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De Mme Martin à Mme Guérin CF 88 - 9 mars 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 88

 

A Mme Guérin

9 mars 1873.

Je profite d'un instant d'accalmie pour répondre à votre dernière lettre. Je suis si occupée et si malheureuse depuis quinze jours, que je n'ai de repos ni jour ni nuit: ma petite fille est malade, elle a de l'entérite et j'ai peur de la perdre.

Elle est cependant toujours gaie; dès qu'elle a un petit moment de répit, elle rit de bon cœur. Malgré cela sa figure a changé, je la trouve très pâle depuis jeudi et pourtant elle n'a pas maigri.

J'aurais beaucoup de choses à vous dire si j'avais un peu plus de temps, mais je suis toute seule à garder la petite qui dort actuellement, aussi je me presse le plus possible.

Je veux pourtant vous amuser par le récit d'un bal costumé donné par Mme Y... et qui a fait tant de bruit à Alençon, tout le monde en parle; c'était magnifique, admirable, sans pareil ! Depuis qu'Alençon existe, on n'avait jamais vu cela.

Mme Y. était Reine et avait une couronne d'or avec un voile parsemé d'étoiles. Mme O. représentait la Folie; elle avait une robe d'indienne jaune, qui la serrait de manière à la rendre tout à fait ridicule. Quand elle s'est vue dans cet accoutrement et qu'elle a constaté la richesse des costumes des autres dames, elle ne savait plus où se cacher.

Je sais tous ces détails par des personnes qui ont assisté au fameux bal, lequel a fini à cinq heures du matin. Pour le terminer, il y a eu un dîner splendide, après quoi tous les invités sont allés se coucher.

Il a fallu étayer le plancher des salons, sans quoi les dan­seurs seraient tombés dans la salle d'en bas. J'oubliais de vous dire que ces salons étaient garnis de guirlandes de fleurs et de branches de lierre. C'est dommage de se donner tant de peine et de dépenser tant d'argent pour se faire moquer de soi.

Je vous quitte, ma chère soeur, je n'ai pas le temps de vous en écrire davantage, j'ai voulu vous égayer un peu et je n'y ai pourtant guère le cœur, je vous assure.

Priez le bon Dieu afin qu'il me garde ma petite Thérèse; j'ai encore un peu d'espoir, car elle n'est pas assez malade pour ne pas guérir. Dites à Jeanne et à Marie qu'elles prient pour leur petite cousine; le bon Dieu écoute les prières des enfants.

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