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De Mme Martin à Mme Guérin CF 59 - 23 août 1870

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 59

23 août 1870

Je viens de recevoir une lettre de mon frère qui m'annonce l’heureuse naissance [de Marie Guérin]. J'aurais désiré pour vous un garçon, vous auriez été plus contente, mais, si vous êtes comme moi, vous ne vous en êtes pas affligée, car je n'ai jamais eu une minute de chagrin pour cela.

Je suis contrariée maintenant de n'avoir pas accepté d'être marraine, car ma petite Marie‑Mélanie‑Thérèse est en nourrice (on l'appelle Thérèse). Je l'ai gardée quatre jours et j'ai essayé de l'allaiter, malheureusement, cela ne suffisait pas, on a été obligé de la faire boire au biberon; le troisième jour, elle a été prise d'un tel dérangement d'estomac que le médecin me dit qu'il n'y avait pas une heure à perdre, qu'il fallait de suite lui trouver une nourrice.

J'en connaissais une, à Alençon, sur laquelle j'avais de très bons renseignements, je la lui ai donnée samedi soir. Dès le lendemain, l'enfant se portait bien, mais je ne suis pas contente de l'avoir mise en nourrice, je voulais l'élever en prenant une bonne pour m'aider. J'aurais d'autant mieux réussi que le Point d'Alençon est mort et enterré, je crois, pour longtemps.

Isidore me demande ce qu'il faut faire pour les préparatifs du Baptême (M. Martin devait être le parrain de la petite Marie Guérin), je lui ai cependant déjà dit que mon mari l’en  chargeait. Qu'il fasse les choses telles qu'elles doivent être, sans rien épargner. Qu'il se figure que c'est lui le parrain et qu'il agisse en conséquence. On approuvera de grand cœur tout ce qu'il aura fait.

I1 me demande encore si j'ai trouvé un parrain et une marraine. I1 ne se donne donc pas la peine de lire mes lettres ! Je vous ai cependant assez parlé de Mlle X. et du Comman­dant de Lacauve ! Je ne sais pas comment il a pu oublier cela. Quant au parrain, il est à la guerre. En reviendra‑t‑il ? Dieu le sait et pas moi !

Je suis maintenant très bien rétablie. Je me suis levée samedi, à six heures, pour aider la femme que j'avais prise pour me soigner, moi et l'enfant. La bonne, qui avait parfai­tement dormi, ne se levait pas et cette femme était dans l'embarras avec la petite Céline et la petite Thérèse, toutes les deux pleurant. Je me suis recouchée à neuf heures, relevée à midi, et ainsi de suite toute la journée. Dimanche, je me suis occupée presque tout le temps des enfants. Lundi, j'ai fait un envoi de dentelles et je n'ai pas eu une minute de repos. Dites donc encore que je ne suis pas forte ! Bientôt, j'espère, j'irai voir ma petite fille.

Adieu, ma chère Sœur, écrivez‑moi le plus tôt possible, cela me fait tant de plaisir d'avoir de vos nouvelles ! Isidore pourrait bien le faire, mais il est comme mon mari, très paresseux pour écrire. J'ai beau le prier, c'est comme si je ne disais rien.

Marie et Pauline se sont bien réjouies, ce matin, en recevant la lettre qui les assuraient qu'elles iraient à Lisieux.

Je vous embrasse, ainsi que vos deux petites filles et Isidore.

Votre soeur affectionnée.

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