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Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 33 - 8 juin 1868.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 33

8 juin 1868.

Mon père est bien, bien malade. Hier, dimanche, je ne savais plus que devenir, je voulais absolument t'écrire d'arriver vite, mon mari a préféré que j'attende aujourd'hui. Le médecin est venu mercredi et vendredi. A toutes les fois que ce pauvre père veut dormir, les étouffements le prennent; la nuit, on est obligé d'ouvrir les fenêtres. Cette dernière nuit, il n'avait jamais tant souffert et ne pouvait tenir au lit; on a dû l'installer dans son fauteuil. De plus, il souffre beaucoup d'un anthrax, mais la faiblesse l'emporte encore. Hier, il me disait que c'était fini, qu'il allait mourir.

Sois sans inquiétude, je suis constamment auprès de lui, je ne le quitte pour ainsi dire pas. C'est moi qui panse son mal deux fois par jour. Je lui donne tout ce que je puis imaginer de meilleur, mais il n'a pas d'appétit et quand il faut lui faire prendre quelque chose, c'est un vrai supplice pour lui et pour moi. I1 ne peut se remuer, ni s'asseoir sur son lit, mon mari est obligé de venir nous aider et si cela continue, il faudra deux hommes pour le soulever. Ce pauvre cher père nous fait une profonde pitié, il supporte tout avec beaucoup de patience.

J’ai des tracas par‑dessus la tête. Voici que le commerce se réveille, je reçois des commandes pressées, très pressées. Si je les manque, je perdrai beaucoup; je voudrais tout faire et je ne sais pas comment m'y prendre. Je viens encore, à l'instant, de recevoir une lettre pour une commande que je dois livrer le 18. Je ne sais plus de quel côté me tourner, je suis debout depuis quatre heures et demie du matin jusqu'à onze heures du soir; il faudrait tout mon temps à mon père et que je n'aie pas autre chose sur l'esprit.

Notre cher malade parle de toi à tout le monde; tes oreilles doivent en tinter. Tous ses entretiens avec le docteur Prévost roulent sur toi.

Je me préoccupe de savoir si je dois faire venir un prêtre tout de suite, cela me tourmente. Le médecin m'a dit que la maladie n'était pas grave, qu'il ne voit rien d'inquiétant en dehors de ses 79 ans, mais j'ai peine à me le persuader, tout le monde me dirait le contraire que je ne le croirais pas.

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