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De Mme Martin à Mme Guérin CF 85 - 16 janvier 1873

 

Lettre de Mme Martin CF 85

A sa Belle‑Soeur

16 janvier 1873.

...Je suis tout à fait rétablie maintenant, la petite va bien aussi, elle promet d'être très forte, mais cependant, je n'ose y compter, j'ai toujours peur de l'entérite.

J'avais commencé à l'allaiter, et, craignant que ce ne soit insuffisant, je voulais me faire aider du biberon. Cela a très bien été jusqu'à dimanche, mais le fameux biberon a tout gâté, il a été impossible de lui faire reprendre le sein. J'ai employé tous les moyens, je l'ai laissée jeûner, elle criait à faire pitié, il a fallu que je cède.

Elle boit parfaitement. Je lui donne de l'eau panée avec moitié lait, c'est là toute sa nourriture et je suis décidée à ne pas lui en donner d'autre d'ici trois ou quatre mois. Quand j'essayerai de la faire manger, je vous prierai de me dire quelle nourriture vous donniez à vos fillettes pour commencer.

La petite n'est pas du tout difficile pendant le jour, mais la nuit, elle nous fait souvent payer cher sa bonne journée. Hier soir, je l'ai tenue jusqu'à onze heures et demie, je n'en

pouvais plus de lassitude; après, heureusement, elle n'a fait que dormir.

Cette enfant s'appelle Thérèse (Elle avait été baptisée à l'église Notre‑Dame d'Alençon le 4 janvier, sous les noms de Marie, Françoise, Thérèse, par M. l'abbé Dumaine, vicaire de la paroisse et qui, plus tard, fut Vicaire Général de Séez et témoigna au Procès de Béatification), comme ma petite dernière; tous me disent qu'elle est belle, elle sourit déjà. Je m'en suis aperçue pour la première fois mardi. J'ai cru que je me trompais, mais hier, le doute n'était plus possible; elle m'a regardée bien attentivement, puis elle m'a fait un sourire délicieux.

Pendant que je la portais, j'ai remarqué une chose qui n'est jamais arrivée pour mes autres enfants: lorsque je chantais, elle chantait avec moi... Je vous le confie à vous, personne ne pourrait y croire.

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