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Lettre de Mme Martin à Isidore Guérin CF 1 - 1er janvier 1863

 

Lettre de Mme Martin CF 1

Alençon

1er janvier 1863

Mon cher frère,

Je te souhaite une bonne année, je désire de tout mon cœur que tu réussisses dans tes entreprises et je suis sûre que tu réussiras si tu le veux; cela ne dépend que de toi, le bon Dieu protège tous ceux qui ont confiance en lui, il n'y en a jamais eu un seul de délaissé.

Quand je pense à ce que le bon Dieu, en qui j'ai mis toute ma confiance et entre les mains de qui j'ai remis le soin de mes affaires, a fait pour moi et pour mon mari, je ne puis douter que sa divine Providence ne veille avec un soin particulier sur ses enfants.

Je suis, mon cher ami, dans une grande inquiétude à ton sujet. Mon mari me fait, tous les jours, de tristes prophéties. Il connaît Paris, et il me dit que tu seras en butte à des tenta­tions auxquelles tu ne résisteras pas, parce que tu n'as pas assez de piété. Il me raconte ce qu'il a éprouvé lui‑même, et ce qu'il lui a fallu de courage pour sortir victorieux de tous ces combats. Si tu savais par quelles épreuves il a passé... Je t'en conjure, mon cher Isidore, fais comme lui; prie, et tu ne te laisseras pas entraîner par le torrent. Si tu succombes une fois, tu es perdu. Il n'y a que le premier pas qui coûte, dans cette voie du mal comme dans celle du bien; après tu seras entraîné par le courant.

Si tu consentais seulement à faire une chose que je vais te dire, et que tu voulusses bien me la donner pour étrennes, je serais plus heureuse que si tu m'envoyais tout Paris. Voici: tu habites tout près de Notre‑Dame des Victoires. Eh bien ! entres‑y seulement une fois par jour, pour dire un Ave Maria à la Sainte Vierge. Tu verras qu'elle te proté­gera d'une manière toute spéciale, et qu'elle te fera réussir en ce monde, pour te donner ensuite une éternité de bonheur. Ce que je te dis là, ce n'est pas de ma part une piété exagérée et sans fondement; j'ai sujet d'avoir confiance en la Sainte Vierge: j'ai reçu d'elle des faveurs que moi seule connais.

Tu sais bien que la vie n'est pas longue. Toi et moi, nous serons bientôt au terme, et nous nous saurons bon gré d'avoir vécu de manière à ne pas rendre notre dernière heure trop amère.

Maintenant, si tu as le cœur mauvais, tu vas te moquer de moi; si tu ne l'as pas, tu vas dire que j'ai raison.

Quand tu m'écriras, ne me parle pas de ce que je t'ai dit plus haut sur les réflexions de Louis à ton sujet, cela lui déplairait. Je suis toujours très heureuse avec lui, il me rend la vie bien douce. C'est un saint homme que mon mari, j'en désire un pareil à toutes les femmes, voilà le souhait que je leur fais pour la nouvelle année.

Je t'enverrai mardi des rillettes d'oie et des pots de confiture.

Mes petites filles (Marie, née le 22 février 1860, et Pauline, née le 7 sep­tembre 1861. Cette dernière était la filleule de M. Guérin) sont bien mignonnes. Ta filleule ne veut plus marcher toute seule; elle est tombée et elle est devenue si peureuse que rien au monde ne peut la décider à faire un pas sans appui; elle se promène le long des chaises et des meubles. Tu ne sais pas combien elle est gentille et caressante. Elle vous embrasse sans qu'on le lui dise, à toutes les minutes; elle envoie des baisers au bon Jésus; elle ne parle pas, mais elle comprend tout, enfin, c'est un phénix...

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