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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin CF 116 - 29 mars 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 116

 

A son frère Isidore Guérin

29 mars 1874.

. . . Ta lettre est bien brève, j'aurais voulu avoir plus de détails sur la mort de ton pauvre ami Paul D. J'avais pris son salut à cœur, je priais de mon mieux et faisais une neuvaine en règle pour lui; j'espérais de saint Joseph sa conversion, c'est pourquoi je suis bien heureuse qu'il ait fini en bon chrétien.

Je te félicite de la lettre que tu as écrite à son père et qu'il a lue devant moi. Tu as un talent particulier. C'était remar­quablement dit ! Je me figurais qu'il allait être bien affligé en pensant à toutes les souffrances que son malheureux fils avait supportées et j'ai été bien étonnée de le voir pour­suivre ses mêmes propos contre lui, à cause des seize mille francs que ce dernier a dépensés. I1 veut, à chaque instant, se faire pardonner de l'avoir abandonné et laissé mourir dans la misère. Je n'ai pas trouvé moyen de placer une parole, j'ai fini par couper court et partir.

I1 m'a beaucoup priée de le justifier auprès de toi et m'a demandé si je l'avais fait. Tu vois que je m'acquitte consciencieusement de le justifier ! Je m'en veux, mais c'est écrit, je n'y puis plus rien.

Je vois avec plaisir que tu es bien considéré à Lisieux (En cette année 1874, M. Guérin coopéra à la fondation à Lisieux des Conférences de St‑Vincent de Paul, à celle du Cercle catholique, et il devint membre du Conseil de Fabrique de la cathédrale St‑Pierre) ; tu vas devenir un homme de mérite, j'en suis très heureuse, mais je désire avant tout que tu sois un saint. Cependant, avant de désirer la sainteté pour les autres, je ferais bien d'en prendre moi‑même le chemin, chose que je ne fais pas, enfin, il faut espérer que cela viendra.

Je t'écris aujourd'hui, car je ne sais quand j'en aurais le temps après. La petite Thérèse arrive définitivement jeudi; c'est une charmante enfant; elle est très douce et très avancée pour son âge.

Je pars lundi chercher les autres. J'ai reçu, voilà huit jours, de mauvaises nouvelles de celle que la tante appelle  « la pré­destinée » (Léonie). Si on me la renvoie, tout est perdu, je n'ai d'espoir qu'en la laissant là‑bas de longues années. Toi qui commences à devenir un saint, je t'en conjure, prie pour qu'elle reste à la Visitation.

Embrasse bien pour moi ta femme et tes charmantes petites filles.

J'oubliais de te dire que Louis m'avait expressément recommandé de te faire ses amitiés.

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