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De Mme Martin à sa fille Pauline CF 99 - Mai 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 99

A sa fille Pauline

Mai 1873.

Ma chère Pauline,

Marie a été beaucoup mieux lundi et mardi, mais hier, mercredi, elle a eu une mauvaise journée et une recrudescence de fièvre.

Cette nuit a été très bonne; je ne me suis levée qu'une fois pour lui donner à boire. Elle n'a plus mal à la tête et n'est presque plus sourde; le médecin l'a trouvée vraiment mieux; je crois qu'elle est en voie de guérison.

Elle s'ennuie à mort d'être toujours au lit et regrette surtout ses compositions et les prix qu'elle va perdre. Pour la consoler, je lui dis que je lui achèterai des livres, mais cela ne fait pas son affaire, ce ne sont pas les miens qu'elle veut !

J'essaie par tous les moyens de remonter son courage. Mardi soir, je lui énumérais tout ce qu'elle ferait quand elle serait guérie, cela lui plaisait beaucoup, mais j'ai eu le malheur de dire: « Tu seras bien plus heureuse que Pauline. » Au même instant, elle s'est couvert le visage avec sa couver­ture et s'est mise à sangloter. Je ne pouvais plus la consoler; dés qu'elle pense à toi, c'est comme cela...

Elle nous a tourmentés toute la journée, pour que je t'envoie ton chapeau; je ne trouvais pas cela bien utile, mais, pour lui faire plaisir, j'ai fait demander à Melle Pauline Romet si elle pouvait se charger de te le porter. Quand tu l'auras reçu, écris à Marie que tu en es bien contente. J'espère maintenant qu'elle va aller de mieux en mieux; si je pouvais avoir ma petite Pauline à la fin du mois de mai, je serais bien heureuse.

Céline se fait une grande fête de te voir, elle en parle tous les jours et dit qu'elle veut être à table à côté de toi; elle chante de jolies petites chansons que Melle Philomène lui apprend; elle est bien intelligente, elle a appris toutes ses lettres en quinze jours et elle saurait lire à présent si Marie n'avait pas été malade. Mais, depuis cinq semaines,

je ne l'ai pas fait épeler une seule fois; elle aime cependant bien cela et va souvent chercher son livre.

Dis à ta tante que je n'ai pas le temps de lui écrire, parce que c'est aujourd'hui jeudi et que j'ai bien du travail. Toute la matinée, il faut que je soigne Marie et que je reçoive mes ouvrières.

Adieu, ma chère Pauline, je t'embrasse de tout mon cœur.

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