvier, ou à la fin de décembre, la somme qu'il désire et il n'aura rien à verser en plus; ce sera bien suffisant de payer les rentes quand il aura l'argent; cela me déplaît déjà assez que vous me fassiez des rentes.

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