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Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 69 - 5 septembre 1871.

 

Lettre de Mme Martin à son frère Isidore CF 69

5 septembre 1871.

I1 y a bien longtemps que tu ne m'as écrit, je suis inquiète à votre sujet, surtout pour ta femme. Comment va‑t‑elle ? Et les enfants ? Et toi, travailles‑tu toujours autant ? Les affaires vont‑elles bien ? Les miennes n'iraient pas trop mal si j'osais me lancer, mais j'ai toujours peur. J'ai cepen­dant vendu pour trois mille francs de Point d'Alençon, le mois dernier.

Mes enfants se préoccupent fort si je serai bientôt marraine, et si cela se trouvera pendant les vacances, pour que je les emmène ?

Hier, nous leur avons fait faire une promenade en voiture, à six lieues d'Alençon; nous n'avons pas eu de chance, car il a plu presque toute l'après‑midi. Marie s'est fait beaucoup de peine de voir que nous avions dépensé notre argent pour ne pas avoir de plaisir !

Je suis déjà habituée à la maison de la rue Saint‑Blaise; si vous saviez comme il me tarde que vous veniez nous y voir ! Quand donc m'amènera‑t‑on les trois petites filles ? Il ne faut pas que ma prédiction t'effraie, car j'ai remarqué que c'est toujours le contraire de ce que je pense qui arrive; aussi, je me défie de moi et de mes idées, surtout quand les choses ont de l'importance.

C'est ce qui a lieu en ce moment; je suis en discussion avec Louis au sujet d'une affaire que je vais te communiquer. Tu sais qu'il a vendu son Crédit Foncier sur les instances que je lui avais faites. Or, il arrive que nous nous sommes trop pressés, les fonds ont remonté passablement; si nous avions attendu jusqu'à maintenant, nous aurions perdu douze cents francs de moins. Enfin, c'est fait. Mais ce qui taquine le plus mon mari, c'est d'avoir les fonds à ne rien faire.

Ce matin, en lisant le journal de la Bourse, j'ai vu les obli­gations Pontificales; tout de suite j'ai pensé que cela devrait être excellent plus tard, parce que je crois fermement au triomphe prochain et au rétablissement du Saint‑Père dans ses États. S'il en est ainsi, il me semble que ce serait un très bon placement. Dis‑moi donc, je te prie, ce que tu en penses; Louis est indécis à ce sujet; je le presse continuellement, je sais que j'arriverais à le décider, mais je ne voudrais pas qu'il n'eût que mon avis. Il ne sait pas que je te consulte là‑dessus, cependant, il a grande confiance en toi et fera ce que tu conseilleras.

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