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Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 26 - 14 février 1868.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 26

14 février 1868.

Ta dernière lettre m'a fait plaisir, cependant, je voudrais que tes affaires aillent mieux encore, et je ne serai contente que lorsque tu pourras me dire que tu mets tous les ans de 8 à 10.000 francs de côté; tâche donc de m'écrire cela bientôt. En attendant, il faut prendre courage et ne pas se tourmenter. J'étais comme toi, quand j'ai commencé mon commerce de Point d'Alençon, je m'en suis rendue malade; maintenant, je suis bien plus raisonnable, je me préoccupe beaucoup moins et me résigne à tous les événements fâcheux qui m'arrivent, et peuvent m'arriver. Je me dis que le bon Dieu le permet comme cela, et puis, je n'y pense plus.

Tu me demandes si j'irai vous voir à Pâques ? Je ne puis rien dire, car je ne sais pas ce que j'aurai à faire alors; il m'arrive si souvent des choses imprévues que je ne puis répondre de rien. Ce qu'il y a de certain et ce que je te promets c'est que, si tu ne peux venir au mois de septembre à cause de l'enfant ou pour une autre raison, j'irai pendant les vacances avec mes deux grandes; il est rare que je ne puisse trouver un peu de temps libre à cette époque. C'est cepen­dant à toi de venir cette année, mais je n'y regarde pas de si près avec vous.

Je suis bien préoccupée de ma belle-sœur au sujet du cher bébé qu'elle attend. Cela me tourmente beaucoup plus pour elle que lorsque c'est mon tour, car alors, je n'y pense seulement pas. J'espère qu'elle est comme moi et que les autres s'inquiètent pour elle. Quand je parle à mon mari de mes craintes à son sujet, il me dit qu'il ne me com­prend pas, que tout ira pour le mieux. Je le souhaite, mais en attendant, je voudrais que tout fût terminé, et ce mois‑ci me semble long.

Je vois avec plaisir que personne n'a oublié le trousseau de la petite Jeanne. (Mon mari dit que ce sera un petit Jean). Moi, j'ai pensé aussi à elle, voilà bientôt deux mois que j'ai acheté à son intention un hochet en argent. Quant aux coli­fichets, je n'y connais rien.

J'ai vu aujourd'hui le petit Joseph; il a été malade pendant près de quinze jours; il va beaucoup mieux, mais il a fort maigri et n'est donc pas très robuste. Il est gentil comme un petit bouquet, il rit comme un bienheureux; il s'en engoue ! Je voudrais bien que le bon Dieu me le laisse, je l'en prie et l'en supplie tous les jours; si cependant il ne le veut pas, il faudra bien se résigner. La nourrice me dit toujours qu'il va mourir, qu'il est comme l'autre petit Joseph. Je suis obligée d'aller la consoler, mais je ne le vois pas mourant, grâce à Dieu !Louis vous fait à tous les deux ses amitiés, ainsi que les petites filles, qui veulent toutes, excepté Marie, que le parrain de Pauline soit leur parrain. Quand on montre les jeux, c'est toujours lui qui a donné cela, et quant à la tante, elles veulent aussi que ce soit une marraine !

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