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Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 18 - 22 avril 1866.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 18

22 avril 1866.

Aujourd'hui, j'ai appris par M. Vital Romet, à qui tu l'as annoncée, ta détermination pour la pharmacie de Lisieux [de M. Pierre Fournet]. Je ne t'ai pas écrit jeudi, parce que j'étais bien embarrassée sur ce que j'aurais pu te dire. Je ne voulais pas te conseiller, ne connaissant pas assez la chose. D'un autre côté, je n'aurais pas voulu t’en détourner. J'ai remis le tout à la volonté et à la grâce de Dieu. Maintenant, tout est conclu et, bonne ou mauvaise, il ne faut plus se préoccuper de l'affaire, cela n'avancerait à rien.

Je te plains bien, mon pauvre ami, tu vas entrer dans la vie réelle qui sera pleine de misères, de soucis et de travail. Il faut vraiment avoir du courage et de la patience, car tu n'as pas fini de peiner; tu travailleras autant que les Trap­pistes et la récompense sera beaucoup moins grande Je t'assure que j'ai eu le cœur serré toute la journée en pensant à toi. Je voudrais te voir heureux et il me semble que ce n'est pas près d'arriver. Si tu peux seulement avoir la chance de rencontrer une femme comme je te la désire, elle ferait ton bonheur, mais elles sont bien rares et je n'en connais guère, il n'y a que le bon Dieu qui puisse mettre la main dessus, pour te la donner.

J'ai été fort étonnée que tu n'aies pas prévenu notre sœur du Mans, je te croyais plus de foi, j'aurais pensé que tu te serais recommandé à ses prières pour une chose comme celle‑là, d'où dépend ton avenir. Je lui ai écrit jeudi afin qu'elle prie pour toi, et je lui ai dit que tu étais sur le point d'acheter une pharmacie. Cette pauvre Élise m'avait écrit, voilà quinze jours, pour me demander de tes nouvelles, se plaignant de n'en pas recevoir directement.

Je ne vois plus rien à ajouter; je n'ai pas le cœur bien gai, aussi je ne me sens pas le courage de parler des autres et de m'amuser à rire.

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