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Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 35 - 23 août 1868.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 35

23 août 1868.

Je crois que nous allons avoir encore le malheur de perdre le petit Joseph, il est à toute extrémité. Louis m'assurait, ce matin, qu'il faudrait un miracle pour le sauver, tout le monde m'en dit autant. Il est beaucoup plus mal depuis mardi. Jusque‑là, son état n'était pas grave et ne l'empêchait pas de dormir, ni de manger, il paraissait même ne pas souffrir, car il était bien gai et ne pleurait jamais, seulement il ne profitait pas. Depuis cinq jours, il vomit tout ce qu'il prend.

J'ai vu deux médecins; l'un ne m'a rien ordonné, l'autre pas grand‑chose; je crois qu'ils n'ont aucun espoir de le sauver. Je suis vraiment découragée, je n'ai même plus la force de le soigner, cela arrache le cœur de voir un petit être tant souffrir. I1 n'a qu'un cri plaintif. Depuis quarante­-huit heures, il n'a pas fermé l'œil. I1 se ploie en deux sous la force de la douleur. Quand tu recevras cette lettre, il sera probablement mort.

Ainsi, mes chers amis, si vous venez, vous voyez le plaisir qui vous attend ! Cependant, j'espère toujours, je ne puis me figurer que le bon Dieu ne me laissera pas mon cher petit garçon.

Je vous écrirai dans deux ou trois jours. Si l'enfant va mieux, il faudra venir comme c'est convenu, autrement, retardez votre voyage de huit jours, car nous ne serions pas en état de vous recevoir.

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