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De Mme Martin à Mme Guérin CF 68 - 30 juillet 1871.

 

Lettre de Mme Martin à Mme Guérin CF 68

30 juillet 1871.

...J'ai passé une rude semaine: nous avons fait notre déménagement [rue St Blaise] ; j'avais cependant assez de monde, mais il fallait tout placer. J'étais si fatiguée, le soir, que je ne pouvais dormir, et avec cela, j'avais à m'occuper de la petite Céline.

Je n'ai plus de bonne. Voilà un mois que la mienne est tombée malade d'un rhumatisme articulaire; je l'ai soignée trois semaines, on devait la garder jour et nuit. J'avais fait venir une personne de son pays qui est restée quinze jours, mais elle ne faisait pas mon affaire; enfin, lundi dernier, j'ai fait transporter ma malade dans une voiture, sur un lit. Sa mère va s'en occuper. Je crois qu'elle en a encore pour quelque temps, mais comme je sais qu'elle n'en mourra pas, je l'attendrai. Je tiens beaucoup à elle et elle à moi. J'ai une femme de ménage pour l'instant.

Je pars mardi pour le Mans chercher mes petites filles; si c'est une grande joie, c'est aussi un grand surcroît de plus.

J'ai tant tourmenté mon mari, qu'il s'est décidé à vendre une partie de son Crédit Foncier, avec une perte de treize cents francs sur onze mille francs qu'il a rapportés. Si mon frère a besoin d'argent, qu'il en demande de suite, et qu'il me dise s'il faut vendre le reste, cela déplaît à Louis de perdre autant.

Je n'ai pas de loisir pour vous écrire davantage, j'ai tant à faire chez nous; c'est surtout la petite Céline qui me donne du mal, elle devient capricieuse, on l'a trop gâtée.

Nous sommes parfaitement logés. Mon mari a fait arranger la maison tout à fait bien pour que je m'y plaise. Vous verrez la belle chambre que nous vous donnerons quand vous viendrez, mais malheureusement, ce temps est encore éloigné Enfin, j'espère que ce sera l'année prochaine avec les trois bébés... Il faut aussi que vous me disiez sans cérémonie ce qu'il faut que je donne à ma filleule ou à mon filleul, mais je crois que ce sera une filleule, par la peur que j'en ai à cause de vous !

Mon mari n'oublie pas sa petite filleule Marie. Il lui a acheté une chaîne de cou en or, avec une croix.

Adieu, ma chère sœur, à bientôt de vos nouvelles, embrassez pour moi mon frère et mes deux petites nièces.

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