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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin CF 111 - 29 novembre 1873.

 

Lettre de Mme Martin CF 111

 

A son frère Isidore Guérin

29 novembre 1873.

Ta lettre est arrivée au moment où nous étions à table, en compagnie de Maudelonde. Tu n'as pas besoin de t'inquiéter, il n'y a pas de danger que je parle de prophéties avec lui, ni même avec personne, car j'y ai une médiocre confiance et je ne m'arrête à aucune. Pourtant, j'ai toujours Marie Lataste (Sr Marie Lataste (1822‑1847), du diocèse de Dax, religieuse coadjutrice du Sacré‑Cœur) dans la tête et si la quatrième année de la captivité du Saint‑Père se passait sans qu'il soit délivré, je serais très étonnée: mais j'ai été déjà bien des fois étonnée, de sorte que je ne me trouble plus.

J'ai plus de patience que jamais, et j'agis maintenant comme s'il ne devait rien arriver d'ici longtemps. Je mets de grands travaux en main et je livre mes marchandises à long délai. Je suis lasse, bien lasse d'avoir eu des craintes qui m'ont paralysée et qui m'ont fait un tort considérable. Je n'ai pas été surprise du résultat des affaires politiques, je m'atten­dais, depuis le commencement, à ce qui est arrivé.

La petite Thérèse pousse toujours à merveille; je la retire de nourrice, le 11 mars. Je l'avais promise pour une année, il faut bien que je tienne ma promesse; sans cela, je l'aurais reprise deux mois plus tôt. Céline aussi se fortifie.

Pauline est souffrante; sa tante m'écrit de lui envoyer du vin pour la remonter. On est très content de Marie, c'est une charmante fille; la tante en est enchantée

Je fais donner des leçons à Léonie par une demoiselle qui a son brevet supérieur. L'enfant apprend bien difficile­ment, mais enfin, elle s'instruit un peu. Elle va décidément partir pour la Visitation au premier de l'An; on est en train de faire son trousseau. Je crois que c'est de l'argent perdu, mais c'est surtout le mal qu'elle va donner à sa tante qui me tourmente. Toutefois, mon devoir m'oblige à essayer encore une fois, si elle ne réussit pas, je n'aurai rien à me reprocher.

La chère sœur du Mans [Marie-Dosithée] va toujours passablement, elle est beaucoup mieux que l'hiver dernier, on n'y comprend rien. Je me mets dans l'idée que Dieu me la laisse pour transformer ma Léonie, car c'est la seule personne qui ait de l'empire sur elle. Aussi, quand on demande à cette pauvre petite ce qu'elle fera quand elle sera grande, la réponse est toujours la même: « Moi, je serai religieuse à la Visi­tation, avec ma tante. » Dieu veuille qu'il en soit ainsi, mais c'est trop beau, je n'ose l'espérer.

Quant aux deux aînées, voici leurs pensées: Marie ne veut pas entendre parler couvent, elle veut rester vieille fille; Pauline ne veut ni couvent, ni mariage, ni rester vieille fille; je ne sais comment elle pourra se débrouiller de cela !

I1 paraît que votre petite Jeanne est intrépide, d'après ce que m'a dit M. Maudelonde, et qu'elle veut être la pre­mière partout, coûte que coûte ? Si cela continue, avec l'intelligence qu'elle a, vous en ferez une célébrité...

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