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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur CF 80 - 21 juillet 1872.

 

Lettre de Mme Martin CF 80

A son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur

2I juillet 1872.

J'ai reçu la lettre contenant le portrait de ta petite Marie, que nous avons tous trouvée charmante; elle a l'air raison­nable comme une grande fille et me parait bien plus forte qu'à l'époque où je l'ai vue. J'ai envoyé la photographie à ma soeur, le même jour. Les vacances de la Visitation sont le 5 août.

Je compte bien que vous viendrez tous le mois prochain; les troubles ne sont pas arrivés comme on les prédisait; maintenant je n'y crois plus pour cette année et je suis bien décidée à ne m'en rapporter à aucun prophète, ni à aucune prophétie. Je commence à devenir très incrédule, je dis qu'il n'y a que Dieu qui connaisse le moment et l'heure; les autres croient y voir quelque chose et ne voient rien. Ainsi donc, je vous attends tous; vous me préviendrez, bien entendu, huit jours à l'avance.

I1 faut que je vous fasse part d'un événement qui arrivera probablement à la fin de l'année, mais cela n'intéresse guère que moi pour le moment. Cependant, je m'en réjouirais si je savais pouvoir élever ce petit être qui va venir s'installer à notre foyer, celui‑là n'en partira pas tant que lui et moi serons en vie.

Je me porte mieux que la dernière fois, j'ai bon appétit et n'ai jamais la fièvre. J'espère que cet enfant viendra bien, le malheur n'est pas toujours à la même porte, enfin, que la volonté du bon Dieu soit faite !

Mme Z. a eu une petite fille le mois dernier. Je n'ai point été la voir, et n'ai guère envie d'y aller. Depuis son mariage, elle a l'air de ne plus vouloir me regarder; moi qui l'aimais tant, cela me fait de la peine.

Avant d'être mariée, elle ne savait quelles gentillesses me faire. Je pense, à présent, que c'était peu sincère et qu'elle espérait de mon intermédiaire son mariage avec le cousin de Lacauve, dont elle avait si grande envie. Mais maintenant, elle se trouve, sans doute, trop au‑dessus de moi; ainsi, elle vient souvent voir la femme du médecin, qui demeure tout près d'ici, mais il n'y a pas de danger qu'elle entre chez nous !

C'est singulier, le monde ! Cette dame, qu'elle visite ainsi, se moque pourtant d'elle tant qu'elle peut, j'ai su cela par la bonne, et, de son côté, Mme Z ne peut la souffrir, mais ce sont des gens qui vont ensemble pour les idées et les goûts. Tout cela me détache de plus en plus de ce monde si faux, je ne veux plus m'attacher à personne qu'au bon Dieu et à ma famille.

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