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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 98 - 5 mai 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 98

A sa fille Pauline

5 mai 1873.

Ma chère Pauline,

Je n'ai pas de bonnes nouvelles à t'apprendre. Marie n'est pas mieux du tout. Nous sommes tous désolés de voir que cette maladie se prolonge ainsi.

Notre malade a pleuré beaucoup vendredi, elle s'affligeait en disant:  « Je veux voir mon petit Paulin que j'aime tant ! » J'ai eu bien du mal à la consoler et ton père aussi. Il est souvent à côté d'elle pour la distraire, et elle est si contente quand il est là; au coup, elle va mieux ! Elle a beaucoup maigri et sera longtemps à se remettre.

Ton père part ce matin pour la butte de Chaumont, faire un pèlerinage pour Marie. Il part à jeun et veut revenir de même: il tient à faire pénitence afin que le bon Dieu l'exauce. Il a six lieues à faire à pied.

Je t'écrirai jeudi et je te dirai s'il a obtenu la grâce. Melle Pauline te portera ma lettre; elle va à la seconde com­munion de sa nièce et son intention est de te faire sortir à l'occasion de cette fête, si on te le permet.

Marie veut que je te dise que nous avons vu la petite Thérèse, hier dimanche. Nous ne l'attendions pas; la nour­rice est arrivée avec ses quatre enfants, à onze heures et demie, au moment où nous nous mettions à table. Elle nous a mis le bébé dans les bras et elle est partie de suite pour la messe.

Oui, mais la petite n'a pas voulu de cela, elle a crié à s'en pâmer ! Toute la maison était en déroute; il a fallu que j'envoie Louise (domestique de la famille Martin) dire à la nourrice de venir tout de suite après la messe, car elle devait aller acheter des souliers pour ses enfants La nourrice a laissé la messe à moitié et est accourue, j'en ai été fâchée, la petite ne serait pas morte pour crier.

Enfin, elle a été instantanément consolée; elle est bien forte, tout le monde en est surpris. Je l'ai tant promenée et secouée pour la faire taire, que j'en ai attrapé mal dans le dos pour toute la journée.

Marie me charge de bien des amitiés pour toi et pour sa tante, elle est plus gaie aujourd'hui. La voilà qui commence sa nuit, elle dort très bien, je ne me lève qu'une ou deux fois. Elle parle tous les jours de notre partie de cam­pagne pour aller voir la petite Thérèse quand tu seras là. Il est convenu que j'emporterai beaucoup de pain, car elle dit qu'elle aura grand faim.

Comme on la prive de toute nourriture en ce moment, elle a des envies de malade incroyables. Elle veut un pain de trois livres pour elle toute seule quand on fera cette promenade, sans compter la galette aux confitures; elle croit sérieusement qu'elle mangera son pain de trois livres et elle dit à la bonne: « Louise, Maman emportera un pain pour moi toute seule. », Louise lui répond: « C'est un pain d'un sou sans doute ? » Mais Marie se fâche quand elle entend parler d'un pain d'un sou, elle me dit: « Oui, j'en empor­terai un dans ma poche pour manger le long du chemin, mais cela ne m'empêchera pas de manger mon pain de trois livres et encore du pain noir chez la nourrice. »

Adieu, ma Pauline, ne te tourmente pas, je voudrais bien que Marie soit en état de manger son pain de trois livres, mais malheureusement, elle n'y est pas encore. Enfin, espérons que bientôt elle sera guérie, prie beaucoup la Sainte Vierge pour cela.

Ton père t'envoie mille baisers et moi je t'embrasse de tout mon cœur.

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