Imprimer

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 53 - 6 mars 1870.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 53

6 mars 1870.

 

J'ai reçu ta dernière lettre et je te promets que je mettrai en pratique tous les bons conseils que tu me donnes. J'y suis d'autant mieux disposée que je me reproche conti­nuellement la mort de ma petite Hélène; mais j'étais à cent lieues de penser à un pareil dénouement; j'ai vu Pauline et Léonie si gravement malades étant petites, et puis se remettre très bien, que je ne m'effrayais plus des maladies des enfants. Mais, à présent, ce sera tout le contraire et j'ai peur même de pousser ma crainte trop loin dès que je leur verrai la moindre chose.

Tu me dis de changer de médecin, mais lequel prendre ? J'ai essayé du Docteur P. pour Léonie, voyant que M. D. ne m'ordonnait rien. Lui, me faisait tous les jours une nouvelle ordonnance: plus l'enfant prenait ses remèdes, pire elle était. I1 a dû l'abandonner. J'ai repris le premier docteur qui me disait de laisser tous les médicaments, car l'enfant était trop jeune, et qu'il n'y avait rien à faire, si ce n'est de ne pas lui donner une nourriture trop forte. Je crois qu'il avait raison. J'ai fait des expériences aussi contradictoires pour mon second petit garçon. Enfin, je n'ai rien à reprocher au Docteur D. pour la maladie de la petite. Mon cher ami, j'en ai pour toute ma vie à pleurer ma petite Hélène !

Maintenant, Léonie a un mal d'yeux depuis bientôt deux ans. Si tu connais un remède, je te prie de me l'indiquer. Dieu veuille qu'il soit plus efficace que ceux employés jusqu'ici ! Cette pauvre enfant me donne de l'inquiétude, car elle a un caractère indiscipliné et une intelligence peu développée.

Quant à moi, je ne suis pas vaillante. Depuis quinze jours, la fièvre ne m'a pas quittée; jeudi soir, j'étais tellement malade que je croyais que c'était fini, il me semblait que j'avais la même maladie que ma petite Hélène.

Louis est allé mardi au Mans voir les enfants; il y avait si longtemps que je le leur avais promis. A cause de la mort de notre chérie, il ne voulait pas voyager, mais je l'ai décidé, elles auraient eu trop de chagrin. Elles ont beaucoup pleuré leur petite soeur.

Au mois d'avril, je vais retirer Céline de nourrice, cela nous consolera un peu de l'avoir ici, car de tout l'été, je n'aurai le courage de sortir que pour aller au cimetière. D'ailleurs, je ne puis me décider à ne voir qu'un enfant à mes côtés dans les rues. Donne‑moi ton avis au sujet de Céline, elle aura un an le 28 avril. Je crois que cela ne lui ferait pas de mal de la sevrer, d'autant mieux que la nour­rice lui fait manger de tout et l'enfant se porte très bien.

Je vous embrasse tous les trois de tout cœur.

Retour à la liste des correspondants