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De Mme Martin à Mme Guérin CF 60 - 8 octobre 1870.

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 60

8 octobre 1870.

...Ma petite Thérèse est morte, aujourd'hui samedi à une heure de l'après‑midi. Dimanche dernier, je la croyais sauvée. Elle était beaucoup mieux et avait augmenté de trois cents grammes dans la semaine. Le même jour, vers le soir, elle a commencé à rendre ce qu'elle prenait. Mercredi, elle s'est trouvée pire. Jeudi, elle me semblait mieux, elle riait comme elle ne l'avait encore jamais fait. La nuit a été très bonne et le vendredi matin, après l'application de l’ordonnance du docteur, elle était mourante. A midi, c'était la fin !

Son agonie a commencé ce matin, à dix heures et demi, on ne peut se figurer ce qu'elle a souffert ! Je suis dans la désolation, j'aimais tant cette enfant. A chaque nouveau deuil, pour moi, il me semble toujours aimer l'enfant que je perds, plus que les autres. Celle‑là était gentille comme un bouquet, puis il n'y avait que moi qui la soignais. Oh ! je voudrais mourir aussi ! Je suis tout à fait fatiguée depuis deux jours; je n'ai pour ainsi dire rien mangé et j'ai été debout toute la nuit, dans des angoisses mortelles.

J'ai conduit les petites à la Visitation mercredi, la tante m'a dit de vous prévenir qu'elle ne pourrait vous écrire qu'après la fête de la Présentation. 

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